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Dans les terres australes françaises, les autorités s'attaquent aux violences faites aux femmes
En septembre, une jeune femme travaillant sur l'Ile d'Amsterdam, territoire français de l'océan Indien, a déposé plainte contre un habitant pour harcèlement sexuel. Cette plainte et deux lettres ouvertes rédigées par des hivernants qui séjournent sur ces bases ont poussé les autorités à réagir.
Dans les Terres australes et antarctiques françaises (Taaf), la prise en charge des violences faites aux femmes peut être compliquée par la distance et la vie en vase clos des personnes vivant sur ces îles perdues, à des milliers de kilomètres de la métropole, ravitaillées quatre fois l'an par le navire Marion Dufresne.
"Je vous confirme le total engagement de l'administration des Taaf dans la prévention et la lutte contre le harcèlement et les violences d'ordre moral ou sexuel", a assuré la préfète Florence Jeanblanc-Risler dans un courrier adressé vendredi aux hivernants de l'île d'Amsterdam.
La plainte de la jeune femme a été classée et l'administration des Taaf lui a, en outre, proposé de quitter cette île lointaine, à 3.000 km de La Réunion, où une trentaine de chercheurs, militaires et employés des Taaf passent une année entière, entre eux. Elle a finalement accepté de partir.
- "Double peine" -
"Un choix qui lui inflige la double peine du harcèlement et du départ de la base", s'étaient indigné dans une lettre ouverte une trentaine d'hivernants, qui soulignaient aussi l'ambiance "pesante et délétère" qui régnait sur la base depuis les faits.
Dans cette missive datée du 19 décembre, ils exprimaient leur désarroi face "au traitement" dont font l'objet les "violences d'ordre sexiste et sexuel dans les Taaf".
"Cette situation complexe a dégénéré, j'ai pris des mesures pour que la situation revienne à la normale", a expliqué la préfète à l'AFP, précisant que la personne mise en cause allait aussi quitter l'île au printemps sur "décision administrative".
Plus au sud, des habitants de l'archipel Kerguelen, l'un des cinq districts formant les Taaf, ce sont eux-aussi mobilisés.
A la suite de la lettre de leurs voisins d'Amsterdam, ils ont adressé à la préfète le 25 décembre une série de propositions de mesures préventives et d'accompagnement car, "les situations d'agressions et de harcèlement ne sont pas des cas isolés dans les Taaf".
Tout en indiquant ne pas "voir dans ce qui a été fait de failles dans le dispositif", la préfète a promis d'engager dès janvier "une réflexion sur les modalités et moyens pour" approfondir "la partie des entretiens relative à la capacité des candidats à gérer une vie personnelle et professionnelle en milieu isolé", "renforcer les mesures de prévention et de sensibilisation", et nommer "un référent au siège sur ces sujets".
La mixité n'y a été instaurée qu'en 1994 pour les hivernants. Jusque-là, les femmes ne pouvaient venir à Crozet, Amsterdam ou Kerguelen que pour quelques mois, durant "la campagne d'été".
- "Mixité essentielle" -
Dans leurs préconisations, les hivernants de Kerguelen proposent l'envoi régulier par les Taaf d'un questionnaire pour permettre d'établir des statistiques.
Ils suggèrent aussi la mise en place d'une cellule d'écoute constituée d'un groupe de résidents volontaires et formés, une mesure destinée aux personnes ne souhaitant pas passer par les autorités pour les signalements.
"On est dans des milieux isolés avec un déséquilibre entre les hommes et les femmes. On attire la vigilance des personnes qui vont partir et on fait un parcours de sélection rigoureux, qui peut certainement être renforcé", admet Mme Jeanblanc-Risler.
Sur les îles, les responsables jouent la carte de la prévention.
"La place des femmes est essentielle car elle oblige chacun à réfléchir à deux fois avant de dire quelque chose", souligne le chef de district de Crozet, Cyrille Jacob.
Une présence féminine qui permet d'assurer un certain équilibre et aussi "d'éviter des comportements que certains qualifient de virils et que moi j'appelle aussi grivois. Cette mixité est essentielle", poursuit le responsable.
"J’ai dit au début +il n'y a que 17 filles, on n'y touche pas+, car c'est la minorité", confie pour sa part la chef de district de Kerguelen, Valérie Covacho, en précisant : "si les hommes étaient en minorité, c'est eux que je protégerais".
D.Schneider--BTB