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Après les inondations, l'Albanie croule sous le plastique
Après la pluie, le plastique: les précipitations qui se sont abattues sur l'Albanie ont laissé derrière elles des montagnes de déchets plastiques qui bouchent les lits des rivières et menacent de se déverser dans la mer, reflets d'une pollution endémique et des effets du changement climatique.
A Durrës, l'une des grandes ville du pays sur la côte, des amoncellements de bouteilles et bidons en plastique, de sacs ou de cartons étaient visibles sur les bords de la rivière mardi, a constaté un journaliste de l'AFP.
Pendant plusieurs jours début janvier de fortes pluies ont frappé l'Albanie faisant un mort, inondant des milliers de maisons, et privant d'électricité des régions entières du pays. Au total, plus de 14.000 hectares et au moins 1.200 habitations ont été submergés.
L'eau a endommagé les barrages à certains endroits, libérant rivières et fleuves de leurs lits - des régions du centre du pays étaient ainsi encore sous les eaux mardi, même si la pluie a cessé.
"Avec les changements climatiques, les inondations sont de plus en plus fréquentes en Albanie", explique à l'AFP Ferdinand Bego, professeur de biologie à l'université de Tirana.
Et l'absence de politique publique de recyclage participe à l'amoncellement du plastique dans les eaux albanaises: selon M. Bego, l'Albanie ne traite que 15% de déchets plastiques; les 85% restant sont jetés dans la nature.
"Les fleuves et les rivières croulent sous des centaines de tonnes de déchets qui polluent gravement tous les écosystèmes - les sols, l'eau, l'air... avec de graves conséquences sur la santé", ajoute M. Bego.
"Cette année c'était un vrai désastre, le lit du fleuve était complétement bourré de déchets plastiques", décrivait lundi à l'AFP Ramazan Malushi, un habitant de Shkozet, près de la côte adriatique.
Cela se voit dans plusieurs régions d'où l'eau s'est retirée, où l'on peut voir ici des bouteilles, là des pantoufles, des sacs plastiques ou des jouets.
Selon les chiffres officiels, seuls 18,9% des déchets – plastiques et autres - produits dans le pays sont recyclés. Plusieurs incinérateurs devaient être construits mais ils n'ont jamais vu le jour et la justice enquête sur la corruption qui aurait entaché ces projets.
Conséquence de tout cela, le bassin versant des rivières Ishëm–Erzen, qui contourne Durrës pour se jeter dans la mer, "figure parmi les cours d'eau les plus contaminés d'Europe, avec des concentrations de cadmium et de plomb dépassant les normes de l'UE de plus de 100 fois […]. Les deux rivières sont fortement polluées par des déchets industriels, des eaux de ruissellement agricoles et des débris plastiques", selon un rapport sur la criminalité environnementale dans les Balkans publié en décembre par l'ONG Global initiative against translantional organized crime.
- 'Négligence criminelle' -
Aux déchets du quotidien s'ajoutent des tonnes de graviers et sédiments, rejetés depuis des décennies par le secteur de la construction dans les rivières du pays, dont les lits se sont donc rétrécis, explique à l'AFP Mihallaq Qirjo, à la tête du Centre des ressources de l'Environnement, une ONG. Ces tonnes de sédiments "bloquent les canaux d'irrigation et les cours d'eau formant des bouchons réduisant leur capacité d'écoulement".
Le Premier ministre socialiste Edi Rama a lui-même publié dimanche sur Facebook la photo d'un fleuve empli de déchets plastiques, accompagné de la légende "Voici ce qui arrive si vous jetez les bouteilles au bord des routes".
Une réponse à la polémique qui s'est emparée du pays face à la gestion, jugée calamiteuse, des inondations.
Le leader de l'opposition, Sali Berisha, a accusé le gouvernement de "négligence criminelle" et l'opposition a demandé la reconnaissance de l'état du catastrophe naturelle - ce qui a été rejeté par Edi Rama.
Les autorités albanaises ont adopté récemment une stratégie nationale sur l'énergie et le climat, et des changements sont également prévus dans le code pénal pour punir plus sévèrement les crimes environnementaux.
Le plastique pourrait désormais quitter l'Albanie pour la côte croate si les vents se lèvent. Plus tôt cet hiver, après une tempête, des tas de déchets plastiques ont été retrouvées sur les plages de Dubrovnik, à une centaine de kilomètres au nord.
F.Müller--BTB