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Ukraine: la petite ville de Vinnytsia compte les corps, mort en captivité d'un Britannique
Londres a imputé vendredi à Moscou "l'entière responsabilité" de la mort en captivité dans l'est occupé de l'Ukraine d'un Britannique, présenté par les uns comme un humanitaire et par les autres comme un mercenaire, au moment où l'on continuait de compter les victimes d'une frappe russe meurtrière commise la veille.
Face à l'effroi dans le monde - le secrétaire général de l'ONU s'est dit "atterré" et l'UE a dénoncé un comportement "barbare" des Russes - le ministère russe de la Défense a affirmé vendredi que ses missiles de croisière avaient frappé la veille à Vinnytsia une réunion du "commandement des forces aériennes ukrainiennes avec des représentants de fournisseurs étrangers d'armements".
La frappe a en fait dévasté le centre de cette petite ville ukrainienne située à des centaines de kilomètres du front, faisant selon le dernier bilan donné par les secours ukrainiens jeudi soir 23 morts, 29 disparus, 71 blessés hospitalisés et plus d'une centaine de blessés soignés sur place.
Parmi les morts, trois enfants à ce stade dont Liza Dmitrieva, une fillette trisomique de quatre ans que sa mère Iryna, amputée d'une jambe et toujours entre la vie et la mort, poussait dans une poussette rose vif.
"Où est-ce qu'on va, ma chérie ?" demandait la maman à sa fille dans une vidéo qu'elle avait postée sur Instagram à 9H38, 80 minutes avant la frappe. Chez "Alla!" avait répondu la petite fille en secouant ses cheveux blonds, attachés avec une pince blanche en forme de papillon. Il n'est resté, sur la place de Vinnytsia, que la poussette rose tachée de sang.
La Russie n'a jamais reconnu de bavure ou crime de ses forces armées en Ukraine et assure systématiquement ne frapper que des cibles militaires.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a souligné jeudi soir que cette frappe démontrait "une nouvelle fois que la Russie doit être reconnue officiellement comme un Etat terroriste".
- "L'entière responsabilité" -
Quant au Britannique Paul Urey, qui était captif depuis la fin avril dans les territoires de l'est de l'Ukraine occupés par la Russie, sa mort a été annoncée vendredi matin par les autorités séparatistes prorusses de la région de Donetsk.
Une organisation à but non lucratif ayant son siège au Royaume-Uni, Presidium Network, avait annoncé le 29 avril que deux travailleurs humanitaires, Paul Urey et Dylan Healy, avaient été capturés par l'armée russe dans le sud de l'Ukraine, alors qu'ils cherchaient à évacuer une femme et deux enfants.
Mais selon Daria Morozova, une responsable des séparatistes de Donetsk, Paul Urey avait "dirigé des opérations militaires, fait du recrutement et de la formation de mercenaires" pour les forces ukrainiennes.
Souffrant de diabète, de problèmes rénaux, respiratoires et cardiaques, ainsi que de "stress", il est mort le 10 juillet, a-t-elle assuré sur Telegram.
A Londres, le ministère britannique des Affaires étrangères a indiqué avoir convoqué l'ambassadeur russe Andrei Kelin.
"Je suis choquée par les informations faisant état de la mort du travailleur humanitaire britannique Paul Urey, détenu pour le compte de la Russie en Ukraine", a déclaré dans un communiqué la ministre des Affaires étrangères Liz Truss
"La Russie doit en porter l'entière responsabilité", a-t-elle ajouté.
Originaire de Manchester et Warrington dans le Nord de l'Angleterre, Paul Urey est présenté par Presidium Network comme un père de famille qui a passé huit ans en Afghanistan en tant qu'entrepreneur civil, tandis que Dylan Healy, dont aucune nouvelle n'a été donnée, avait travaillé dans une chaîne hôtelière au Royaume-Uni.
La Légion internationale de défense de l'Ukraine, qui regroupe les combattants volontaires étrangers qui ont afflué dans ce pays après l'offensive russe le 24 février, a également affirmé que Paul Urey était un "employé d'une organisation humanitaire".
Deux autres Britanniques, présentés par les autorités séparatistes de la région de Donetsk comme des mercenaires, ainsi qu'un Marocain, ont été condamnés à mort en juin dans cette "république" autoproclamée et reconnue par Moscou.
Le Royaume Uni, sous la houlette du Premier ministre Boris Johnson qui a été le premier dirigeant occidental à se rendre à Kiev, est en pointe dans le soutien à l'Ukraine, dans la ligne de relations très dégradées avec Moscou depuis des années.
Les autorités séparatistes de Donetsk ont de leur côté fait état vendredi matin de quatre personnes tuées et 16 blessées par des bombardements ukrainiens dans la zone sous leur contrôle en 24 heures.
Les forces séparatistes ont également affirmé être en train de prendre le contrôle complet de la ville de Siversk, attaquée après la prise de Lyssytchansk plus à l'est au début du mois.
"Les forces russes progressent lentement vers l'Ouest après des bombardements et des assauts en direction de Siversk depuis Lyssytchansk pour ouvrir une voie vers Sloviansk et Kramatorsk", deux autres villes de l'est encore sous contrôle ukrainien, selon le ministère britannique de la Défense.
L'Ukraine a de son côté lancé depuis plusieurs semaines une contre-offensive dans le sud pour reprendre Kherson, unique capitale régionale capturée par Moscou. Si la ligne de front reste relativement stable, ces attaques sont de plus en plus puissantes, avec de nouveaux systèmes de roquettes américains et européens, ciblant les dépôts d'armes.
- "Onde de choc" -
Sur le plan diplomatique, une réunion des ministres des Finances du G20 à Bali, en Indonésie, a donné lieu à un nouvel affrontement entre les Occidentaux et la Russie.
Les grands argentiers occidentaux ont accusé la Russie d'avoir créé avec sa guerre contre l'Ukraine une "onde de choc" dans l'économie mondiale, responsable de la crise alimentaire et énergétique qui frappe de nombreux pays.
"Il y a eu une très large dénonciation de la guerre et de ses conséquences" alors que "la Russie a essayé de dire que la situation économique mondiale n'avait aucun rapport avec la guerre", a indiqué à l'AFP une source dans la délégation française.
Meilleur allié de Moscou en Europe, le Premier ministre hongrois Viktor Orban a abondé en son sens, appelant les dirigeants de l'UE à revenir sur leur politique de sanctions qui était "une erreur".
"Au début, j'ai pensé que nous nous étions simplement tiré une balle dans le pied, mais l'économie européenne s'est tiré une balle dans les poumons et est asphyxiée", a-t-il lancé à l'antenne de la radio nationale.
Mais l'Union européenne va viser les exportations d'or russe dans son prochain train de sanctions, comme l'avaient décidé les pays du G7 fin juin, a annoncé vendredi à l'AFP le commissaire européen Maros Sefcovic lors d'une réunion des ministres des Affaires européennes à Prague.
"Ce n'est pas une mesure symbolique car la Russie est un gros exportateur d'or. Cela permettra de couper un autre robinet de financement de la guerre de Poutine en Ukraine", a-t-il précisé.
L'UE va aussi chercher "à fermer les échappatoires" pour ceux qui contournent les précédents trains de sanctions contre la Russie, a précisé le commissaire.
Concernant les négociations en cours sur l'exportation bloquée des millions de tonnes de céréales ukrainiennes qui déstabilise les marchés mondiaux et menace de situations de famine, le ministère russe de la Défense a indiqué qu'un "document final" serait prêt sous peu.
Selon Ankara, médiateur sur ce dossier, une nouvelle rencontre doit avoir lieu la semaine prochaine sur cette question clef pour la sécurité alimentaire de nombreux pays, notamment en Afrique.
G.Schulte--BTB