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Session de rattrapage à l'ONU pour tenter de protéger la haute mer
Après quatre sessions infructueuses, les Etats membres de l'ONU reprennent lundi leurs négociations pour enfin accoucher d'un traité destiné à protéger la haute mer, trésor fragile et vital qui couvre près de la moitié de la planète.
Après deux années d'interruption à cause du Covid-19, le 4e rendez-vous de mars devait être le dernier, mais malgré des progrès, les négociateurs avaient manqué de temps. D'où cette nouvelle séance jusqu'au 26 août au siège des Nations unies à New York.
Vraiment la dernière? Difficile à prédire, selon les observateurs.
"L'humeur des négociateurs est un optimisme prudent", indique à l'AFP une source au sein de la Coalition pour une haute ambition de cet accord, qui rassemble une cinquantaine de pays emmenés par l'Union européenne (UE).
"Il faut trouver un compromis entre deux grandes idées: d'un côté le besoin de protéger l'environnement et de réguler les activités humaines, et de l'autre, l'idée qu'il y a une certaine liberté dans la haute mer", explique cette source.
La haute mer commence où s'arrêtent les zones économiques exclusives (ZEE) des Etats, à maximum 200 milles nautiques (370 km) des côtes, et elle n'est donc sous la juridiction d'aucun Etat.
Même si elle représente plus de 60% des océans et près de la moitié de la planète, elle a longtemps été ignorée, au profit des zones côtières et de quelques espèces emblématiques, et environ 1% seulement de cet espace est protégé.
Pourtant la science a prouvé l'importance de protéger tout entier les écosystèmes océaniques qui fabriquent la moitié de l'oxygène que nous respirons et limitent le réchauffement climatique en absorbant une partie importante du CO2 émis par les activités humaines.
Mais ces services qu'ils rendent à l'humanité sont en danger, victimes du CO2 (réchauffement, acidification de l'eau...), des pollutions en tout genre et de la surpêche.
- Une "boussole" -
Il est donc capital de parvenir à enfin finaliser ce traité sur "la conservation et l'utilisation durable de la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale" et qu'il soit ambitieux, plaident à la fois les ONG et les Etats de la Coalition pour une haute ambition.
"Ce traité est majeur parce qu'il va donner un cadre, une boussole, des principes et des règles à l'ensemble de la communauté internationale pour gérer cet espace commun", renchérit Julien Rochette, chercheur à l'Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI).
Mais le dernier projet de texte sur la table comporte encore de nombreux crochets et diverses options sur plusieurs piliers du traité, comme les conditions de création des aires marines protégées.
La future Conférence des parties (COP, organe rassemblant les Etats signataires) doit avoir "le pouvoir de créer ces aires marines sans en référer à d'autres organismes", défend James Hanson, de Greenpeace, alors que certaines questions de coopération avec les nombreuses organisations maritimes régionales (notamment celles gérant la pêche) doivent encore être réglées.
Les compétences de la COP entrent aussi en jeu dans les discussions sur l'obligation de procéder à des études d'impact sur l'environnement des activités en haute mer, explique à l'AFP Julien Rochette.
"Est-ce que c'est la COP qui dira oui ou non à cette activité sur la base de l'étude, ou est-ce que c'est l'Etat qui cherche à développer cette activité?".
Autre question sensible, la répartition des possibles bénéfices issus de l'exploitation des ressources génétiques de la haute mer, où industries pharmaceutiques, chimiques ou cosmétiques espèrent découvrir des molécules miraculeuses.
Alors que les recherches en mer, très couteuses, sont l'apanage des plus riches, les pays en développement ne veulent pas passer à côté de retombées potentielles issues de ressources marines qui n'appartiennent à personne.
Face à ces obstacles potentiels, "il va falloir prendre le pouls pour voir si les blocs ont changé", commente Julien Rochette, classant du côté des enthousiastes l'UE, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et les pays en développement, et de l'autre la Russie et certains pays "précautionneux" sur la pêche comme l'Islande ou le Japon.
N.Fournier--BTB