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Canicules et sécheresse : un été de pertes agricoles, une rentrée pleine d'inconnues
Tomates ou pommes en souffrance, prairies grillées, ponte au ralenti: l'agriculture paye un lourd tribut aux canicules et à la sécheresse qui ont frappé le pays cet été, avec encore des incertitudes sur les conséquences en termes de coûts de production ou de prix.
La ministre Annie Genevard réunira jeudi les préfets "de toute la France", par visioconférence, pour un état des lieux des pertes, avant de dévoiler le 3 septembre un plan avec des mesures d'urgence.
- Légumes en détresse -
Les producteurs disposant de peu de ressources en eau ont été les plus affectés, résume Daniel Sauvaitre, président de l'interprofession fruits et légumes (Interfel) : ainsi les Bretons, dont la majorité des surfaces ne sont pas irriguées, ou les Nantais dont les réserves étaient épuisées à la mi-juillet.
Nationalement, tomates et salades ont souffert, tendant les prix sur fond de forte demande.
"La production de tomates se fait sous serre à 80%, les +serristes+ contrôlent mieux la production (qu'en plein champ, NDLR), mais jusqu'à un certain point", souligne M. Sauvaitre, ajoutant que le marché ne devrait guère évoluer avant septembre.
Ail, échalote, choux... des productions ont été touchées, mais aussi des semis comme ceux de carottes dans les Landes.
"Les conséquences de ces 70 jours continueront de marquer la production jusqu’en fin de campagne 2026", a prévenu Légumes de France (association spécialisée de la FNSEA).
Quels prix attendre à la rentrée ? "Si l'offre est faible, il y aura un ajustement par le prix", dit M. Sauvaitre. Mais cela dépendra aussi de la qualité des produits, des distributeurs et in fine du choix du consommateur, ajoute l'arboriculteur charentais.
- Bilan fruitier contrasté -
L'été a été plus favorable pour les pêches, abricots, cerises, fraises... énumère-t-il. Les melons sont arrivés sur les étals. "L'offre reste normale, avec de bonnes qualités".
Le secteur des mirabelles de Lorraine attend "une récolte généreuse". En revanche, le pruneau entrevoit des pertes de 10% à 100% selon les vergers, liées aux chutes de fruits, indique le Bureau national du secteur, qui "pour la première fois" a observé des brûlures de branches entières.
La récolte de pommes devrait être réduite d'environ 20% par rapport à 2025, selon le président d'Interfel, les températures ayant frappé notamment les variétés précoces. Là encore, les arboriculteurs qui ont pu asperger les arbres ont été favorisés.
Quant au raisin, il oscille entre vendanges précoces, décalages de maturité, et parfois grêle depuis la mi-août. Une estimation officielle des vendanges est attendue le 8 septembre.
- Petites récoltes pour grandes cultures -
Le pollen du maïs, entré en floraison mi-juillet, a grillé et les épis peinent à se remplir. Entre repli des surfaces et rendements réduits, la production est attendue à -35%, au plus bas depuis 1980.
La moisson de blé, précoce, est tombée sous sa moyenne quinquennale. Le blé tendre, céréale du pain, a vu son rendement baisser de 1,7%, et de plus de 15% dans certaines régions, mais la qualité est "bonne à très bonne", selon FranceAgrimer.
Les producteurs de pomme de terre prévoient une récolte à -23% sur un an, avec le plus faible rendement depuis plus de 30 ans, pour une perte d'au moins 400 millions d'euros. Ceux de betterave sucrière évoquent une production à -20% par rapport à la moyenne quinquennale.
La pousse des prairies, pour le pâturage ou le fourrage, s'est quasiment arrêtée fin mai. Les éleveurs ont parfois dû entamer le foin de printemps stocké pour l'hiver et alertent sur l'approvisionnement des mois à venir.
Patrick Bénézit, de la Fédération nationale Bovine, appelle l'Etat à ouvrir le fonds de solidarité lié à l'assurance agricole. "Il faut avoir les moyens de nourrir le bétail", dit-il, ou "on peut se réveiller d'ici quelques mois avec une baisse drastique du cheptel".
- Volailles à la peine -
La mortalité a particulièrement touché les volailles, et surtout quand la canicule a accablé en juin les grandes régions d'élevage Bretagne et Pays de Loire.
Plus de trois millions de volailles de chair et 700.000 poules pondeuses (moins de 2% du cheptel) sont mortes cet été, selon les interprofessions respectives, Anvol et CNPO. C'est malgré tout moins que lors de la canicule de 2003, qui a depuis poussé les éleveurs à se préparer.
Les oeufs sont légèrement plus petits -d'1 ou 2 g, "rien d'inédit"- et la production a ralenti, mais c'est "réversible", et en été la consommation est moindre, souligne Alice Richard, directrice du CNPO. Dans "un marché globalement tendu", cela peut avoir "parfois des conséquences locales" sur l'approvisionnement.
Il faudra voir surtout si cet automne les récoltes céréalières en berne affectent les coûts de production.
H.Seidel--BTB