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Ukraine : accord sur l'exportation des céréales, poursuite des bombardements
La Russie et l'Ukraine ont signé vendredi à Istanbul avec l'ONU et la Turquie un accord pour débloquer les exportations de céréales face aux risques de famines dans le monde, tandis que les bombardements se poursuivaient dans l'est et le sud de l'Ukraine.
Les deux belligérants ont paraphé deux textes identiques mais séparés, à la demande des Ukrainiens qui refusaient de signer tout document avec les Russes.
Les conditions sont réunies pour son application "dans les prochains jours", a peu après assuré le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou.
- Un accord "sans précédent" -
Antonio Guterres a pour sa part remercié la Russie et l'Ukraine qui ont "surmonté leurs divergences pour faire place à une initiative au service de tous. Maintenant, cet accord "sans précédent" doit être "pleinement mis en œuvre", a-t-il ajouté.
M. Erdogan a de son côté espéré que la signature de ce document allait "renforcer l'espoir de mettre fin à cette guerre" que se livrent depuis près de cinq mois dans l'une des régions les plus fertiles d'Europe deux des plus grands producteurs de céréales du monde.
"L'accord d'Istanbul est un pas dans la bonne direction. Nous appelons à sa mise en oeuvre rapide", a quant à lui réagi le chef de la diplomatie de l'Union européenne Josep Borrell.
"Pour permettre un retour durable à la sécurité dans le monde et à la stabilité économique, (Vladimir) Poutine doit mettre fin à la guerre et se retirer d'Ukraine", a tempéré la cheffe de la diplomatie Liz Truss.
Les Etats-Unis avaient dès jeudi salué cette avancée obtenue à Istanbul, tout en dénonçant le fait que la Russie "utilise les denrées alimentaires comme une arme".
- Des "couloirs sécurisés" -
La principale mesure découlant de ce texte est la mise en place de "couloirs sécurisés" afin de permettre la circulation en mer Noire des navires marchands, que Moscou et Kiev s'engagent à "ne pas attaquer", a expliqué un responsable des Nations unies.
Il sera valable pour "120 jours", le temps de sortir les quelque 25 millions de tonnes accumulées dans les silos d'Ukraine tandis qu'une nouvelle récolte approche.
Les négociateurs ont toutefois renoncé à nettoyer la mer Noire des mines - principalement posées par les Ukrainiens pour protéger leurs côtes : "Déminer aurait pris trop de temps", a justifié l'ONU, qui a précisé que des "pilotes ukrainiens" ouvriraient la voie aux cargos dans les eaux territoriales.
La Turquie s'est pourtant dite "prête" vendredi à aider au déminage de cet espace maritime, tandis que la Russie s'est "engagée" à ne pas "profiter" du fait que les ports ukrainien seront "déminés et ouverts".
Et des inspections des navires au départ et en direction de l'Ukraine auront lieu à Istanbul, afin de répondre aux inquiétudes de la Russie, qui veut avoir la garantie que les cargos n'apporteront pas d'armes aux Ukrainiens.
- Les engrais russes -
Cet accord est "très important", avait souligné le Kremlin quelques heures avant sa signature.
"Il s'agit d'une part relativement modeste des céréales ukrainiennes, mais il est néanmoins très important que ces céréales atteignent les marchés internationaux", avait déclaré le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov.
Il avait aussi estimé qu'il fallait "permettre aux marchés de recevoir des volumes supplémentaires d'engrais et de céréales" russes, dont l'exportation pâtit des sanctions occidentales.
Le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Oleg Nikolenko, avait martelé jeudi soir à l'AFP que Kiev n'accepterait "que des solutions qui garantissent la sécurité des régions méridionales de l'Ukraine, une position forte des forces armées ukrainiennes en mer Noire et l'exportation sûre des produits agricoles ukrainiens".
Mais, dans le sud fertile de l'Ukraine, des agriculteurs restent sceptiques. L'accord d'Istanbul "donne un peu d'espoir", considère certes un agriculteur de la région, Mykola Zaveroukha, qui attend de pouvoir exporter quelque 13.000 tonnes de céréales. Mais, ajoute-t-il aussitôt, "la Russie n’est pas fiable, elle l’a démontré année après année".
- Bombardements russes -
Dans le même temps, les forces russes poursuivent leurs bombardements sans relâche dans la région de Donetsk (est), qui a été au coeur de leur offensive militaire ces derniers mois.
La présidence ukrainienne y a recensé vendredi "cinq personnes tuées et 10 blessées au cours des dernières 24 heures".
"Il n'y a plus rien. Les fonctionnaires sont partis. Nous devons nous débrouiller seuls pour rester en vie", a raconté Lioudmila, une femme de 64 ans qui ramassait des abricots à Tchassiv Iar, un village de la région cible d'une frappe sanglante (45 morts selon les autorités locale) le 10 juillet.
Côté prorusse, les autorités des deux territoires séparatistes du bassin minier du Donbass ont annoncé avoir bloqué Google, l'accusant de faire "la promotion du terrorisme et de la violence contre tous les Russes".
Dans le sud, selon Kiev, les forces russes bombardent des villages le long de la ligne de front dans la région de Kherson, où l'armée ukrainienne tente de récupérer les zones prises par Moscou dans la foulée du déclenchement de son invasion fin février.
L'ONG Human Rights Watch (HRW) a accusé vendredi l'armée russe de perpétrer tortures, détentions illégales et enlèvements de civils dans la partie méridionale de l'Ukraine sous son contrôle.
J.Fankhauser--BTB