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Sommet spatial : "L'espace n'est pas un Far West", estime Philippe Baptiste
"L'espace n'est pas un Far West (et) n'appartient pas à une personne ou à une nation", souligne le ministre de l'Espace Philippe Baptiste, dans un entretien à l'AFP en amont du sommet spatial, mercredi et jeudi à Paris.
La question du multilatéralisme sera au centre des discussions, alors que l'Europe de l'espace doit trouver sa place entre les géants américains et chinois.
Q: Les grands américains Blue Origin et SpaceX ne viennent pas. Le sommet va-t-il insister sur le besoin de multilatéralisme dans l'espace ?
R: "Absolument. Est-ce que le spatial, c'est juste l'ambition d'un homme ou l'ambition d'un État ? Est-ce que c'est du multilatéralisme ? L'espace n'est pas un Far West, l'espace n'appartient pas à une personne ou à une nation. On doit être capable de partager cet espace qui est utile à toute l'humanité."
Q: Comment l'Europe de l'espace peut-elle exister face aux géants américains et chinois ?
R: "Aujourd'hui, vous voyez de grandes entreprises américaines qui viennent nous voir pour utiliser Ariane 6. C'est un lanceur nouveau, très fiable, avec une précision incroyable: notre savoir-faire a de la valeur. Notre système de positionnement par satellite aussi. Tout le monde parle du GPS, moi je parle de Galileo, l'européen, qui compte trois milliards d'utilisateurs, avec une précision qui est la meilleure au monde. Maintenant, il y a des secteurs du marché où, effectivement, l'Europe a fait des choix stratégiques qui n'étaient pas les bons. Et quand je dis l'Europe, c'est à la fois les grands industriels et les politiques: le fait de ne pas avoir cru suffisamment aux réutilisables, de ne pas avoir cru suffisamment aux constellations. On ne peut pas copier, les budgets américains c'est huit fois les budgets européens. Mais il faut qu'on réagisse intelligemment: que veut-on développer, où veut-on être autonome et où accepte-t-on de ne pas l'être ? C’est aussi un moment pour rappeler l'engagement de la France dans le spatial, pour la science, la recherche, l'innovation. En assumant que le budget du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace continuera à augmenter dans le projet de budget pour 2027 prochainement débattu par le Parlement".
Q: Avec l'Allemagne, co-organisatrice du sommet mais sans la présence du Chancelier, où sont les vrais désaccords ?
R: "Le spatial, c'est un marché qui croît très fort. On a eu des tensions, ça ne sert à rien de nier les choses, essentiellement plutôt sur l'empreinte industrielle. Qui fait quoi, à quel moment, à quel rythme et comment. Mais jamais sur l'ambition. Il y a une vision partagée sur le fait que l'Europe doit être plus autonome. On veut acheter des lanceurs européens, c'est aussi simple que ça. Les Chinois achètent des lanceurs chinois, les Américains achètent des lanceurs américains... Les Européens, quand on lance des satellites, en particulier des satellites payés par les contribuables européens, ils doivent partir sur des lanceurs européens."
Q: Qu'en est-il de la question des vols habités ?
R: "Ce sommet doit être l'occasion de discuter de l'exploration, robotique ou humaine. Il faut, là aussi, une vision européenne. Pendant très longtemps, la France a travaillé avec les Russes, puis avec les Américains, puis dans le cadre de l'agence spatiale européenne. On a travaillé avec tous les grands pays du spatial, mais l'Europe n'a jamais assumé une forme d'autonomie pour envoyer des hommes dans l'espace ou pour avoir une station spatiale européenne. Qu'est-ce qu'on veut faire ? C'est une discussion profondément politique. Il faut dimensionner l'ambition européenne. Est-ce qu'on veut être complètement autonome de nos amis américains ou rester dans la position d'aujourd'hui ? Évidemment, il y a un curseur entre les deux. Cette autonomie a un coût aussi".
Q: Et que rapporteraient ces vols habités ?
R: "C'est important pour la science et pour la technologie mais aussi pour nos concitoyens. Quand Thomas Pesquet ou Sophie Adenot parlent de science, de technologie, de recherche, d'avenir, ça parle à nos concitoyens, aux jeunes. Ce sont des bouffées d'espoir. Quand ils parlent de la fragilité de la Terre, ces mots pèsent sur les consciences et entraînent des vocations. Ça a une valeur incommensurable."
O.Bulka--BTB