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Dans les montagnes japonaises, une autre manière de gérer les ours
Lorsqu'un capteur se déclenche en forêt dans le département de Nagano, Akiko Takii se précipite vers un piège à ours, dans le cadre d'un programme présenté comme une alternative à l'abattage massif pratiqué ailleurs au Japon, théâtre d'une recrudescence d'attaques mortelles.
"Elle vient sans doute juste de quitter sa mère", dit-elle après avoir regardé l'ourse noire d'Asie de 15kg, dont elle estime l'âge à un an et demi.
Après s'être assuré que la mère n'est pas dans les parages et une fois l'oursonne anesthésiée, elle prélève des échantillons de sang et de poils. Trop petit pour être équipé d'une balise GPS, l'animal est relâché.
Ce programme a été lancé en 1995, lorsque les autorités ont constaté que la population d'ours diminuait dans cette région montagneuse du centre de Honshu, l'île principale japonaise.
Pour Mme Takii, cette approche fondée sur la coexistence offre une alternative à l'abattage massif pratiqué ailleurs au Japon.
"En n'en tuant pas trop, davantage d'ours survivent jusqu'à leur espérance de vie normale. Une population d'ours en bonne santé est ainsi en train de se former", explique-t-elle.
Le programme inclut également d'autres mesures destinées à limiter les contacts avec les humains. Plus de 3.000 kilomètres de clôtures ont été installés près des exploitations agricoles, des villes et le long des rivières.
- Signalements doublés l'an dernier -
Dans la région, des chiens spécialement dressés ont aussi été utilisés pour repousser les ours. Les animaux qui s'approchent des zones habitées peuvent être anesthésiés, marqués puis relâchés loin des maisons.
Selon les responsables du projet, cette stratégie a contribué à la fois à la reconstitution des effectifs d'ours, difficiles à évaluer précisément, et à une baisse des rencontres avec les humains.
Ailleurs au Japon, cette vision reste toutefois minoritaire. Selon le ministère de l'Environnement, les ours ont tué six personnes dans le pays depuis le 1er avril, après un record de 13 attaques mortelles l'année précédente.
Les signalements ont doublé l'an dernier par rapport au précédent record et les animaux sont de plus en plus observés en périphérie des villes.
Les causes sont complexes: les variations dans la disponibilité de nourriture, comme les glands, pourraient être liées au changement climatique. L'exode rural joue aussi un rôle important.
"En raison du dépeuplement (des campagnes), les habitants ne sont plus impliqués dans la nature et la forêt comme auparavant", souligne Shuichi Kitoh, professeur émérite d'éthique environnementale à l'Université de Tokyo.
Des fruits comme les kakis, poussant sur des arbres laissés à l'abandon, incitent notamment les ours à s'éloigner de leurs habitats et terrains de chasse naturels.
- "Pas plus féroces" -
Pour M. Kitoh, "ce n'est pas que les ours en général deviennent plus féroces". Selon lui, il faut plutôt identifier les individus les plus problématiques.
Face à la hausse des incidents, le gouvernement a surtout privilégié l'abattage. Les consignes ont été élargies cette année aux ours présents dans les zones tampons autour des villes. Un nombre record de 14.000 ours ont été abattus lors du précédent exercice fiscal.
Mme Takii estime néanmoins que l'expérience de Nagano montre qu'une autre voie est possible. Le nombre annuel de signalements y est resté relativement stable autour de 1.400 ces dernières années.
L'an dernier, le département a recensé 11 incidents liés aux ours, dont un décès, contre 59 rencontres et quatre morts à Akita et cinq décès à Iwate, plus au nord.
Malgré le doublement du plafond annuel d'abattage à Nagano, Akiko Takii poursuit ses actions de sensibilisation dans les écoles. Elle y apprend aux enfants à garder leurs distances avec les ours et à ne pas laisser de nourriture à leur portée.
La scientifique "comprend bien le comportement des ours sauvages dans cette région et nous assure qu'ils ne sont pas agressifs", raconte Hiroshi Aruga, directeur d'une école.
"Les ours semblent être des créatures terrifiantes lorsqu'on ne les connaît pas bien", résume Mitsuko Sawanishi, une mère d'élève.
"Mais après ce cours sur les ours, je pense qu'il est important de maintenir une bonne distance avec eux et de vivre ensemble."
I.Meyer--BTB