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Chantre du made in France, Le Slip français prépare son entrée en Bourse
Promotrice du made in France, la marque de sous-vêtements Le Slip français se lancera en Bourse à la date sympolique du 14 juillet, espérant "embarquer" ses concitoyens pour "réinventer avec panache l'industrie textile", chamboulée par les plateformes asiatiques.
Adepte des jeux de mots, la PME fondée il y a 15 ans espère lever sur le marché parisien 5 millions d'euros en invitant, de jeudi jusqu'au 9 juillet, les Français à mettre leur "slip en action".
Avec un prix de l'action fixé à 14,80 euros, l'opération pourrait atteindre 15,8 millions d'euros, en tenant compte du montant de cession d'actions existantes par certains actionnaires, évaluée entre 7 et 10,8 millions d'euros. La capitalisation boursière doit elle atteindre 19 millions d'euros le jour de l'introduction.
"Qui sont les actionnaires naturels d'une entreprise à mission ?", a interrogé Guillaume Gibault, PDG du Slip Français, jeudi lors d'une conférence de presse. "Ce sont les Français", a répondu le fondateur de la marque aux "850.000 clients".
Des engagements de souscription à hauteur de 7 millions d'euros environ ont déjà été pris: 200.000 de la part de la Société Numérobis1 et 6,725 millions d'euros de la part d'investisseurs tiers (Eiffel, Vatel Capital, Les ateliers FIM, Femilux, Mutuale, Monte Rosa Participations et Chantelle).
Interrogée sur les difficultés de l'emblématique verrerie Duralex, qui avait lancé une levée de fonds auprès des particuliers en novembre, Léa Marie, directrice exécutive du Slip français, a souligné la rentabilité de son entreprise. "On ne demande pas un don aux Français, on leur demande d'investir pour gagner de l'argent", a-t-elle fait valoir.
De fait, la PME a enregistré un bénéfice net de 0,7 million d'euros et un chiffre d'affaires de 21,1 millions d'euros, forte du virage stratégique opéré en 2023, après des années post-Covid difficiles.
- "Deux jambes" -
Elle a notamment fermé ses boutiques - elle n'en compte plus que deux sur une vingtaine - et réduit le prix moyen de ses produits, de 40 euros à 20 euros. Objectif, passer "d'une logique de marque premium-cadeau à un modèle d'équipement du quotidien, plus accessible", résume un communiqué. Résultat: 180.000 clients gagnés en 2025, selon Léa Marie.
L'entreprise, qui vise un doublement de son chiffre d'affaires à horizon 2030, avance sur "deux jambes". D'un côté, sa marque, qui a vocation à représenter 8% du marché des sous-vêtements homme en France en 2030, contre 4% en 2025. De l'autre, la fabrication de vêtements pour des tiers (t-shirts pour des associations, parkas pour les bénévoles du téléthon, etc.). A ce titre, "on est en discussion plus ou moins avancées avec plusieurs partenaires du Tour de France", a illustré M. Gibault.
De quoi renforcer son outil industriel et créer 300 emplois, espère le groupe, qui compte actuellement 77 salariés dans son usine d'Aubervilliers et 38 à son siège.
A l'heure où les plateformes asiatiques comme Shein et Temu sont accusées de pollution environnementale et de concurrence déloyale avec leurs produits à très bas coûts, la marque entend continuer à "montrer par l'exemple que le made in France est performant et compétitif", a insisté son fondateur.
L'Assemblée nationale a adopté mercredi une proposition de loi visant à enrayer l'essor de l'ultra-fast fashion, mais les députés de gauche se sont dits "déçus" d'un texte à l'ambition réduite par rapport à sa première version adoptée il y a deux ans.
"On sera d'accord sur tout ce qui sera fait pour protéger notre industrie", a commenté Mme Marie, sans se prononcer davantage.
"Nous, on propose une solution pour rebâtir une industrie du vêtement" en France qui ne soit pas réservée au luxe sans tomber danns la "guerre du prix bas" qui a entraîné la "mort" de nombreuses enseignes comme Jennyfer ou Camaïeu, a-t-elle ajouté. "On doit fabriquer moins de vêtements (...) qui durent plus longtemps et que les Français puissent acheter dans leur pays", a-t-elle résumé.
Comme beaucoup d'autres, Le Slip français a quitté en 2025 le BHV, grand magasin parisien, en raison d'impayés, à l'origine d'un conflit judiciaire, toujours en cours.
A.Gasser--BTB