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Spatial: l'Américain Vast mise sur l'Europe pour briser le monopole d'Elon Musk
Avec ses équipes étoffées par deux astronautes européens qui rejoindront le Français Thomas Pesquet, la société américaine Vast, qui prépare l'après-ISS, compte sur l'UE pour développer une option européenne face au lanceur et à la capsule de SpaceX, a déclaré à l'AFP son patron Max Haot.
En marge du sommet spatial à Paris, le Grec Adrianós Golémis et le Tchèque Aleš Svoboda ont été sélectionnés pour accompagner Thomas Pesquet dans la mission privée PAM-6 organisée par Vast avec la Nasa et prévue à l'été 2027.
Thomas Pesquet deviendra le "premier non-Américain" à commander une mission privée vers la station spatiale internationale, l'ISS, selon Max Haot.
Arnaud Prost, autre astronaute français qui n'est lui pas encore allé dans l'espace, doit mener l'an prochain la mission inaugurale vers Haven-1, la station spatiale commerciale développée par Vast et appelée à prendre le relais de l'ISS, dont la désorbitation est prévue à l'horizon 2030.
"Ce sera la première fois que sera ouverte la porte d'une station spatiale commerciale".
Vast vise l'un des contrats de la Nasa pour l'après-ISS et assure être plus avancé que ses concurrents, notamment Axiom Space, Starlab et Orbital Reef, dans cette course aux futures stations commerciales.
- Remous en France -
En France, la perspective de voir ses astronautes participer à des missions privées avec les Américains fait grincer des dents, certains y voyant une contradiction avec l'ambition de souveraineté spatiale affichée par Emmanuel Macron qui a appelé l'Europe à se donner les moyens d'envoyer elle-même ses astronautes dans l'espace dans dix ans.
Des salariés du Cnes, agence spatiale française, ont manifesté jeudi à Paris en dénonçant un contrat de 50 millions d'euros entre l'Etat français et Vast sur fond de coupes budgétaires.
"A moins que la France veuille arrêter le vol habité, nous ne pensons pas que la collaboration avec les Etats-Unis, la Nasa, Vast, l'ISS ou une nouvelle station commerciale va à l'encontre du concept de vouloir investir dans son propre mode de transport et peut-être, un jour, une station spatiale européenne", tempère Max Haot.
Interrogés par l'AFP, Thomas Pesquet comme Arnaud Prost ont également balayé ces critiques.
"On ne poursuit pas des objectifs commerciaux, ni privés, on se sert de cet outil. L'objectif qu'on poursuit (...) c'est de servir la science", martèle Arnaud Prost.
Pour le ministre français chargé de l'espace, Philippe Baptiste, il s'agit d'une solution "intermédiaire" permettant à l'Europe de maintenir ses astronautes en activité.
"Le désir européen de la souveraineté (spatiale) est nouveau", note Max Haot qui y voit des opportunités pour Vast.
"Nous serons très contents d'acheter ce service à l'Europe pour servir tous nos clients".
- "Le seul fournisseur" -
Les missions Vast avec Thomas Pesquet et Arnaud Prost partiront à bord de capsules Crew Dragon lancées par des fusées Falcon 9, toutes deux de SpaceX, l'entreprise d'Elon Musk. Comme celle de la Française Sophie Adenot, actuellement en mission sur l'ISS.
"C'est là où l'Europe va peut-être jouer un rôle clé. Ce n'est bien sûr jamais idéal d'avoir un seul fournisseur", souligne le patron de Vast.
Le prix du transport vers l'espace "représente 60-70% du budget des missions. (...) Si l'Europe le développe, ce sera une bonne chose pour l'industrie et pour le monde".
Actuellement, "la seule manière d'amener des humains en orbite basse pour l'Occident c'est la Crew Dragon. Bien sûr, nous espérons avoir plusieurs options", insiste le dirigeant, évoquant notamment la capsule Starliner développée par Boeing, "qui n'est pas encore certifiée".
Pour Max Haot, les stations privées appelées à remplacer l'ISS permettront de réduire drastiquement les coûts et l'entrée de nouveaux acteurs comme la Grèce qui n'a jamais envoyé d'astronaute dans l'espace.
Il défend une collaboration internationale autour de ses stations sans exclure une "séparation" entre l'Europe et les Etats-Unis.
"C'est un scénario possible. Ce n'est pas celui que nous espérons".
"Peut-être un jour, il y aura une station américaine et une station européenne. On espère avoir la chance d'y contribuer avec nos activités en Europe", conclut le patron de Vast qui a inauguré cette année son bureau européen à Paris.
S.Keller--BTB