Berliner Tageblatt - A Kharkiv, la longue attente des parents de familles prises dans la guerre

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A Kharkiv, la longue attente des parents de familles prises dans la guerre
A Kharkiv, la longue attente des parents de familles prises dans la guerre / Photo: © AFP

A Kharkiv, la longue attente des parents de familles prises dans la guerre

A Kharkiv, dans l'Est de l'Ukraine, Nina Kozyr inspecte la cour où sont accueillis les évacués, à la recherche de ses parents.

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Âgés de 87 et 92 ans, ils avaient initialement refusé de quitter leur village bombardé, dans la région où les forces russes ont lancé la semaine dernière une importante offensive.

"Mes yeux sont gonflés, à force de pleurer toutes les cinq minutes", dit-elle. Ses parents avaient refusé de fuir avec elle, lui disant "partez, on en a assez de vous ici !".

Face à la progression des forces russes, la fuite semble une évidence. Mais certains habitants, qui ne peuvent ou ne veulent pas envisager la vie hors de leur village, refusent d'abandonner leurs maisons.

Pour leurs proches à Kharkiv, la grande ville de la région, cela signifie une longue et pénible attente. Le téléphone passe mal, les laissant pendant des heures sans nouvelles.

Plus inquiétant encore, l'Ukraine a accusé les forces russes d'avoir fait des dizaines de prisonniers civils.

"Les personnes âgées ne veulent pas partir, c'est tout simple" soupire Nina Kozyr.

"La plupart de ceux qui sont restés derrière ont plus de 70 ans" assure Katherina Lavrenko, responsable humanitaire au Centre de coordination des secours.

"Des grands-pères et des grands-mères, qui pensent que tout cela va se terminer bientôt, qu'ils peuvent rester auprès de leurs chats, de leurs chèvres, de leurs cochons, de leurs canards".

La semaine dernière, les autorités ukrainiennes ont évacué près de 9.000 personnes. La Russie affirme avoir pris douze villages dans la région de Kharkiv, et ses forces continuent leur progression.

- "J'aurais dû écouter" -

Les volontaires et les policiers ukrainiens chargés des évacuations n'ont pas le droit d'essayer de persuader les gens de venir avec eux, explique Mme Lavrenko. Ils doivent attendre une demande d'évacuation, même en dernière minute.

Des maisons à Vovtchansk brûlaient déjà quand Oleksandr Stryjakov a finalement cedé aux appels de sa femme et de sa filles pour quitter la ville.

"J'aurais dû écouter ma fille ! Elle me suppliait de partir", assure à l'AFP M. Stryjakov, 68 ans.

Après avoir survécu à une fuite "terrifiante" dans la ville en partie détruite, il est assis, avec sa femme Valentyna, sur l'un des lits du dortoir où ils sont hébergés. Tout ce qu'ils possèdent tient dans quelques sacs en plastique.

Valentyna, arrivée quelques jours plus tôt, arpentait les couloirs, dans l'attente de nouvelles. Dès qu'elle pouvait avoir une connexion téléphonique, elle criait : "Fuyez ! Maintenant !"

Mais elle a compris ce qui l'a finalement convaincu : le manque de cigarettes.

"J'en ai acheté", dit-il en riant. "C'est le plus important. Sans cigarettes, c'est la mort !"

- "Maman vient d'appeler" -

Selon les autorités ukrainiennes, l'armée russe a commencé à raser Vovtchansk et utilise des civils capturés comme boucliers humains pour protéger son quartier général.

Une affirmation que l'AFP a été incapable de vérifier de source indépendante.

Les parents de ceux qui refusent encore de fuir Vovtchansk tentent d'avoir des nouvelles.

Kira Djafarova est parvenue à contacter sa mère, Valentina Radionova, 85 ans, restée à Vovtchansk. "Maman vient d'appeler. Elle a dit : +je vais bien+" a-t-elle confié à l'AFP dans un texto.

Puis un voisin de sa mère a indiqué qu'une bombe venait de tomber près de sa maison. Malgré cela, elle ne veut toujours pas entendre parler de quitter sa maison près de la rivière, assure à l'AFP Kira Djafarova.

"Dès que l'eau était assez chaude, et jusqu'en automne, elle se baignait", dit-elle. "C'est pour cela qu'elle avait choisi cette maison".

Dans son jardin, "elle fait pousser les poivrons, des tomates, des concombres, des courgettes, des aubergines, des cerises, des fraises, des framboises... tout".

Elle envoyait à ses petits-enfants, en Russie et en Ukraine, des pots de confiture maison.

Mme Djafarova, psychiatre, pense que la peur a pu paralyser sa mère et l'empêcher de quitter le village. Elle espère qu'elle changera d'avis, même si cela signifie aller vivre en Russie avec son fils.

Mme Djafarova, qui a cessé de parler à son frère depuis le début de la guerre, espère que sa mère acceptera de partir pour un endroit plus calme.

"Si elle dit +oui, je suis prête à partir+, nous ferons tout ce que nous pourrons pour la faire sortir", dit-elle.

N.Fournier--BTB