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RDC: après les combats avec le M23, la panique et la peur de rentrer chez soi
Après les combats entre l'armée et les rebelles du M23 en début de semaine dans l'est de la République démocratique du Congo, les autorités demandent aux villageois de regagner leurs maisons. "Que les militaires et policiers nous précèdent!", répondent-ils, méfiants et convaincus que les affrontements vont reprendre.
Selon le Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR), quelque 10.000 personnes se sont enfuies vers l'Ouganda tout proche. Des milliers d'autres, venues de villages conquis par les rebelles, se sont précipitées vers Rutshuru, chef-lieu du territoire du même nom, où elles se retrouvent dans des conditions très précaires, entassées dans des écoles ou des églises.
"Nous sommes plus de 300 dans ces salles de classe, sans compter les enfants", montre Ibrahim Iagi, devenu chef du camp de déplacés qui s'est formé dans l'école Rugabo, en face du bureau de l'administrateur militaire.
Des femmes s'organisent pour allumer le feu et préparer à manger. Les vivres manquent, les déplacés demandent de l'aide. La plupart ont fui en laissant tout derrière eux dans la nuit, quand les combats étaient intenses, que les bombes pleuvaient.
"Brusquement nous avons entendu des coups de feu. Nous avons quitté notre village de Kinyamahoro à 05H00 du matin, sans habits", explique Yvette Uwase, 18 ans. À côté d'elle, Esther Ntabugi, veuve et mère de quatre enfants, affirme avoir parcouru plus de 30 km pour arriver à Rutshuru centre.
"Nous étions chez nous, à Chea. Les habitants de Runyoni (une colline voisine conquise par la rébellion) ont commencé à fuir, nous avons résisté", explique-t-elle à l'AFP. Mais les tirs se sont intensifiés et "nous avons vu les militaires qui fuyaient. Nous les avons suivis", ajoute-t-elle.
Les autorités militaires du territoire expliquent que mardi, les rebelles avaient réussi à occuper trois groupements (regroupements de villages, ndlr), entre la frontière ougandaise et le parc national des Virunga.
"Dans la nuit du 27 au 28 mars, l'armée congolaise a été surprise par les attaques du M23 contre nos positions de Tchanzu et Runyoni. Nous avons fait de notre mieux mais l'ennemi était bien préparé", précise Muhindo Lwanzo, directeur de cabinet de l'administrateur militaire du territoire.
- Tortures et pillages -
"Cette attaque a provoqué psychose et panique, car les rebelles ne sont pas les bienvenus", ajoute t-il.
"Les gens fuyaient dans tous les sens", confirme Neema Serutoke, membre d'une ONG de défense des droits humains à Rutshuru. Selon elle, sept civils ont été tués et il y a eu "des tortures et des pillages".
Le territoire de Rutshuru est l'épicentre des attaques menées depuis novembre par le M23 ("Mouvement du 23 mars"), groupe issu d'une ancienne rébellion tutsi, qui a repris les armes en reprochant à Kinshasa de ne pas avoir respecté un accord sur la démobilisation de ses combattants.
En milieu de semaine, les rebelles se sont retirés de positions prises sur la route menant de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, à Bunagana, à la frontière ougandaise. Mais ils restent sur les collines de Runyoni, Tchanzu, Bugusa... C'est dans ce secteur qu'un hélicoptère de l'ONU s'est écrasé pour des raisons encore inconnues, faisant huit morts parmi les Casques bleus.
Les déplacés semblent donc convaincus que l'armée va tenter de les déloger.
"Jeudi, les autorités ont envoyé des véhicules pour que nous regagnions nos villages. Tu t'imagines, au lieu de nous aider avec des vivres, ils veulent que nous rentrions dans les mains des rebelles!", proteste Doncira Karikumutima, une femme de 50 ans.
"Ils veulent nous obliger à regagner nos villages occupés par les rebelles. Que les militaires et policiers nous précèdent d'abord", insiste Ntamugabumwe Sebishimbo, père de famille de 65 ans.
Non loin de là, l'hôpital de Rutshuru, soutenu par Médecins sans Frontières (MSF), a reçu une vingtaine de blessés entre le 28 et le 30 mars.
Seka Junior, un civil, a été atteint de trois balles, à l'abdomen, la cuisse et la jambe. "Si je suis en vie c'est grâce à un motard qui m'a pris sur sa moto", assure-t-il. Un responsable de l'hôpital note quant à lui avoir reçu à 07H00 du matin un militaire qui avait été blessé quatre heures auparavant.
Le gouvernement a reconnu "une défaillance (...) au niveau du commandement du secteur opérationnel du Nord-Kivu", lequel commandement, selon le compte-rendu du conseil des ministres de vendredi, "vient d’être relevé".
C.Kovalenko--BTB