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Nagorny Karabakh: des milliers de réfugiés se pressent à la frontière arménienne
Des milliers d'habitants du Nagorny Karabakh cherchent à fuir leur région mardi pour passer en Arménie où au moins 13.000 d'entre eux ont déjà trouvé refuge selon Erevan, une semaine après une offensive de l'Azerbaïdjan dans cette région sécessionniste du Caucase.
Paris a estimé mardi que l'exode "massif" des Arméniens du Nagorny Karabakh se déroule "sous l'oeil complice de la Russie", qui avait déployé en 2020 une force de maintien de la paix dans cette région sécessionniste.
"Nous constatons avec beaucoup de préoccupation un départ massif des Amérniens qui s'effectue sous l'oeil complice de la Russie", a déclaré Anne-Claire Legendre, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Elle a rappelé que Paris tiendrait "pleinement responsable l'Azerbaïdjan du sort de la population arménienne".
Dans le flot de réfugiés arméniens, l'Azerbaïdjan recherche de possibles auteurs de "crimes de guerre", a indiqué mardi une source gouvernementale azerbaïdjanaise à l'AFP.
"L'Azerbaïdjan a l'intention d'amnistier les combattants arméniens qui ont déposé les armes au Karabakh. Mais ceux qui ont commis des crimes de guerre pendant les guerres au Karabakh doivent nous être remis", a indiqué cette source, en expliquant pourquoi les hommes en âge de combattre étaient filmés par une caméra au dernier point de contrôle avant de quitter l'enclave.
Lundi soir, en plein exode, un dépôt de carburant a explosé dans l'enclave majoritairement peuplée d'Arméniens, faisant au moins 20 morts et 280 blessés, ont annoncé mardi les autorités séparatistes, qui ont demandé une assistance extérieure urgente pour faire face à cette catastrophe. "Des dizaines de patients sont toujours dans un état critique", ont-elles indiqué dans un communiqué.
Parmi les morts, treize n'ont pas été identifiés et les corps vont être soumis à des analyses médico-légales, selon la même source.
Mardi, le gouvernement arménien a annoncé avoir déjà accueilli plus de 13.000 réfugiés du Nagorny Karabakh, alors qu'un flot ininterrompu de véhicules transportant des familles et leurs affaires empilées sur les toits se pressait au dernier poste de contrôle azerbaïdjanais avant le territoire arménien, via le corridor de Latchine.
- " expulsés" -
Certains passaient à pied. "Ils nous ont expulsés", a lancé un homme en passant devant les soldats azerbaïdjanais.
Lundi, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev avait réaffirmé la promesse que les droits des Arméniens de l'enclave seraient "garantis".
Le chef de l'Etat s'exprimait au côté de son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, acteur clef dans la région, quelques jours seulement après la victoire des soldats azerbaïdjanais contre les troupes de la "république" autoproclamée du Nagorny Karabakh - rattaché en 1921 à l'Azerbaïdjan par le pouvoir soviétique.
L'Union européenne doit recevoir mardi à Bruxelles de hauts représentants de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan, deux anciennes républiques soviétiques qui se sont affrontées militairement au Nagorny Karabakh de 1988 à 1994 (30.000 morts) et à l'automne 2020 (6.500 morts). Le bilan de l'invasion éclair de la semaine dernière est de 200 morts, selon la partie arménienne.
Simon Mordue, principal conseiller diplomatique du président du Conseil européen Charles Michel, présidera cette rencontre à Bruxelles. L'Azerbaïdjan et l'Arménie, ainsi que la France et l'Allemagne, seront représentés par leurs conseillers nationaux à la sécurité. Le représentant spécial de l'UE pour le Caucase du Sud, le diplomate estonien Toivo Klaar, participera également.
Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian et le président azerbaïdjanais se rencontreront eux le 5 octobre à Grenade, en Espagne, avec la participation du président français Emmanuel Macron, du chancelier allemand Olaf Scholz et du président du Conseil européen Charles Michel, une rencontre prévue de longue date qui n'a pas été annulée.
- "des jours terribles" -
L'Azerbaïdjan s'est engagé à permettre aux rebelles qui rendraient leurs armes d'aller en Arménie.
Beaucoup craignent que les Arméniens ne fuient massivement le Nagorny Karabakh, au moment où les forces azerbaïdjanaises resserrent leur emprise.
Car outre l'angoisse qui règne parmi les quelque 120.000 habitants de la région, la situation humanitaire y demeure très tendue.
L'afflux en Arménie de réfugiés du Nagorny Karabakh a entraîné d'immenses embouteillages sur l'unique route reliant la "capitale" de la région sécessionniste, Stepanakert, à ce pays.
Depuis dimanche soir, il a submergé la ville frontalière de Goris peuplée d'une vingtaine de milliers d'habitants, première étape pour la plupart des réfugiés.
Passé le poste de Kornidzor, tout de suite après la frontière, y sont amenés ceux qui n'ont "nulle part où aller", comme Valentina Asrian, dont le beau-frère a été tué dans les bombardements de la semaine dernière et qui tient son petit-fils emmailloté contre son corps.
"Nous avons vécu des jours terribles", a souligné Anabel Ghulasyan, 41 ans, du village de Rev, connu sous le nom de Shalva en azéri.
Devant le théâtre de Goris, des minibus blancs arrivent sans cesse. D'autres repartent, leurs coffres chargés de bagages, en direction d'Erevan et des grandes villes du pays.
La semaine dernière, M. Pachinian a annoncé que son pays de 2,9 millions d'habitants se préparait à accueillir 40.000 réfugiés.
La Russie, qui voit le Caucase comme son pré carré et avait déployé il y a trois ans une force de maintien de la paix dans ce territoire après une brève offensive de l'Azerbaïdjan, a de son côté fermement rejeté lundi les critiques émises par M. Pachinian qui l'a accusée d'avoir abandonné son allié.
H.Seidel--BTB