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Comment miser sur SpaceX en Bourse revient à faire tapis sur Elon Musk
Lorsque SpaceX fera son entrée à Wall Street, Elon Musk cumulera les fonctions de directeur général, directeur de la technologie et président du conseil d'administration du groupe de fusées et d'intelligence artificielle.
Il contrôlera plus de 82% des droits de vote, annonce le dossier d'introduction en Bourse, qui ne prévoit aucun filet de sécurité: pas de successeur désigné, pas d'adjoint, pas même d'assurance qui indemniserait l'entreprise en cas de disparition prématurée du patron.
La plus grosse introduction en Bourse de l'histoire repose entièrement sur un seul homme.
Elon Musk "fait voler en éclats la manière conventionnelle de diriger une société cotée en se proclamant +tisseur de rêves+ irremplaçable et ingénieur en chef de toute l'entreprise", déclare dans un entretien à l'AFP Quinn Slobodian, coauteur avec Ben Tarnoff de "Muskism: A Guide for the Perplexed" (non-traduit).
Pour ce professeur d'histoire à l'université de Boston, fin connaisseur de l'empire Musk, cette concentration décomplexée du pouvoir n'est pas une faiblesse de l'opération, elle est pensée pour.
SpaceX vise une valorisation d'environ 1.800 milliards de dollars et compte lever 75 milliards dès vendredi. La fortune personnelle d'Elon Musk franchirait les 1.000 milliards, plus du triple du deuxième homme le plus riche du monde, le fondateur de Google Larry Page.
- Jobs et Gates -
Pour comprendre comment Elon Musk s'est rendu irremplaçable, Quinn Slobodian invoque l'image du "fondateur prophétique" incarnée par Steve Jobs et Bill Gates.
"Jobs et Gates sont en quelque sorte la matrice", estime-t-il, jugeant que la décision de Musk de confier sa biographie à Walter Isaacson, celui qui a immortalisé Jobs, est un aveu en soi.
Sa crédibilité de prophète, M. Musk l'a acquise à rebours de l'orthodoxie des investisseurs, avance Quinn Slobodian: lorsque la norme, incarnée par l'iPhone, était de "concevoir en Californie, assembler en Chine", il a injecté sa première fortune, tirée de la vente de PayPal, dans une entreprise de fusées et un constructeur de voitures électriques, deux paris truffés de problèmes d'ingénierie redoutables.
Souvent dépeint en libertarien qui aurait bâti son empire hors de portée de l'Etat, Elon Musk en a toujours dépendu, soutient M. Slobodian, soit comme client principal, soit comme pourvoyeur de subventions: de Zip2, sa première start-up, adossée aux données du GPS financé par fonds publics, jusqu'aux milliards de contrats fédéraux qu'engrange SpaceX.
Il cite notamment ce qu'il décrit comme des contrats de 4 milliards de dollars chargeant SpaceX de fournir l'infrastructure satellitaire du "Dôme d'or", le système de défense antimissiles pour les Etats-Unis voulu par Donald Trump.
-"Too big to fail"-
À ses yeux, SpaceX est tellement vitale aux intérêts de sécurité nationale qu'aucune administration ne la laisserait faire faillite.
"Si Trump a pu envisager un instant de renflouer Spirit Airlines", la compagnie américaine disparue début mai, "qu'en serait-il de SpaceX ?", lance Quinn Slobodian.
Pour lui, l'alignement d'Elon Musk sur l'extrême droite aux Etats-Unis et des partis souverainistes en Europe sert des fins commerciales. Des partenaires politiques complaisants sont, estime-t-il, la clé des feux verts réglementaires dont SpaceX a besoin: attribution de fréquences, autorisations de lancement et licences Starlink sur des marchés clés.
Cette vision, soutiennent les auteurs, plonge ses racines dans l'enfance de M. Musk en banlieue de Pretoria, pendant l'apartheid: un régime qui, selon eux, déployait les ordinateurs d'IBM pour contrôler la population par la collecte de données et la surveillance.
Le modèle Musk survivra-t-il à ce "tisseur de rêves"? Quinn Slobodian voit un repreneur du flambeau dans Palantir, la société d'analyse de données qui, comme SpaceX, a percé dans la commande publique en attaquant l'armée en justice pour décrocher des contrats.
Mais un véritable successeur pourrait être difficile à trouver, suggère-t-il, "tout comme il n'y a pas eu de Henry Ford après Henry Ford", seulement des imitations.
T.Bondarenko--BTB