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En Moldavie, un village mise sur ses pittoresques maisons de hobbits
Avec sa poignée de maisons enterrées valant à Rogojeni le surnom de "village des hobbits", ce petit hameau moldave en déclin mise sur les traditions pour renaître et attirer les visiteurs.
"On craint que la commune ne disparaisse car il reste très peu de gens", explique à l'AFP le maire Ruslan Groza, un professeur d'histoire de 46 ans à la tête d'une trentaine d'administrés seulement contre 200 il y a quelques dizaines d'années.
"Je veux développer cette localité, construire des routes, rénover les maisons qui peuvent encore l'être et développer le tourisme", détaille-t-il.
Situé à deux heures au nord de l'aéroport de Chisinau, la capitale du pays de 2,4 millions d'habitants, Rogojeni est l'une des rares bourgades rurales à compter encore des maisons basses, nommées les "basti".
Avec leurs petites portes d'entrée obligeant à se courber, ces pittoresques demeures en pierre sont semi-enterrées dans des collines verdoyantes, loin des routes asphaltées.
Les touristes ont commencé à arriver plus nombreux après l'ouverture au public de l'une des maisons du village, remise en état en 2020, explique M. Groza, qui dit ne pas encore tenir un compte exact du nombre de visiteurs.
Lorsque l'AFP s'est rendu à Rogojeni début janvier, Sangkyoung Lee, un étudiant sud-coréen figure parmi les invités venus partager le cochon rôti sous le foin préparé pour le festin de la veille de Noël, fêté le 7 janvier par certains pays et paroisses orthodoxes.
De telles coutumes sont "difficiles à voir" ailleurs, estime le jeune homme de 22 ans, l'air stupéfait devant le cochon fumant sous les flocons de neige.
A l'intérieur de la maison transformée en musée, un ragoût, de la polenta au fromage de brebis, des tomates vertes marinées et du vin rouge sont ensuite servis autour d'une table, dans une petite pièce aux murs bleus décorés de tapis brodés aux couleurs vives.
Même si Ruslan Groza se dit fier de ce patrimoine, il admet que la majeure partie du bâti est laissé à l'abandon, comme la vieille école et une église, dont il ne reste plus que les murs extérieurs.
- "Frais en été, chaud en hiver" -
Alors qu'en quête d'une vie meilleure, des dizaines de milliers de Moldaves choisissent chaque année d'émigrer, la désertification des campagnes est un lent poison, qui pousse les villages à fusionner.
Depuis 2014, ils ont perdu près d'un demi‑million d'habitants, selon un recensement de 2024, et pour Mariana Groza, l'épouse du maire, seule la "tradition peut inverser cette tendance".
Professeure de littérature et de français, la femme de 45 ans a lancé un atelier de broderie et de costumes, dont elle assure la publicité sur TikTok.
"Pas un jour ne passe sans que je ne fasse un point de croix ou du crochet: si je ne le fais pas, j'ai l'impression que ma journée a été vaine", affirme-t-elle.
Avec d'autres femmes, dont deux octogénaires, elle entonne des chants traditionnels devant le musée, sonnant une cloche tandis qu'un homme joue de l'accordéon.
Sur l'un des airs les plus entraînants, les deux grands-mères commencent à danser avec une joie communicative.
"Quand je me suis mariée ici, il y avait beaucoup de monde, il y avait des enfants, le village était beau", se remémore l'une d'entre elles, Maria Ardeleanu.
"Maintenant, il n'y a plus personne. Juste nous, une poignée de vieilles femmes", regrette-t-elle, ajoutant qu'elle aime parler aux touristes qui veulent savoir ce qu'est la vie dans une "basca".
"Je leur dis qu'en été c'est frais, que c'est agréable à l'intérieur. Et qu'en hiver c'est bien chaud et que je ne sors pas beaucoup", détaille-t-elle en vantant l'isolation naturelle de l'habitat traditionnel.
Quand les chants s'achèvent et que les chanteurs lancent des grains de blé vers les auditeurs en gage de prospérité, sa partenaire de danse se met à compter combien elle en a attrapé.
"Huit", calcule-t-elle gaiement. "La tradition dit que c’est le nombre d'années qu'il me reste à vivre".
F.Pavlenko--BTB