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Inondations: le sort de milliers de Pakistanais suspendu à un barrage de l'époque coloniale
Le sort de centaines de milliers d'habitants du sud du Pakistan, particulièrement touché par les pluies diluviennes qui s'abattent sur le pays, dépend d'un barrage vieux de 90 ans contrôlant le puissant fleuve Indus, avec l'un des plus vastes systèmes d'irrigation au monde.
Face aux exceptionnelles pluies de mousson qui ont tué plus d'un millier de personnes et touché plus de 33 millions d'habitants, dont beaucoup tirent leur subsistance du fleuve Indus, le gouvernement pakistanais a déclaré l'Etat d'urgence.
Dans la province du Sindh, au sud du pays, après les intempéries qui se sont abattues pendant des semaines en provoquant l'inondation des cultures, c'est le comportement de l'Indus qui est scruté. Le fleuve est alimenté par des torrents gonflés par les rivières qui dévallent les montagnes situées plus au nord.
Prenant sa source au Tibet, l'Indus, qui traverse l'Inde puis le Pakistan avant de se jeter en mer d'Arabie, procure 90% de l'alimentation en eau du Pakistan, selon l'ONU.
Essentiel pour la vie de nombreux habitants, le fleuve peut aussi reprendre tout ce qu'il a donné.
"Toute cette eau qui arrive dans la rivière nous fait peur", a confié à l'AFP Irshad Ali, un agriculteur de 42 ans qui déplore la perte de dattiers et de parcelles de légumes à cause de la mousson.
A plusieurs endroits, l'Indus déborde déjà sur les rives et si le barrage de Sukkur ne parvient pas à contrôler le débit d'eau, une catastrophe est à redouter.
Construit jadis par l'empire britannique, le barrage était considéré comme une merveille d'ingénierie, capable de déverser 1,4 million de mètres cubes d'eau par seconde à travers 19 portes en acier articulées entre des piliers de pierre.
-Risque de débordement -
Le barrage redistribue l'eau dans presque 10.000 kilomètres de canaux qui répartissent l'eau sur les terres agricoles, mais qui après des années de négligence ne permettent plus de traiter les volumes records aujourd'hui enregistrés.
"Le limon s'est accumulé et n'a pas pu être retiré", a expliqué le ministre, ajoutant qu'en raison d'un manque d'équipement, les canaux n'ont pas été dragués depuis 2010.
L'accumulation des couches de limon sur plusieurs mètres d'épaisseur gêne l'écoulement de l'eau, provoquant un risque de débordement de l'Indus.
Dimanche, des ingénieurs travaillaient à renforcer une importante digue menacée par le fleuve en crue.
L'eau a déjà envahi les rues de Sukkur en s'infiltrant à travers les murs des bâtiments qui bordent la route principale de Bandar le long du barrage.
"La ville se trouve déjà un mètre en dessous du niveau du fleuve", a indiqué le ministre des Ressources en eau.
"Cette digue est solide, la machine opérationnelle et le personnel est en alerte", a assuré de son côté le superviseur des opérations Shahid Hussain.
"Le temps joue pour nous", a-t-il ajouté, expliquant que les inondations causées par les pluies qui se sont abattues localement devraient s'être résorbées quand les flots en provenance du nord arriveront.
Mais s'il pleut à nouveau, la situation pourrait rapidement changer. "Heureusement, il n'est pas prévu de pluies dans les prochains jours", a assuré le ministre Sayed Khurshid Shah.
C.Meier--BTB