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Trump estime que Moscou "a les cartes en main" en Ukraine
Le président américain Donald Trump a affirmé mercredi soir que Moscou avait les "cartes en main" dans les négociations pour tenter de mettre fin à la guerre en Ukraine, entamant un peu plus l'espoir de Kiev de voir Washington défendre ses intérêts.
Les Russes "ont pris beaucoup de territoires, donc ils ont les cartes en main", a souligné face à des journalistes le dirigeant américain, qui envisage une rencontre prochaine avec son homologue russe Vladimir Poutine.
Ces propos sont formulés alors que que le président ukrainien Volodymyr Zelensky, que M. Trump avait qualifié plus tôt mercredi de "dictateur", doit recevoir jeudi à Kiev l'envoyé spécial américain Keith Kellogg.
Le président ukrainien, dont la position apparaît affaiblie par le rapprochement de Donald Trump avec Vladimir Poutine, a dit espérer un travail "constructif" avec l'émissaire américain.
"Notre avenir n'est pas avec Poutine, mais avec la paix. Et c'est un choix pour tout le monde – et pour les plus puissants – d'être avec Poutine, ou d'être avec la paix", a-t-il affirmé mercredi soir.
A son arrivée à Kiev, Keith Kellogg a affirmé comprendre le besoin de "garanties de sécurité" de l'Ukraine.
A quelques jours du troisième anniversaire du début de l'invasion russe du 24 février 2022, M. Zelensky a rappelé que l'Ukraine voulait la fin de cette guerre "depuis ses premières secondes".
Il a acccusé son homologue américain, qui a multiplié les attaques verbales à son encontre, de vivre dans "un espace de désinformation" russe et d'aider Vladimir Poutine, traité en paria par les Occidentaux depuis 2022, à "sortir d'années d'isolement".
- "Légitimité démocratique"
Les deux chefs d'Etat de pays considérés comme alliés ont échangé ces attaques personnelles inédites au lendemain des discussions russo-américaines en Arabie saoudite, les premières au niveau des chefs des diplomaties des Etats-Unis et de la Russie depuis l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022.
"Dictateur sans élections, Zelensky devrait se dépêcher ou il ne va pas lui rester de pays", a déclaré Donald Trump sur sa plateforme Truth Social. "J'adore l'Ukraine, mais Zelensky a fait un boulot épouvantable", a-t-il ajouté.
Le mandat du président ukrainien, élu en 2019, aurait dû expirer en mai 2024, mais l'Ukraine n'a pas organisé d'élections du fait de la guerre et de la loi martiale, des millions d'Ukrainiens ayant fui à l'étranger et 20% du territoire étant sous occupation russe.
Il est "tout simplement faux et dangereux de nier au président Zelensky sa légitimité démocratique", a réagi le chancelier allemand Olaf Scholz, dont le pays est un autre allié de l'Ukraine.
M. Zelensky a dit compter "sur l'unité ukrainienne, sur notre courage ukrainien et nos relations avec nos partenaires, et sur l'unité en Europe et sur le pragmatisme de l'Amérique".
Sur X, il a également dit mercredi soir s'être entretenu au téléphone avec son homologue français Emmanuel Macron, ainsi qu'avec Lindsey Graham, un sénateur américain républicain de haut rang et allié de Donald Trump.
- Renforcer la "confiance" -
Les propos du président américain ont choqué en Ukraine. "J'ai l'impression que Trump a peur de Poutine", a réagi Ivan Banias, un militaire de 51 ans interrogé par l'AFP à Kiev.
Une autre habitante de la capitale ukrainienne, Svitlana Oleksandrivna, 65 ans, a dénoncé les récits "complètement moscovites, comme si le Kremlin lui écrivait tout".
Vladimir Poutine s'est quant à lui félicité de la reprise du dialogue russo-américain, quelques heures après la rencontre entre Sergueï Lavrov et son homologue américain, Marco Rubio, en Arabie saoudite.
"Sans renforcer le niveau de confiance entre la Russie et les Etats-Unis, il est impossible de résoudre de nombreux problèmes, y compris la crise ukrainienne", a-t-il déclaré.
MM. Rubio et Lavrov sont notamment convenus de négocier sur l'Ukraine, sans convier Kiev ni les Européens, qui craignent un accord dans leur dos et contre leurs intérêts.
"Je rencontrerai avec plaisir Donald (Trump) (...). Et je pense que lui aussi", a ajouté Vladimir Poutine, précisant toutefois ne pas pouvoir dire d'ici combien de temps une telle rencontre pourrait être organisée.
Donald Trump a de nouveau assuré que les Etats-Unis étaient en train de "négocier avec succès une fin de la guerre avec la Russie". "Une chose que - tout le monde l'admet - seuls +TRUMP+ et l'administration Trump peuvent faire", selon lui.
A contrario, l'Europe "a échoué à apporter la paix", a-t-il dénoncé.
Deux jours après un premier mini-sommet informel à l'Elysée avec sept pays européens, dont le Royaume-uni, le président français, Emmanuel Macron, a réuni 19 chefs d'Etat et de gouvernement de pays membres de l'UE ou de l'Otan (Norvège, Canada, Islande) en visioconférence mercredi pour tenter de trouver une posture commune sur l'Ukraine et la défense collective.
O.Bulka--BTB