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La mort du rêve américain pour les migrants contraints de rebrousser chemin
Saudy Palacios a traversé la dangereuse jungle du Darien, située à cheval entre Panama et Colombie, dans l'espoir d'atteindre les Etats-Unis pour y commencer une nouvelle vie. Elle fait désormais le chemin inverse pour regagner le Venezuela, cette fois par la mer, ses rêves "brisés" par la politique migratoire du président Trump.
Comme elle, des centaines de migrants, dont beaucoup d'enfants, embarquent ces derniers jours sur des bateaux à Carti, dans la région de Guna Yala, dans les Caraïbes panaméennes.
Et mettent le cap sur le sud jusqu'au port de Necocli, en Colombie, pour ensuite continuer leur périple par voie terrestre, vers le Venezuela pour la plupart.
Pourtant, le danger subsiste. Une fillette vénézuélienne de huit ans est morte vendredi dans le naufrage au large du Panama d'un bateau de migrants qui se rendaient en Colombie, après avoir été refoulés des Etats-Unis.
Depuis le retour à la Maison Blanche le 20 janvier de Donald Trump, l'administration américaine a largement mis en scène et médiatisé les expulsions de sans-papiers, notamment par des vols militaires et pour certains à destination de la base américaine de Guantanamo, sur l'île de Cuba.
Elle a également supprimé l'application mobile CBP One, qui permettait aux migrants de prendre des rendez-vous pour demander l'asile aux Etats-Unis.
"C'est fini. Il n'y a plus de rêve américain. J'ai attendu le rendez-vous pendant neuf mois, on se lasse. Il n'y a plus d'espoir", déclare à l'AFP Mme Palacios, 27 ans, qui a rebroussé chemin avec son fils de 11 ans et son mari.
Comme d'autres, ils attendent un bateau sur le vieux quai délabré de Carti Sugdupu, une île dont la majorité des habitants ont été déplacés sur le continent l'année dernière en raison du risque de submersion lié au changement climatique.
- "Le pire moment de ma vie" -
Ces migrants arrivent pour la plupart du Mexique, sans papiers et endettés après avoir dépensé entre 5.000 et 10.000 dollars pour leur voyage.
Ils ont dormi dans des refuges ou dans la rue, souffert de la faim.... Certains ont vendu des sucreries aux feux rouges afin de se nourrir et payer les trajets en bus ou bateaux pour rentrer dans leur pays.
Lorsqu'Astrid Zapata a débarqué il y a quelques jours au refuge La Esperanza de San José, capitale du Costa Rica, avec son mari, sa fille de quatre ans et un cousin, elle s'est empressée d'accrocher le drapeau du Venezuela dans le petit espace où ils allaient dormir.
"Il n'y a plus d'avenir aux Etats-Unis. Mais j'ai peur (...) C'est très difficile de retraverser la jungle. J'ai vu une mère perdre ses deux enfants là-bas, ils se sont noyés dans la rivière", confie à l'AFP Mme Zapata.
La jungle "a été la pire expérience de ma vie", se remémore la Vénézuélienne Karla Peña dans un centre d'accueil à Tegucigalpa, au Honduras. Elle et ses proches font partie des 300.000 migrants ayant traversé la région du Darien en 2024.
Pour ces femmes et leurs familles, qui ont fui le Venezuela comme huit millions de compatriotes au cours de la dernière décennie, il était inenvisageable de rester au Mexique, sous la menace de groupes criminels.
- "Repartir de zéro" -
Certains migrants s'arrêtent en route, comme Maria Aguillon, partie en décembre d'un petit village du sud de l'Equateur avec son mari, ses trois enfants et trois petits-enfants.
"Nous devions partir parce qu'il y avait trop de massacres, j'ai perdu un fils", explique-t-elle à l'AFP, depuis le refuge de San José.
Ils ont traversé le Darien, mais son époux a été expulsé du Panama et elle a dû poursuivre le voyage sans lui.
Mme Aguillon voulait atteindre les Etats-Unis pour retrouver deux de ses enfants.
Cependant, cela n'a pas été possible et cette femme de 48 ans tente aujourd'hui de reconstruire sa vie au Costa Rica.
"Repartir de zéro", résume Yaniret Morales dans le centre d'accueil de Tegucigalpa.
Cette mère de 38 ans veut retourner avec sa fille de dix ans au Venezuela, mais seulement "pour économiser un peu d'argent et émigrer vers un pays" qui ne sera pas les Etats-Unis.
L.Janezki--BTB