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Mission impossible ? La quête de pluralisme enflamme la rentrée de l'audiovisuel public
Avec de nouveaux chroniqueurs comme Charles Sapin ou Eugénie Bastié, l'audiovisuel public veut élargir son éventail vers la droite au nom du pluralisme à l'approche de la présidentielle. Jusqu'à être accusé de donner des gages à l'extrême droite qui l'a mis sous surveillance.
L'arrivée de Charles Sapin, directeur adjoint de Valeurs actuelles, pour un édito le dimanche matin sur France Inter fait tanguer la rentrée de Radio France, où les salariés sont appelés à la grève dimanche et lundi, pour s'opposer à ce recrutement.
Les syndicats mettent en avant les condamnations du magazine pour des couvertures passées sur les Roms (2013) ou sur l'élue LFI Daniel Obono dépeinte en esclave (2020), et la présence dans son actionnariat du milliardaire proche de l'extrême droite, Pierre-Edouard Stérin.
A l'image de Jean-Luc Mélenchon, qui voit dans ce recrutement une "colonisation par les fachos", ou, à l'inverse, Bruno Retailleau (LR) fustigeant le "sectarisme (des) rédactions de Radio France", la polémique a immédiatement pris un tour politique.
- Différences -
La patronne du groupe public Sibyle Veil a défendu le choix de donner la parole à "des gens qui ne pensent pas la même chose".
Mais l'arrivée d'une plume de Valeurs actuelles est perçue comme une réponse au procès en manque de neutralité instruit par le député UDR Charles Alloncle, allié du Rassemblement national, lors de la récente commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public.
"C'est un gage donné à ce discours sans cesse répété dans les +médias (du milliardaire conservateur) Bolloré+ et au niveau du RN qu'il y a un biais progressiste dans les médias publics", affirme Arnaud Mercier, professeur en communication à l'Université Paris-Panthéon-Assas, qui y voit "une victoire dans la bataille culturelle menée contre ces médias publics".
A France Inter, première radio du pays en audience, ces dernières années ont été marquées par le licenciement de l'humoriste de gauche Guillaume Meurice, après sa blague sur le chef du gouvernement israélien Benjamin Netanyahu, et le passage en hebdomadaire puis la suppression d'une émission emblématique de Charline Vanhoenacker, elle-même restée sur la grille.
Mais sur les réseaux sociaux, les détracteurs de l'audiovisuel public continuent de pointer la présence de figures trop à gauche à leurs yeux, comme la journaliste Salomé Saqué, accueillie dans l'émission sur l'environnement "La terre au carré". Et depuis la rentrée, des humoristes maison ont déjà alimenté des critiques pour leurs saillies contre l'extrême droite.
- "Casse-tête" -
"Tout passe par le prisme politique. Quand il s'agit de Thomas Legrand", qui n'a pas été reconduit, un an après ses propos controversés sur Rachida Dati dans une vidéo, "on nous dit qu'on cède à l'extrême droite. Quand on fait appel à (l'humoriste) Merwane Benlazar, c'est un pied-de-nez à Alloncle" qui l'avait ciblé, note-t-on en interne.
Pour plusieurs acteurs de l'audiovisuel public, les règles du jeu sont devenues un casse-tête. Depuis 2024, le Conseil d'État a élargi les obligations de pluralisme aux courants de pensée et d'opinion et non plus seulement aux temps de parole politique.
"On ne nous dit pas comment appliquer ce truc", souligne un de ses cadres.
Sur France Télévisions, l'arrivée dans l'émission "L'heure de vérité" de la journaliste conservatrice Eugénie Bastié a suscité des critiques en interne. Un économiste de gauche, Thomas Porcher, figure aussi au casting.
Le débat sur la "droitisation" a aussi gagné la chaîne privée BFMTV, où a débarqué l'ex des médias de la galaxie Bolloré, Sonia Mabrouk.
Pour l'essayiste Chloé Morin, c'est davantage un phénomène de "polarisation" qui est à l'œuvre.
"Les rédactions se crispent pour des raisons qui sont parfois idéologiques, mais aussi à cause de la guerre entre les médias", estime-t-elle. "A France Inter, ils serrent les rangs parce qu'ils sont très attaqués. Chez Bolloré, ils sont un peu comme une citadelle assiégée".
"On ne laissera sûrement pas tranquilles les rédactions de l'audiovisuel public", a d'ailleurs promis cette semaine sur CNews Jules Torres, rédacteur en chef de "L'infiltré", nouveau média dans le giron de Vincent Bolloré.
C.Meier--BTB