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Un Sud-Coréen accablé par la douleur se bat pour le droit de mourir
En proie à des douleurs atroces dues à une maladie neurologique invalidante, le Sud-Coréen Lee Myung-shik a renoncé à contrecœur à un suicide assisté en Suisse après avoir appris que sa fille risquait une peine de prison si elle l'accompagnait.
Aujourd'hui, cet homme de 65 ans se tourne vers la Cour constitutionnelle sud-coréenne dans ce qui constitue, selon son avocate, la première contestation judiciaire connue de l'interdiction de l'aide à mourir dans le pays.
Le débat reste vif en Corée du Sud: selon une enquête de 2024 de l'Institut coréen pour la santé et les affaires sociales, 82% des personnes interrogées y sont favorables. Mais en l'état du droit, toute personne aidant quelqu'un à mourir, y compris des médecins, encourt jusqu'à 10 ans de prison.
Malgré de puissants opioïdes, M. Lee endure des douleurs constantes depuis son diagnostic en 2020 de myélite aiguë, une maladie rare sans traitement. Cloué dans un fauteuil roulant, il vit avec un cathéter et dépend d'un aidant pour ses besoins les plus élémentaires.
La douleur, dit-il, donne l'impression que "mes cuisses sont écrasées par une lourde presse, comme si le bas de mon corps était pris sous un camion-benne".
"Je ne vis pas vraiment. Je me contente de survivre", a déclaré M. Lee à l'AFP, évoquant aussi escarres et nécrose cutanée. Il en est venu à considérer la mort comme la seule échappatoire.
- "La forme de torture la plus brutale" -
En 2022, il avait préparé un départ en Suisse avec l'aide de Dignitas, organisation qui accompagne les demandes d'aide à mourir. Sa fille devait l'accompagner, faute de pouvoir voyager seul.
Mais "la joie s'est transformée en tristesse" lorsqu'il a compris qu'elle risquait des poursuites à son retour. "En préparant les documents, j'ai interrompu le processus parce que je ne pouvais pas me résoudre à désigner un accompagnant", dit-il, anéantissant son "unique espoir".
En 2023, M. Lee a saisi la Cour constitutionnelle, estimant que lorsque la médecine n'offre aucun traitement et que la vie n'est faite que de souffrances, le "droit de décider de sa propre mort" devrait être garanti. "Une douleur incurable, persistante et atroce est la forme de torture la plus brutale sur Terre", affirme-t-il.
Selon Dignitas, 144 Sud-Coréens avaient sollicité ses services à la fin de l'année dernière, plaçant le pays au 14e rang mondial en la matière.
L'organisation indique avoir aidé 11 Sud-Coréens à mourir d'ici décembre 2025, sans que leurs accompagnants soient poursuivis. "Il semble que les gens aient voyagé discrètement", explique M. Lee, un risque qu'il refuse de prendre.
Selon lui, une décision favorable pourrait modifier l’interprétation de l'aide et de l'incitation au suicide et éviter des poursuites dans des cas similaires. Son avocate, Kim Jae-ryon, se dit "prudemment optimiste". Une audience publique pourrait se tenir cette année.
Un projet de loi présenté en 2024 pour légaliser l'aide médicale à mourir a été bloqué face à l'opposition de groupes religieux et de l'Association médicale coréenne.
Dans des pays comme l'Autriche, la Suisse, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, le Canada, l'Espagne, l'Uruguay et certains Etats américains, l'aide à mourir est autorisée, souvent après des années de débats et de décisions judiciaires. En Corée du Sud, ces discussions "n'ont pas encore pleinement mûri", souligne Park Hye-yoon, médecin à l'hôpital universitaire de Séoul.
M. Lee affirme toutefois que Dignitas lui a assuré "qu'ils m'accepteraient à tout moment".
L.Dubois--BTB