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Testée par la Russie, l'Otan veut muscler sa riposte antidrones
L'Otan va tester de nouveaux systèmes de détection et de neutralisation de drones, après de multiples incursions russes dans le ciel européen, a annoncé mercredi son secrétaire général Mark Rutte.
L'Alliance atlantique et l'Union européenne s'efforcent de combler des lacunes dans la défense du continent, à la suite de plusieurs violations de l'espace aérien par la Russie au mois de septembre, au-dessus de la Pologne et de l'Estonie.
L'Otan va "mettre en œuvre un certain nombre de mesures supplémentaires antidrones qui renforceront, élargiront et accélèreront notre capacité à (les) contrer", a déclaré Mark Rutte devant la presse, à l'issue d'une réunion des ministres de la Défense de l'Otan à Bruxelles.
Concrètement, l'Alliance veut tester des "systèmes intégrés" capables de mieux "détecter, suivre et neutraliser les menaces aériennes".
Les ministres ont également discuté de leur soutien militaire à l'Ukraine. Dès son arrivée au siège de l'Otan, le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a encouragé les pays européens et le Canada à en faire plus, dans le cadre du programme Purl. Cette initiative, lancée par Washington, permet à Kiev d'acheter des armes américaines financées par les Européens.
- Paix par la force -
"On obtient la paix quand on est fort, pas quand on use de grandes phrases ou qu'on fait la leçon. On l'obtient lorsqu'on dispose de capacités réelles et solides que les adversaires respectent", a-t-il déclaré.
Dans le cadre du programme Purl, Kiev a déjà reçu deux tranches d'aide pour environ deux milliards de dollars, financés par les Pays-Bas, et plusieurs pays scandinaves.
L'Allemagne et le Canada se sont engagés à en financer deux autres, à hauteur de 500 millions de dollars chacun, et Kiev espère que deux autres tranches seront rapidement finalisées.
M. Rutte a assuré que plus de la moitié des 32 pays de l'Otan avaient déjà répondu à l'appel, sans toutefois préciser pour quels montants.
Pressée de contribuer elle aussi à ce programme, la France s'y refuse pour l'instant. La nouvelle ministre de la Défense Catherine Vautrin, qui participait mercredi pour la première fois à une réunion de l'Otan, n'a pas évoqué le sujet à son arrivée à Bruxelles.
En début d'après-midi, le ministre ukrainien de la Défense Denys Chmygal a lui aussi appelé les alliés européens à participer à cette initiative, et de manière générale à renforcer leur soutien militaire.
L'Ukraine aura besoin de pas moins de 120 milliards de dollars l'an prochain pour son effort de guerre, dont la moitié qu'elle sera en mesure de financer elle-même. Mais Kiev a aussi besoin "urgemment" de 4 milliards de dollars en 2026. "Nous serons en mesure de construire jusqu'à 10 millions de drones si nos partenaires s'engagent à fournir les fonds nécessaires", a assuré Denys Chmygal.
- 5.600 drones -
Pour le seul mois de septembre, l'Ukraine a été frappée par quelque 5.600 drones et 180 missiles, a-t-il encore souligné, alors que les pays de l'Otan entendent profiter de l'expérience de l'Ukraine dans la guerre antidrones.
L'intrusion d'une vingtaine de drones russes en septembre dans l'espace aérien polonais avait contraint l'Otan à en abattre trois, une première depuis sa création en 1949.
Quelques jours plus tard, les chasseurs de l'Otan avaient escorté trois MiG russes hors du ciel estonien, après une intrusion ayant duré 12 minutes, un record.
Cette réponse dans l'urgence avait été suivie par le lancement de l'opération "Eastern Sentry" (sentinelle orientale) pour renforcer la surveillance du flanc est de l'Alliance.
L'Otan envisage aussi d'affiner ses règles d'engagement en donnant davantage de flexibilité à son commandement militaire. L'idée est de simplifier les règles qui reposent sur des systèmes différents et qui limitent parfois la capacité d'agir du commandement militaire de l'Alliance.
"Lorsque les choses se compliquent, lorsque les F-35 sont en vol, vous devez vous assurer que tout le monde comprend clairement quelles sont les règles", a expliqué le ministre néerlandais de la Défense Ruben Brekelmans.
L'Union européenne, dont les ministres de la Défense se réuniront dans la soirée mercredi après l'Otan, a proposé un "mur" antidrones pour y faire face et voudrait qu'il soit pleinement opérationnel d'ici à 2027.
Interrogé sur le risque de doublon avec l'Otan, son secrétaire général Mark Rutte a assuré du contraire. "Il n'y a pas de double emploi. Je tiens à le dire une fois pour toutes, l'UE et l'Otan travaillent en étroite collaboration, et nous connaissons tous deux nos forces respectives", a-t-il affirmé.
W.Lapointe--BTB