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Contrefaçon: la face sombre du Marché du Soleil en procès à Marseille
"Centre français de la contrefaçon" pour les uns, temple des bonnes affaires pour les autres, l'emblématique "Marché du Soleil" de Marseille est au cœur d'un procès, à partir de lundi, qui pourrait définitivement baisser le rideau sur cette institution locale.
Plus de 200.000 articles contrefaits saisis, une valeur estimée de 42 millions d'euros, cinq jours à ratisser les stands des commerçants : l'opération menée en février par les forces de l'ordre a confirmé l'ampleur prise par la contrefaçon dans le labyrinthique bazar situé non loin de la gare Saint-Charles.
Une partie de ces marchandises - imitations de baskets Nike, sabots Vuitton, sacoches Hermès - est passée à la broyeuse des douanes lors d'une action symbolique organisée quelques jours avant l'ouverture du procès pour une semaine devant le tribunal correctionnel de Marseille.
Signe de la valeur d'exemple que le parquet donne à cette affaire : pour le procureur de la cité phocéenne Nicolas Bessone, venu assister à l'opération de destruction, le Marché du Soleil "était devenu quasiment le centre français de la marchandise contrefaisante".
Au point que dans les guides touristiques "ce marché était donné comme un must pour Marseille", s'est-il scandalisé.
- Trafic et "vivre ensemble" -
Par décision administrative, ce dédale de stands ouvert il y a 45 ans dans une ancienne halle au grain est fermé depuis février, une décision valable pour six mois et pouvant être prolongée.
Plus de deux ans d'investigations ont abouti au renvoi devant la justice de 18 prévenus, dont trois sociétés, poursuivis notamment pour "détention, production et vente en bande organisée de marchandise contrefaisante", "blanchiment" et "extorsion".
Parmi eux, trois policiers municipaux jugés pour corruption et extorsion. Leur rôle, selon l'accusation : avertir par avance lorsque des contrôles sur le marché étaient prévus mais aussi intervenir en faveur de tel commerçant dans le viseur des autorités ou "faire pression" sur tel autre, mauvais payeur. Leur rétribution : une large palette d'articles disponibles sur le marché.
Une fonctionnaire préfectorale est également poursuivie pour avoir touché un pot de vin.
Principale figure du procès : Georges Dahan, 81 ans, propriétaire via sa société des 3.600 m2 du marché et de ses quelque 170 emplacements, des "box" loués aux commerçants 800 euros par mois.
"Le Marché du Soleil ou le vivre ensemble par la preuve", proclame le site internet du lieu qui vante, "plus que des bonnes affaires (...), une vraie vie de quartier" et le "brassage d'une population, dont les communautés pieds noirs et maghrébines ont donné naissance au marché et en ont fait sa renommée jusqu'au delà de nos frontières".
- Presses à floquer -
Les investigations menées depuis 2023 racontent une autre histoire : une "gestion opaque et frauduleuse participant au trafic de contrefaçons (...) vendues aux yeux et su de tous", "un comportement passif et négligent" des propriétaires les rendant "complices d'un trafic d'ampleur".
Georges Dahan "a perdu pied" dans la gestion de sa société et "la contrefaçon a explosé il y a deux ou trois ans" sans qu'il en réalise l'ampleur, affirme son avocat Stéphane Ceccaldi, joint par l'AFP. "Mais il n'est que bailleur, il n'est pas contrefacteur, il n'est pas commerçant".
"Où sont les contrefacteurs dans ce procès ?", interroge l'avocat.
Lors de leur opération, les enquêteurs ont mis la main sur une quinzaine de machines à coudre, quatre presses à floquer et un tampon sec de la marque Hermès.
Le sort du marché semble scellé, entre condamnations pénales, possible peine de confiscation des murs, demande de lourdes indemnités des marques de luxe parties civiles au dossier - Dior, Hermès, Kenzo, Givenchy, Guerlain, etc..
Une autre condamnation guette Georges Dahan qui n'avait pas respecté de précédents arrêtés de fermeture pour non-conformité aux règles de sécurité de ce dédale d'étals et de commerces.
En 2024, 21,47 millions de produits de contrefaçon ont été saisis en France, pour une valeur estimée à 645,2 millions d'euros, selon l'Union des Fabricants (Unifab), association française de lutte anti-contrefaçon.
C.Meier--BTB