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Dubaï polit son image pour tenter de préserver sa réputation de ville sûre malgré la guerre
De la mobilisation des influenceurs pour soutenir le discours gouvernemental jusqu'aux poursuites contre ceux relayant des images de frappes, Dubaï s'emploie à préserver son image de havre de sécurité au Moyen-Orient en dépit des attaques répétées de l'Iran depuis deux semaines.
Pendant des décennies, le Golfe a été perçu comme une oasis de sécurité dans le tumulte de la région, les Émirats arabes unis se targuant d'être parmi les pays les plus sûrs.
Mais cette image a volé en éclats sous le coup des quelque 1.800 missiles et drones, la plupart interceptés, tirés par l'Iran en représailles à l'offensive américano-israélienne lancée le 28 février. La République islamique vise aéroports, bases militaires, installations énergétiques et zones résidentielles du Golfe, où sont installées des bases américaines.
A Dubaï, des volutes noires de fumée sont ainsi venues s'ajouter au bleu de la mer et tours de verre de la "skyline".
Et alors que la façade du luxueux hôtel Burj Al Arab a été incendiée, l'aéroport - l'un des plus fréquentés au monde - et le port de Jebel Ali frappés, les autorités redoublent d'efforts pour juguler d'éventuelles retombées négatives sur la réputation de l'émirat.
En musique d'abord, avec le titre "Dubaï est sûre, et le sera toujours" diffusé aux 5,8 millions d’abonnés du compte Instagram de Dubaï. Ou en images, avec celles du président émirati Mohammed ben Zayed Al Nahyane se promenant avec son imposante suite dans le Dubai Mall.
Des influenceurs basés à Dubaï affichent aussi leur soutien, à l'instar d'Ebraheem Alsamadi. Cette figure américano-koweïtienne de l’émission de télé-réalité "Dubai Bling" a assuré dans une vidéo rester aux Emirats, "pays le plus sûr du monde".
"C'est ici que je vis depuis 16 ans et je ne vais pas partir en 16 secondes (...) Je resterai fidèle à ce pays, tout comme il m'a été fidèle", assure-t-il.
Des résidents ont à l'opposé choisi de partir et des touristes raconté à des médias internationaux leur fuite dans le fracas des bombardements.
- Transats vides -
La sécurité fait depuis longtemps partie intégrante de l’identité de la ville.
"Les responsables de cette stratégie se demandent actuellement comment la faire évoluer face à cette insécurité manifeste, mais pour l'instant, ils s'en tiennent à leurs habitudes", estime Ryan Bohl, analyste géopolitique au sein du Rane Network.
Les Émirats "espèrent également que la guerre sera suffisamment brève pour que les gens n'associent pas le conflit au pays", dit-il, "et l’un des meilleurs moyens d’y parvenir est de minimiser l’impact du conflit sur les Émirats eux-mêmes".
Environ 90% des habitants sont des étrangers, une main-d’œuvre essentielle pour dynamiser et diversifier une économie reposant plus sur le tourisme, son hub aérien et les services que le seul pétrole.
Mais sur la célèbre plage de Jumeirah Beach Residence, habituellement bondée en cette période de haute saison, les transats alignés restaient vides vendredi, comme les terrasses des restaurants.
Le promoteur immobilier Emaar, qui gère des centres commerciaux emblématiques, y a interdit aux enseignes de fermer ou réduire les heures d'ouverture, des mesures qui, "portent atteinte à l’ordre public, suscitent des inquiétudes inutiles et nuisent à la réputation" des Émirats, a-t-il estimé dans une note consultée par l’AFP.
- "Non fiables" -
Mercredi, des firmes internationales ont prié leurs salariés d'évacuer les bureaux dans le quartier financier international. L'Iran a menacé de frapper les "centres économiques et les banques" liés aux Etats-Unis et à Israël.
Des SMS ont par ailleurs été envoyés aux résidents, les prévenant d'éventuelles poursuites judiciaires en cas de partage d'images sensibles ou de diffusion "d'informations non fiables". La police de Dubaï à elle mis en garde contre la "diffusion de rumeurs" et le fait de photographier des sites sensibles.
Au Qatar, les autorités ont d'ailleurs arrêté plus de 300 personnes pour publication d'images et d'"informations trompeuses ainsi que des rumeurs".
Selon M. Bohl toutefois, cette stratégie "se retournera contre eux auprès de certains publics, en particulier les Occidentaux et d’autres ressortissants de démocraties habitués à la liberté d’expression".
"Si les grands investisseurs, notamment dans les infrastructures, la technologie, l’immobilier, etc, ne croient plus que leurs investissements sont en sécurité, cela aurait un impact bien plus significatif", dit-il, et cela "remettrait en cause les plans de diversification des Émirats arabes unis".
W.Lapointe--BTB