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Après trois ans de guerre, le Soudan est en ruines, des donateurs se réunissent à Berlin
Au Soudan la guerre entre l'armée et les paramilitaires entre dans sa quatrième année, après avoir plongé dans la pauvreté la majorité des Soudanais, arraché 11 millions d'entre eux à leurs foyers et répandu la faim.
A l'occasion de l'anniversaire du début de ce conflit, mercredi, une conférence internationale réunit des donateurs à Berlin afin de relancer des pourparlers de paix vacillants et lever des fonds pour la "pire crise humanitaire au monde" selon l'ONU.
"Les gens sont épuisés", témoigne Amgad Ahmed, 42 ans, qui vit à Omdurman, la ville jumelle de Khartoum.
"Trois ans de guerre nous ont usé. Nous avons perdu notre travail, nos économies et tout sentiment de stabilité", confie l'homme resté chez lui durant tout le conflit.
La réunion de Berlin rassemble gouvernements, agences humanitaires et organisations de la société civile, mais exclut les deux belligérants, l'armée et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).
Des rendez-vous similaires à Londres et Paris ces deux dernières années n'ont pas permis de percée diplomatique.
Malgré les dizaines de milliers de morts qu'elle a fait depuis avril 2023, cette guerre "n'est pas très souvent sous les projecteurs", a déploré le chancelier allemand, Friedrich Merz.
Près de 700 civils ont été tués dans des frappes de drones depuis janvier, les deux camps ayant intensifié leurs attaques, en particulier dans les Etats du Kordofan-Sud et du Nil Bleu, selon l'ONU.
- "Déchirant" -
Un calme fragile s'est toutefois installé dans la capitale, Khartoum, reprise par l'armée en 2025, où la reconstruction a commencé dans certains secteurs.
Les marchés ont rouvert, le trafic automobile a repris, les examens de fin d'études secondaires se sont tenus cette semaine, après près de deux ans de fermetures massives d'écoles.
Selon l'ONU, environ 1,7 million de personnes sont revenues à Khartoum. Mais le danger y rôde encore et les autorités s'emploient lentement à neutraliser des dizaines de milliers de bombes non explosées.
Al‑Bachir Babker al‑Bachir, 41 ans, revenu à deux reprises après trois ans d'absence, estime que la ville aura besoin de plusieurs années pour se relever.
"J'étais heureux de revenir", dit-il à l'AFP. "Mais lorsque je suis allé au centre‑ville, c'était déchirant".
"La route menant à l'université où j'ai étudié n'est plus la même, les murs sont noirs", "ce ne sont plus les mêmes endroits".
Les efforts diplomatiques menés par le "Quad" (Etats‑Unis, Arabie saoudite, Emirats arabes unis et Egypte) ont jusqu'à présent échoué, les deux camps continuant de se disputer le contrôle du territoire de ce troisième plus grand pays d'Afrique, en bénéficiant du soutien de parrains étrangers.
L'Arabie saoudite, l'Egypte et la Turquie soutiennent l'armée soudanaise, et les Emirats arabes unis sont accusés d'armer les FSR. Tous nient toute implication directe dans les hostilités.
Les pourparlers menés par le Quad ont également été interrompus après que le chef de l'armée, Abdel Fattah al‑Burhane, a remis en cause la participation d'Abou Dhabi.
- "Coincés dans une boucle" -
"Répétition des violences sexuelles, répétition des déplacements, répétition des morts. On a l'impression d'être coincés dans une boucle", a dénoncé lundi la responsable de l'ONU au Soudan, Denise Brown.
La conférence doit discuter de la manière "d'exercer une influence sur les acteurs clés", a déclaré la porte-parole de la diplomatie allemande, Kathrin Deschauer.
"De nombreux acteurs extérieurs sont impliqués dans cette guerre", a relevé Luca Renda, le représentant du Programme des Nations unies pour le développement au Soudan. "Tant que cela continuera, malheureusement, les chances de paix resteront très minces".
Au-delà de la destruction généralisée des infrastructures, la guerre a enfoncé davantage la population - quelque 50 millions d'habitants - dans l'insécurité alimentaire et la pauvreté. Mais l'appel à des dons lancé par l'ONU pour 2026 n'est pour l'instant financé qu'à 16%.
La famine a été déclarée l'an dernier dans les capitales du Nord-Darfour, El-Facher, et du Kordofan-Sud, Kadougli, avec 20 autres zones à risque, selon l'ONU.
A Berlin, le président de la Commission de l'Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf a salué l'initiative allemande, "alors que le monde entier se concentre sur l'Iran, l'Ukraine et d'autres crises".
Mais "nous n'en sommes pas encore" à une cessation des hostilités, a-t-il reconnu.
G.Schulte--BTB