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D'une rivière alpine au robinet, la précieuse eau des Marseillais
Puisant son eau dans les Alpes, Marseille n'a pas à craindre de pénurie à moyen terme de sa ressource, mais tente toutefois de réduire sa consommation, consciente du changement climatique.
Même si, cette année, la situation des nappes phréatiques françaises est "globalement satisfaisante", a souligné cette semaine le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), nombre de collectivités scrutent ces dernières avec attention à chaque sortie d'hiver.
Marseille a elle la chance de capter son eau dans la tumultueuse rivière Durance. Elle est ensuite acheminée à travers le canal de Marseille, ouvrage achevé en 1849.
"Dans notre région méditerranéenne naturellement aride, le lac de Serre-Ponçon dans les Alpes a été conçu dans les années 1950 pour sécuriser la ressource en eau" alors que la Durance "amenait naturellement beaucoup d'eau mais de façon très ponctuelle", plutôt au printemps et à l'automne, explique à l'AFP Philippe Picon, directeur ressource en eau du Syndicat mixte d'aménagement de la vallée de la Durance (SMAVD).
L'objectif était de "profiter de la quantité d'eau amenée par la fonte des neiges, la stocker pour pouvoir ensuite la distribuer via tout un réseau d'infrastructures hydrauliques pour tous les usages en aval: eau potable, agriculture, activités économiques", poursuit-il.
Dans ces zones des Alpes, "il n'y a pas d'agriculture intensive ni d'industries lourdes" donc même brute, l'eau "ne contient pas de pesticides, pas de nitrates, pas de résidus médicamenteux", se targue Emmanuel Guiol, directeur adjoint des exploitations à la Société des eaux de Marseille (SEM).
"Elle met 24 heures pour arriver" jusqu'ici, développe-t-il en montrant un immense réservoir à ciel ouvert, qui contient un stock d'eau brute de 450.000 m3, l'équivalent de 225 piscines olympiques.
- Ozone -
L'usine de traitement de Sainte-Marthe, la plus importante de la ville, construite en 1934 dans ses quartiers Nord, couvre, à elle seule, 55% des besoins en eau potable de Marseille, alimentant quelque 500.000 personnes.
L'eau est rendue potable via une phase de clarification par un produit chimique et de filtration sur sable, puis une désinfection à l'ozone afin d'éliminer d'éventuels virus et bactéries.
"Dans le monde, 99% de l'eau est désinfectée au chlore, facile d'utilisation et très efficace mais qui génère en général une saveur pas toujours très agréable", relève M. Guiol.
"La désinfection de l'eau à l'ozone" présente l'avantage d'éliminer "toutes les potentielles saveurs que peut avoir naturellement une eau, et surtout ne génère pas de goût" additionnel, ajoute-t-il.
Si la qualité n'est pas contestable au regard de sa conformité avec les normes de l'Agence régionale de santé au moment où elle sort des usines de potabilisation, "elle n'est pas toujours bonne quand elle arrive au robinet parce que dans un certain nombre de copropriétés dégradées comme à Air-Bel, elle est polluée", rappelle toutefois Bernard Mounier, président d'"Eau bien commun Paca", coordination citoyenne pour la gestion publique de l'eau.
- Raréfaction de la ressource -
Côté quantité, la ville ne craint pas de pénurie à moyen terme.
Mais, "dans les décennies qui viennent, la quantité d'eau disponible sur le bassin de la Durance va diminuer: on parle d'environ 10% de baisse de cette ressource d'ici 2050 et de 25% à 30% d'ici 2100", relève M. Picon.
La SEM, qui dit ne capter au total que 5% de l'eau de la Durance, affirme agir en conséquence: "On a diminué ces 25 dernières années de 30% les prélèvements" dans la rivière et ce "pour satisfaire toujours les mêmes besoins" avec une population marseillaise (environ 900.000 habitants), globalement stable, souligne M. Guiol.
Pour éviter les fuites, dans les 3.000 km du réseau, "on renouvelle un peu plus de 1% de ces tuyaux tous les ans", ajoute-t-il.
"Une gestion patrimoniale coûteuse, plusieurs dizaines de pour cent du prix de l'eau" (lequel s'élève à un peu plus de quatre euros le m3 à Marseille contre 4,50 à 4,80 euros en moyenne en France) mais qui garantit à la ville un très bon rendement du réseau de distribution, selon lui.
La métropole Aix-Marseille-Provence, particulièrement dépendante du système Durance-Verdon pour l'eau potable (67% de son alimentation directe), étudie de son côté la possibilité de recourir également à des eaux souterraines encore non exploitées.
J.Fankhauser--BTB