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À Oxford, le Schwarzman Centre symbole de l'essor des maxi-dons privés aux universités britanniques
Avec son grand atrium, sa salle de concert de 500 places et autres espaces dernier cri, le Schwarzman Centre situé à Oxford illustre le succès des prestigieuses universités britanniques auprès de riches philanthropes, dont beaucoup d'Américains.
Achevé l'an dernier, ce centre a été financé par un don de 185 millions de livres (250 millions de dollars, environ 214 millions d'euros) du magnat américain du capital-investissement Stephen Schwarzman.
Les dons aux universités britanniques ont augmenté de 93% entre 2012 et 2022, atteignant un niveau record de 1,5 milliard de livres (1,74 milliard d'euros) cette année-là, selon un rapport publié en 2023 par l'association d'enseignement supérieur CASE.
Cette hausse des dons provenant de riches mécènes, sur le modèle de la philanthropie plus ancienne aux États-Unis, coïncide avec les coupes du gouvernement britannique dans le financement de l'enseignement supérieur, qui pousse les universités à augmenter les frais de scolarité et à intensifier leur recherche d'apports de fonds privés.
Mais leur répartition est inégale, les prestigieuses Oxford et Cambridge ayant reçu près de la moitié des dons selon le rapport de CASE.
Le milliardaire britannique et gestionnaire de fonds spéculatif Chris Rokos a ainsi annoncé en mars un don de 190 millions de livres à Cambridge, présenté comme le plus important de l'époque moderne pour une université britannique.
Parallèlement, à la périphérie sud d'Oxford, l'Américain allié de Donald Trump et cofondateur d'Oracle Larry Ellison, a mobilisé plus d'un milliard de livres pour un institut technologique à but lucratif, scellant une "alliance stratégique" avec la célèbre université de la ville.
Le don de 50 millions de livres du financier britannique et magnat conservateur des médias Paul Marshall à la London School of Economics en 2021 montre que d'autres établissements de premier plan peuvent attirer des sommes importantes.
- Transformateur -
"De plus en plus, nous voyons des philanthropes donner à partir de revenus générés (...) alors qu'ils sont encore actifs en affaires", souligne auprès de l'AFP Karl Wilding, enseignant au Centre for Philanthropy de la Kent Business School.
"Les philanthropes américains constituent une part importante de cette catégorie de grands donateurs, ce qui reflète la répartition mondiale des richesses", a-t-il ajouté, tout en notant que cette philanthropie progresse également en Asie.
Cette tendance a suscité des critiques.
Blackstone, la société de Stephen Schwarzman, l'un des plus grands propriétaires immobiliers commerciaux au monde, est régulièrement accusée d'alimenter la hausse des loyers aux Etats-Unis et ailleurs.
Des enseignants et étudiants d'Oxford s'étaient opposés au don lorsqu'il a été annoncé en 2019, écrivant dans une lettre ouverte que le centre "serait construit avec les profits de l'exploitation et de la dépossession de personnes vulnérables".
"Je ne peux pas dire que j'en sois ravie", a confié à l'AFP Grace, 21 ans, étudiante en lettres classiques. "Mais je bénéficie clairement du bâtiment donc... c'est compliqué", ajoute-t-elle.
Le centre abrite sept facultés de sciences humaines, deux instituts de technologie et une nouvelle bibliothèque des sciences humaines.
Sa salle de concert, un théâtre de 250 places et d'autres espaces accueilleront des programmes culturels ouverts au public, lancés en avril.
Un portrait de Schwarzman, qui a reçu le titre honorifique de chevalier de Charles III en 2024 pour son action philanthropique, est accroché près de l'atrium.
- "Impact social" -
John Fulljames, directeur de la programmation culturelle du centre, se réjouit d'un don "transformateur".
La stratégie derrière ce don était "la vision que l'université s'ouvre davantage aux artistes et au secteur culturel", explique-t-il à l'AFP.
Les dons américains à Oxbridge (contraction d'Oxford et Cambridge) constituent une tradition ancienne, mais à laquelle s'est greffée une nouvelle dimension, selon Amir Pasic, doyen de l'école de philanthropie de l'université de l'Indiana.
"Il existe un intérêt pour la création de structures différentes des fondations classiques mises en place par les Rockefeller et les Carnegie", explique-t-il à l'AFP.
Les donateurs "cherchent à utiliser d'autres formules pour avoir un impact social", précise-t-il.
Par exemple, la fondation Bill et Melinda Gates a lancé en 2000 un programme de bourses, accompagné d'un don record de 210 millions de dollars à Cambridge.
En 2012, le capital-risqueur américain d'origine galloise Michael Moritz et son épouse l'autrice Harriet Heyman, ont donné 75 millions de livres à Oxford pour créer des bourses destinées aux étudiants à faibles revenus.
O.Bulka--BTB