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Andy Burnham installe son Downing Street "du Nord" à Manchester
Le Premier ministre britannique Andy Burnham doit travailler pour la première fois vendredi depuis son nouveau bureau situé à Manchester, symbole de sa promesse d'accentuer la décentralisation en Angleterre, mais qui suscite un certain scepticisme.
Le travailliste de 56 ans, qui a pris ses fonctions lundi et succédé à Keir Starmer, a promis de redonner du pouvoir et d'apporter "la croissance économique à chaque région".
Il débute, pour cela, par la création de ce bureau baptisé "No. 10 North" ("N°10 du Nord") dans cette ville du nord-ouest de l'Angleterre, dont il était maire il y a encore quelques semaines.
Cette appellation fait référence au 10, Downing Street à Londres, lieu de travail et résidence officielle du Premier ministre. Le "No. 10 North", lui, se trouvera dans un immeuble du centre de Manchester, Heron House, où l'agence britannique du cyber-renseignement GCHQ dispose de bureaux.
Andy Burnham prévoit d'y travailler au moins une fois par semaine, et d'y être régulièrement rejoint par ses ministres, selon Downing Street, qui soutient qu'il ne s'agira pas d'une mesure "gadget".
Depuis des décennies, "le pouvoir et les ressources ont été concentrés, et trop de communautés locales se sont senties oubliées, privées de l'attention et des investissements qu'elles méritent", a déclaré le nouveau Premier ministre, cité dans un communiqué.
Il présidera sur place vendredi la première réunion du Conseil économique national, une instance créée en 2008 pour soutenir la relance après la crise financière, et qu'il a décidé de réactiver pour échanger avec les maires, ministres, syndicats ou encore dirigeants d'entreprises sur le sujet de la croissance.
Le nouveau chef de l'exécutif soutient que l'agglomération de Manchester, dont les performances économiques dépassent la moyenne nationale et où le maire est élu depuis 2017, constitue un modèle pour les autres régions d'Angleterre.
- Signal positif -
Les experts interrogés par l'AFP se montrent plus sceptiques sur le "No. 10 North", et notent que la création d'une annexe du gouvernement central ne relève pas en soi d'une véritable politique de décentralisation.
"C'est ce qu'on appelle la +déconcentration+, très courante même dans des États très centralisés, et qui ne signifie pas en elle-même un transfert de pouvoir", explique Alan Trench, universitaire et conseiller en politiques publiques.
Le Royaume-Uni - composé de l'Angleterre, de l'Écosse, du pays de Galles et de l'Irlande du Nord - a connu à la fin des années 1990 d'importantes réformes constitutionnelles - baptisées "dévolution" - qui ont permis la création de parlements à Édimbourg, Cardiff et Belfast.
Andy Burnham, qui a rencontré jeudi les Premiers ministres indépendantistes écossais et gallois, s'est dit favorable à accentuer la dévolution, sans donner davantage de détails, mais en excluant tout soutien à des référendums d'indépendance.
En Angleterre, malgré la création de mairies régionales et d'autres structures locales ces dix dernières années, le territoire reste l'un des plus centralisés d'Europe.
"Il n'existe aucun pouvoir législatif décentralisé en Angleterre", souligne Alan Trench.
Andy Burnham a lui-même été confronté aux limites du système : à Manchester, ses responsabilités étaient cantonnées à quelques domaines de compétence, comme les transports, en plus d'être partagées avec dix autres responsables locaux élus.
- Contrepoids au Trésor -
Désormais à la tête du gouvernement, il a demandé à plusieurs ministères, dont le puissant Trésor, de "transférer certaines fonctions stratégiques" au "No. 10 North".
Un signal "positif", indique Nicola McEwen, professeure à l'université de Glasgow. Pour réussir, avance-t-elle, cette structure devra être capable de "dialoguer avec les institutions décentralisées, de favoriser leur développement", mais également d'exercer une influence sur le pouvoir central à Londres, afin que celui-ci "s'adapte à cette vision" nouvelle.
L'idée n'est pas inédite, notent aussi ces experts : des fonctionnaires travaillent déjà dans des pôles administratifs délocalisés à Glasgow (Écosse), Sheffield (nord de l'Angleterre), ou à Darlington (nord-est).
Michael Keating, professeur de sciences politiques à l'université d'Aberdeen, en Ecosse, doute surtout de la capacité de cette structure à créer un véritable "contrepoids" au puissant ministère des Finances.
"Ca a déjà été tenté et le Trésor finit toujours par l'emporter. Il ne renoncera pas au contrôle des finances publiques", affirme-t-il à l'AFP.
M.Furrer--BTB