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La croissance de la France a été nulle au premier trimestre, tandis que l'inflation décolle
Le Produit intérieur brut (PIB) de la France est resté stable au premier trimestre, a annoncé jeudi l'Insee dans une première estimation, une mauvaise surprise sans lien avec la guerre au Moyen-Orient, tandis que celle-ci a en revanche de premiers effets sur l'inflation.
La Banque de France pariait encore mi-avril sur un chiffre pouvant aller "jusqu'à 0,3%" et l'Insee prévoyait 0,2% après avoir abaissé en mars sa prévision initiale de 0,3%.
Si le PIB français "marque le pas", remarque l'Institut national de la statistique (Insee), après avoir augmenté de 0,2% au quatrième trimestre 2025 et de 0,9% en 2025, la désillusion vient principalement d'un repli de la construction (-1,5%) qui n'avait pas été anticipé, et affecte particulièrement les travaux publics.
"On a eu un hiver clément. Quand l'hiver est clément, on consomme moins d'énergie et cela impacte négativement la croissance", a déclaré Roland Lescure, ministre de l'Economie sur RTL jeudi.
"Il y a sans doute des premiers effets, notamment sur les comportements de consommation d'investissement" de la guerre au Moyen-Orient, a-t-il ajouté, et "il y a aussi le cycle électoral".
"On était juste avant les élections municipales donc l'investissement en travaux publics des collectivités territoriales a eu tendance à baisser", selon lui.
- Éléments exceptionnels -
Au total, la contribution de la demande intérieure (hors stocks) à la croissance du PIB est nulle ce premier trimestre, et celle du commerce extérieur "fortement négative". Seules les reconstitutions de stocks, particulièrement dans l'aéronautique, empêchent le PIB de baisser.
"Les faiblesses persistantes dans la consommation en biens des ménages s'installent dans la durée", s'inquiète auprès de l'AFP Maxime Darmet, économiste d'Allianz Trade, soulignant aussi "le gros point noir" de la construction.
La prévision de croissance du gouvernement de 0,9% pour toute l'année 2026, déjà abaissée de 0,1 point pour tenir compte de la guerre, semble menacée. "Le blocage du détroit d’Ormuz pourrait l'amputer de 0,3 point (...) à 0,6%", estime Sylvain Bersinger, fondateur du cabinet Bersingéco.
Roland Lescure a cependant estimé sur RTL qu'"il n'y a pas de raison de mettre une croix" sur la prévision de croissance. Le conflit "est très incertain", "s'il faut adapter nos prévisions, on fera. Mais à ce stade, il n'y a pas de raison de le faire", a-t-il dit.
L'objectif de 0,9% "reste dans la marge d'appréciation possible", a considéré sur Boursorama le directeur général de l'Insee Fabrice Lenglart, "mais la nouvelle de ce matin le rend un petit peu plus compliqué à atteindre". "Il faudrait une croissance d'à peu près 0,25%" à chacun des prochains trimestres, "ce qui n'est pas totalement inatteignable" selon lui.
Stéphane Colliac, de BNP Paribas, soulignait qu'outre la construction, l'immobilité du PIB en début d'année a pu venir "d'éléments exceptionnels", comme l'adoption tardive du budget en février au lieu de décembre, des livraisons d'Airbus plus basses que fin 2025 ou la fin du précédent programme de leasing social pour l'acquisition de véhicules électriques par les ménages modestes.
Si l'Insee révisait à la hausse la croissance du premier trimestre au moment de la publication des résultats détaillés en mai et si on assistait à une correction de ces effets exceptionnels négatifs au deuxième trimestre, "ça pourrait toujours finir à +0,9%" sur l'année, avance-t-il.
- "Premier signe" -
Mais la guerre semble déjà avoir produit des effets en début de deuxième trimestre.
Selon l'Insee, le climat des affaires s'est "assombri nettement" en avril, retrouvant son niveau de juillet 2024, juste après la dissolution de l'Assemblée nationale, et la confiance des ménages s'est "dégradée fortement", avec sa plus forte baisse depuis le début de la guerre en Ukraine.
Surtout, l'inflation a commencé à décoller, alors que le baril de Brent est passé de 60 dollars fin 2025 à 113,80 dollars jeudi après-midi.
Les prix à la consommation ont augmenté de 2,2% sur douze mois en avril, au-delà des prévisions, après 1,7% en mars et seulement 0,9% en février, avant la guerre. "C'est le premier signe de l'impact de la crise géopolitique", a confirmé M. Lenglart.
Il a cependant remarqué que la France était "en deçà de ce qu'on observe chez nos principaux voisins". L'inflation s'est ainsi élevée à 3% en avril sur l'ensemble de la zone euro. La Banque centrale européenne a néanmoins laissé ses taux directeurs inchangés jeudi.
J.Fankhauser--BTB