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Grippe: la HAS souhaite une vaccination obligatoire pour les soignants
Les soignants bientôt obligés de se vacciner tous les ans contre la grippe pour protéger les plus âgés ? La Haute autorité de santé le recommande lundi dans un avis très attendu, accueilli plutôt favorablement, même si sur le terrain, certains craignent des réticences et difficultés d'application.
L'autorité indépendante recommande une obligation vaccinale pour tous les professionnels de santé salariés et libéraux, les étudiants des filières médicales et paramédicales et les personnels des établissements médico-sociaux en contact (soins d'hygiène, aide quotidienne...) avec des personnes âgées, qui décèdent en nombre à chaque épidémie.
Pour entrer en vigueur, cette recommandation nécessite encore un décret précisant modalités et personnels concernés.
L'obligation vaccinale se justifie au regard de "l'ampleur du fardeau sanitaire" de la grippe et du "risque augmenté" de sa transmission aux personnes soignées ou hébergées, fait valoir la HAS, chargée de fournir une expertise scientifique sur la santé aux pouvoirs publics.
La grippe 2025/26 a fait 12.700 morts, contre 17.900 un an plus tôt lors d'une épidémie particulièrement violente. Elle coûte un à deux milliards d'euros et pèse fortement sur le système de soins (mortalité, tensions à l'hôpital, déprogrammations d'opérations, hospitalisations, soignants en arrêt maladie...).
L'obligation vaccinale doit être déployée en priorité "dans les Ehpad et dans les unités de soins de longue durée", dont trois quarts des résidents sont âgés de 75 ans et plus, et se trouvent en contacts "étroits, répétés et prolongés avec les soignants", estime la HAS.
- "Mauvais timing" -
Dans les autres lieux concernés - hôpitaux, autres établissements médico-sociaux hébergeant des personnes âgées, structures libérales - l'instance recommande un "déploiement progressif sur une période de deux ans renouvelables un an, dans un cadre concerté", pour garantir "l'acceptabilité de la mesure".
"Beaucoup d'infirmières sont contre", particulièrement en Outre-mer où "la défiance envers l'Etat est forte", observe la présidente du syndicat Convergence infirmière, Ghislaine Sicre, "personnellement favorable mais inquiète". "Vu nos conditions de travail dégradées, la colère, l'épuisement des professionnels, ajouter une couche d'obligations pourrait les faire déserter", craint-elle.
Le premier syndicat des infirmiers, la FNI, a lui "toujours été favorable", indique son président Daniel Guillerm. Il juge cette vaccination "indispensable en termes de santé publique", et plaide la "responsabilité" et l'"exemplarité".
Pendant la pandémie de Covid-19, l'obligation de vaccination, sous peine de suspension, avait créé de vives tensions. Mais "il s'agissait d'un vaccin nouveau", celui contre la grippe "a été utilisé sur des milliards de personnes", observe Thierry Amouroux, représentant du syndicat infirmier SNPI.
Pour la fédération hospitalière de France (FHF, hôpitaux publics) cette recommandation "va dans le bon sens", pour "protéger les publics fragiles".
Mais l'AD-PA (2.000 directeurs d’établissements dédiés aux personnes âgées et services à domicile), anticipe des "difficultés de mise en oeuvre", un risque de "détérioration du climat social" et de "frein à l'attractivité des métiers", selon son directeur adjoint Eric Fregona. "Après trois canicules, le timing est particulièrement mauvais".
- Un soignant sur cinq -
Au niveau législatif, la dernière loi de financement de la Sécurité sociale, votée en décembre, prévoit une obligation vaccinale pour les soignants libéraux, sous réserve d'un avis de la HAS.
Elle avait été rendue obligatoire pour les soignants en 2006, y compris à l'hôpital et en Ehpad, mais suspendue dans la foulée par décret.
La HAS fait valoir que les vaccins antigrippaux sont sûrs et qu'il n'existe aucune alternative efficace.
Elle pointe le "bénéfice attendu" pour "la santé des personnes prises en charge", alors qu'aujourd'hui seul un soignant sur cinq est vacciné en établissements, une proportion qui stagne malgré des recommandations réitérées, "trop peu suivies", avait pointé l'Académie de médecine en mai. Plus de la moitié des médecins (56,3%) le sont, contre un tiers des infirmiers (34,2%) et moins d'un aide-soignant sur cinq (19,3%).
En revanche, la HAS maintient la simple recommandation vaccinale antigrippale actuellement en vigueur pour les 65 ans et plus résidant en collectivité notamment en Ehpad, car 82,7% sont déjà vaccinés - au-delà des 75% recommandés par l'OMS.
En 2023, elle s'était montrée réservée sur l'obligation vaccinale, faute de données épidémiologiques en France concernant les grippes contractées en établissements. Elle a depuis pris en compte de nouvelles données attestant notamment de niveaux de transmission "particulièrement élevés en gériatrie".
M.Odermatt--BTB