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Situation sécuritaire critique au Mali, les rebelles touareg à Kidal
Le Mali est plongé dans une situation sécuritaire critique après une série d'attaques coordonnées sans précédent menées samedi à travers le pays par des jihadistes alliés à la rébellion touareg contre des positions stratégiques de la junte au pouvoir, dont l'armée continuait de combattre sporadiquement dimanche sur le terrain.
Cette situation au Mali depuis samedi – attaques coordonnées d'ampleur et présence des groupes armés dans plusieurs villes, décès du ministre de la Défense - est sans précédent depuis près de 15 ans et les évènements de mars 2012. A l'époque, des rebelles indépendantistes touareg, vite évincés par leurs alliés islamistes associés à Al-Qaïda au Maghreb islamique, avaient pris le contrôle des villes de Kidal, Gao puis Tombouctou, dans le nord.
Le Mali est depuis en proie aux conflits et aux violences jihadistes, mais les attaques samedi des jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM, allié à Al-Qaïda) et de la rébellion indépendantiste touareg du Front de libération de l'Azawad (FLA) sont également inédites depuis la prise du pouvoir en 2020 par la junte.
Dimanche en fin de journée, les combats avaient baissé d'intensité sur le territoire, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Les rebelles du FLA, groupe séparatiste réclamant le territoire de l'Azawad dans le nord du Mali, ont revendiqué le contrôle "total" de la ville-clef de Kidal (nord), après des affrontements qui avaient repris dans la matinée et qui se sont interrompus. Le FLA a aussi annoncé être parvenu à un "accord" permettant aux soldats russes de l'Africa Corps (organisation paramilitaire russe contrôlée par Moscou) de se retirer de Kidal.
- Le chef de la junte silencieux -
Le FLA revendique en outre avoir pris le contrôle de plusieurs positions dans la région de Gao (nord). Les combats ont cessé mais les rebelles se trouvent toujours aux abords de la ville, a indiqué un élu à l'AFP.
Le calme est revenu à Kati, ville-garnison et fief de la junte situé à une quinzaine de kilomètres de Bamako, la capitale, après des tirs signalés dans la matinée, selon un habitant interrogé par l’AFP.
Les opérations aéroportuaires ont repris dimanche à l'aéroport international de Bamako après une interruption de 24 heures.
Mais à Sévaré (centre), la situation restait "confuse" et des coups de feu sont encore entendus par endroits, d'après un élu local.
Selon un bilan annoncé par le gouvernement, les combats depuis samedi ont fait 16 blessés civils et militaires et des "dégâts matériels limités", mais le nombre de victimes pourrait s'alourdir, notamment chez les civils.
Coup dur porté au régime militaire, le ministre de la Défense, Sadio Camara, 47 ans, un des principaux responsables de la junte, a été tué dans l'attaque menée par le JNIM contre sa résidence. "Dans l'attaque de Kati, le ministre Camara a été tué ainsi que sa seconde femme", a dit à l'AFP un membre de sa famille.
De son côté, le général Assimi Goïta, chef de la junte, n’a pas été vu ni n'a pris la parole depuis le début des hostilités.
Une source sécuritaire malienne a indiqué à l’AFP qu’il "a été exfiltré de Kati dans la journée de samedi et se trouve en lieu sûr ". Mais plusieurs observateurs s'étonnent de son silence, ainsi que de celui des deux autres juntes de l'Alliance des États du sahel (AES), une confédération qui, outre le Mali, regroupe le Niger et le Burkina Faso.
- Mali "en danger" -
Le JNIM, qui lutte depuis des années contre les militaires au pouvoir à Bamako, a proclamé samedi soir la "victoire" à la suite de ces attaques, estimant qu'elle est le fruit d'un travail acharné", d'une coordination avec ses "partenaires" et "grâce à la participation active de nos frères" du FLA.
Le Mali est confronté depuis 2012 à une profonde crise sécuritaire, nourrie notamment par les violences de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l'organisation État islamique (EI), ainsi que de groupes criminels communautaires et des indépendantistes.
En septembre 2024, le JNIM avait revendiqué une double attaque d'une rare ampleur contre l'aéroport militaire de Bamako, la capitale, et contre l'école de gendarmerie, qui avait fait plus de 70 morts et 200 blessés, selon des sources sécuritaires.
La Coalition des forces pour la République (CFR), mouvement auquel appartient l'influent imam malien en exil Mahmoud Dicko, a estimé dimanche dans un communiqué que le Mali était "en danger". La junte "a promis aux Maliens la sécurité, la stabilité et le retour de l’État. Aujourd’hui, ces symboles sont frappés", selon la CFR.
"Quand la capitale est visée, quand Kati est attaquée, quand Gao, Kidal, Mopti et Sévaré sont touchées, quand les populations vivent dans la peur et que les soldats sont encore envoyés au feu, personne ne peut sérieusement prétendre que le Mali est pacifié" ni "sécurisé", a ajouté la CFR.
sd-lar-bdi-str-lp/mba
I.Meyer--BTB