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Paraguay: Santiago Peña, le jeune visage de la vieille hégémonie
Santiago Peña, un économiste de 44 ans élu président du Paraguay, va perpétuer une hégémonie de sept décennies du Parti Colorado (droite) à la tête du pays, et devra lever les doutes sur l'influence de son mentor, un ex-président désigné comme "corrompu" par Washington.
Passé par le FMI, et se disant en phase avec la "société conservatrice" du Paraguay, "Santi" Peña a remporté dimanche l'élection face à son principal rival Efrain Alegre (centre-gauche), avec une avance confortable (42% contre 27% avec 96% des votes décomptés) quand la plupart des sondages donnaient un scrutin très serré.
Sourire affable, traits juvéniles que trahissent à peine une touche de gris aux tempes, M. Peña se décrit comme un homme d'écoute et de responsabilités, et cite souvent sa jeune paternité, à 17 ans, comme un facteur déterminant de sa vie, qui le poussa à étudier dur, travailler tôt, et "vouloir servir".
"Ce fut un moment vraiment difficile (...) qui m'a aidé à apprécier les valeurs que j'avais reçues. Lire, écrire, l'histoire, les maths, on apprend à l'école. Mais les valeurs, on les apprend à la maison", expliquait-il cette semaine à l'AFP.
Jonglant avec son épouse entre université et gardes, Santiago Peña suivit une formation d'économiste à Asuncion, puis d'Adminstration publique à Columbia (New York) via une bourse. A 22 ans il entrait à la Banque centrale du Paraguay, à 31 ans au Fonds monétaire international à Washington, puis de nouveau à 34 ans au directoire de la Banque centrale.
Bien que longtemps affilié au Parti libéral (centre-gauche), Santiago Peña fut ministre des Finances (2015-2017) dans le gouvernement d'Horacio Cartes, du rival Colorado, avant de s'encarter en 2016. Pur carriérisme, selon ses détracteurs.
C'est d'ailleurs activement soutenu par Horacio Cartes que M. Peña a cette fois remporté les primaires du Colorado, après son échec en 2018. Ce qui lui vaut par ses rivaux le quolibet de "marionnette", ou "chili" (serviteur, en guarani) du richissime ex-président. Lui n'en a cure "c'est quelqu'un de très serein, son calme est impressionnant", commente un collaborateur.
- L'ombre d'un mentor "corrompu" -
Des accusations "qui ont fait beaucoup de bruit", admet M. Peña, mais "récusées clairement" par M. Cartes qui "se défend avec ses avocats". Il assure que cela n'affectera pas la relation "très profonde" avec les Etats-Unis, traditionnel allié du Paraguay.
Dimanche soir en proclamant sa victoire, il s'est affiché aux côtés de M. Cartes, et l'a remercié pour cette "grande victoire pour le Colorado, grande victoire pour le Paraguay".
Les inégalités, tenaces, et la pauvreté (24,7%) seront sur le plan intérieur un défi majeur du jeune président, dans un Paraguay à la santé économique enviable (4,5% de croissance prévus en 2023). De fait il a axé sa campagne sur l'emploi - il promet 500.000 créations - et un meilleur accès à la santé publique, sinistrée.
Sur le plan sociétal, il dit épouser les valeurs traditionnelles et chrétiennes de la famille, une "base", dans "un monde de convulsions et déshumanisé". Et pour ces raisons s'oppose au mariage pour tous et à l'avortement.
Pour lui, le Paraguay est encore une "jeune démocratie dont il faut prendre soin". Et il a porté un regard ambivalent sur la dictature d'Alfredo Stroessner (1954-1989), à "l'immense passif de droits humains" mais qui permit de rompre avec "un demi-siècle d'instabilité et de développer des institutions".
La victoire et la domination du Colorado ne lui apporteront pas pour autant un confort de gouvernement, estiment les analystes. Les primaires très amères ont laissé des traces, "et la pire opposition il va la trouver au sein du Colorado, pas en dehors", prédit à l'AFP Sébastian Acha, politologue de l'université de Columbia à Asuncion.
Sur le plan extérieur, s'il n'entend pas remettre en cause les relations d'Asuncion avec Taipei - le Paraguay est un des 13 Etats au monde qui reconnait Taïwan - il a par contre affirmé qu'il transfèrerait l'ambassade paraguayenne en Israël de Tel Aviv à Jérusalem. Le président Cartes l'avait déjà fait en 2018, avant que son successeur ne revienne sur le transfert quelques mois plus tard.
C.Meier--BTB