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La Chine peut-elle apporter la paix en Ukraine ?
Après l'entretien téléphonique mercredi entre le président chinois Xi Jinping et Volodymyr Zelensky, une première depuis l'invasion russe en Ukraine fin février 2022, qu'attendre de la Chine et de ses appels à des négociations de paix?
De l'Ukraine au Moyen Orient, le géant asiatique se positionne de plus en plus comme médiateur dans la résolution de conflits.
Voici quelques questions sur les ambitions diplomatiques de la Chine et ses intentions pour l'Ukraine:
- Que propose la Chine? -
Xi Jinping a déclaré mercredi à Volodymyr Zelensky que la "position fondamentale" de la Chine était "de promouvoir un dialogue de paix".
La délégation sera menée par Li Hui, ex-vice-ministre des Affaires étrangères et spécialiste de l'espace ex-soviétique, nommé représentant spécial du gouvernement chinois pour les affaires eurasiatiques.
Le choix de ce diplomate peut soulever des interrogations quant à sa neutralité, car il fut ambassadeur de Chine en Russie pendant 10 ans (2009-2019) et donc en contact régulier avec Vladimir Poutine.
Mais Pékin a insisté jeudi sur sa "connaissance" du dossier et sur le "rôle positif" qu'il peut ainsi jouer dans cette médiation.
La Chine avait déjà publié fin février sa position en 12 points sur la crise ukrainienne, qu'elle n'a jamais présentée comme un "plan de paix" et dans laquelle elle exhortait notamment à respecter l'intégrité territoriale de tous les pays - sous-entendu Ukraine comprise.
L'appel téléphonique Xi-Zelensky est un "pas en avant positif en ce sens qu'il a permis de rétablir le contact au plus haut niveau, mais cela reste un premier pas", juge Ja Ian Chong, professeur à l'université nationale de Singapour.
"Toute avancée substantielle nécessite (de la part de la Chine) une capacité à faire promettre à la Russie, de manière crédible, de faire preuve de retenue", indique-t-il à l'AFP.
- Pourquoi un appel maintenant? -
La Chine dit avoir toujours maintenu un dialogue avec l'Ukraine au niveau diplomatique.
L'appel Xi-Zelensky fait suite à une série d'initiatives de Pékin pour retisser ses liens avec l'Europe, avec notamment les visites en Chine en avril du président français Emmanuel Macron et de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
Avec cet entretien au niveau présidentiel, la Chine entend "adoucir certaines des voix les plus dures à l'égard de la Chine au sein de l'Union européenne (UE)", écrit le sinologue Bill Bishop dans sa lettre d'information Sinocism.
Et en conséquence, l'objectif de Pékin est également "de créer une certaine distance entre l'UE et les États-Unis", estime-t-il.
Autre hypothèse: l'organisation de l'appel a pu être précipitée par les récents propos de l'ambassadeur de Chine en France, Lu Shaye.
Il avait tenu à la télévision des propos ambigus sur la souveraineté actuelle des ex-républiques soviétiques - des commentaires que Pékin a ensuite diplomatiquement désavoués.
- Quels liens entre Chine et Russie? -
La Chine affirme avoir une position neutre dans le conflit. Elle n'a pas d'alliance officielle avec la Russie.
Toutefois, les deux pays, en raison de leur volonté de faire front commun face aux Etats-Unis, ont intensifié leur coopération économique et diplomatique au cours de la dernière décennie.
Fidèle à sa politique en la matière, Pékin appelle au respect de la souveraineté des Etats, mais n'a jamais condamné publiquement Moscou pour son invasion du territoire ukrainien.
Selon des analystes, la Chine est le partenaire fort dans sa relation avec la Russie, laquelle est désormais de plus en plus affaiblie diplomatiquement et isolée face aux sanctions occidentales.
- Quelles ont été les réactions? -
Suite à l'appel Xi-Zelensky, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a salué une "première étape importante", tout en disant espérer que la Chine "joue un rôle pour convaincre la Russie d'arrêter son agression".
La Russie a accusé Kiev de "saper les initiatives de paix" en refusant le dialogue avec Moscou, tout en disant "prendre acte" de la volonté de la Chine de "s'efforcer de mettre en place un processus de négociation".
Le Kremlin a précisé jeudi sa pensée par la voix de son porte-parole. "Nous sommes prêts à saluer tout ce qui peut (permettre) de se rapprocher de la fin du conflit en Ukraine", a déclaré Dmitri Peskov, ajoutant aussitôt : "Et d'aboutir à la réalisation par la Russie des objectifs qu'elle s'est fixés".
- Où est l'intérêt de la Chine? -
Si la Chine réussit à pacifier la situation en Ukraine, "cela démontrerait la capacité de Pékin à jouer un rôle constructif au niveau mondial et renforcerait peut-être le statut de Xi Jinping en tant que dirigeant mondial", estime M. Chong.
La Chine se présente depuis plusieurs années comme une force de paix et entend jouer un rôle de médiateur dans les conflits à l'étranger.
En mars par exemple, c'est par l'entremise de la Chine que l'Iran et l'Arabie saoudite ont scellé un accord pour rétablir leurs liens diplomatiques, rompus en 2016.
Ces derniers jours, Pékin a également souligné sa volonté de faciliter les pourparlers entre Israéliens et Palestiniens, au point mort depuis 2014.
H.Seidel--BTB