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Nucléaire: l'Iran réaffirme son droit à l'enrichissement avant des pourparlers avec les Européens
L'Iran reconnaît que ses installations nucléaires ont été "sérieusement endommagées" par les bombardements américains mais n'entend pas renoncer à l'enrichissement d'uranium, a déclaré lundi son ministre des Affaires étrangères, avant des pourparlers prévus vendredi à Istanbul avec la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne.
"C'est une question de fierté nationale", a affirmé Abbas Araghchi à la chaîne de télévision américaine Fox News, en soulignant que tout futur accord sur le nucléaire iranien devra contenir le droit à l'enrichissement.
Le président américain Donald Trump a aussitôt réitéré sa menace de bombarder à nouveau l'Iran s'il reprenait son programme d'enrichissement.
"Abbas Araghchi, à propos des sites nucléaires iraniens: +Les dommages sont très graves, ils sont détruits+. Bien sûr qu'ils le sont, comme je l'ai dit, et nous recommencerons, si nécessaire!", a-t-il écrit sur son réseau Truth Social.
Le ministre iranien s'est dit "ouvert" à des discussions indirectes avec Washington, les deux pays ayant eu plusieurs cycles d'échanges avant les frappes américaines du 22 juin visant des sites nucléaires, mais exclu "pour le moment" des discussions directes.
Entre-temps, l'Iran a dit tenir les pays européens pour responsables de l'échec de l'accord de 2015, les accusant lundi de ne pas avoir tenu leurs engagements.
Téhéran, plusieurs puissances occidentales, la Chine et la Russie avaient trouvé cet accord qui prévoyait d'importantes restrictions au programme nucléaire iranien en échange d'une levée progressive des sanctions de l'ONU.
Mais en 2018, les Etats-Unis se sont retirés unilatéralement de ce texte longuement négocié et ont réimposé leurs sanctions lors du premier mandat de Donald Trump (2017-2021).
Paris, Londres et Berlin avaient assuré leur attachement à l'accord, disant vouloir poursuivre les échanges commerciaux avec l'Iran. Les sanctions onusiennes et européennes n'ont ainsi pas été rétablies.
- "Fautifs" -
Mais le dispositif envisagé par les pays européens pour compenser le retour des sanctions américaines a peiné à se concrétiser et nombre d'entreprises occidentales ont été contraintes de quitter l'Iran, confronté à une forte inflation et une crise économique.
"Les parties européennes ont été fautives et négligentes dans la mise en oeuvre" de l'accord sur le nucléaire, a déclaré le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï.
Ces propos interviennent avant une rencontre vendredi à Istanbul, confirmée par Ankara, entre l'Iran et des représentants de la France, du Royaume-Uni et de l'Allemagne.
Ces trois pays accusent Téhéran de ne pas avoir respecté ses engagements sur le nucléaire et menacent de rétablir des sanctions en vertu d'une clause prévue par l'accord, ce que l'Iran cherche à éviter à tout prix.
"Si aucune solution diplomatique n'est trouvée d'ici fin août, [le rétablissement des sanctions] reste une option", a déclaré lundi le porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères, Martin Giese.
Recourir à ce mécanisme "est dénué de sens, injustifiable et immoral", a estimé de son côté Esmaïl Baghaï, arguant que l'Iran avait pris ses distances avec l'accord en représailles aux manquements des Occidentaux.
Mardi, "une consultation trilatérale" avec la Russie et la Chine se tiendra à Téhéran pour discuter de ce dossier, a par ailleurs indiqué Esmaïl Baghaï lors d'une conférence hebdomadaire.
- "Rôle constructif" -
La Chine entend "jouer un rôle constructif en poussant les parties concernées à reprendre le dialogue et les négociations pour parvenir à une solution qui tienne compte des préoccupations légitimes de toutes les parties", a souligné le ministère chinois des Affaires étrangères, interrogé sur ce rendez-vous.
Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), l'Iran est l'unique pays non doté de l'arme nucléaire à enrichir de l'uranium à un niveau élevé (60%), bien au-delà de la limite de 3,67% fixée par l'accord de 2015.
Pour fabriquer une bombe, l'enrichissement doit être poussé jusqu'à 90%, d'après l'AIEA.
Les pays occidentaux, Etats-Unis en tête, et Israël, ennemi juré de la République islamique, soupçonnent de longue date l'Iran de vouloir se doter de la bombe atomique.
Téhéran se défend vigoureusement d'avoir de telles ambitions militaires mais insiste sur son droit au nucléaire pour des besoins civils, notamment pour l'énergie.
L'Iran et les Etats-Unis avaient tenu depuis avril cinq cycles de discussions sur le nucléaire, avant l'attaque lancée par Israël le 13 juin contre l'Iran, qui a déclenché une guerre de 12 jours.
N.Fournier--BTB