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Une reine et 14 présidents: la relation spéciale d'Elizabeth II avec l'Amérique
Autour de scones avec Eisenhower, à cheval avec Reagan, prenant le thé avec Trump ... Elizabeth II a tissé à travers les présidents américains sa propre "relation spéciale" avec les Etats-Unis.
Sa première rencontre officielle avec un président américain remonte à 1951, elle est encore immortalisée en noir et blanc: la princesse Elizabeth salue depuis l'arrière d'une décapotable, aux côtés d'un Harry Truman visiblement réjoui.
C'est déjà avec une habileté de femme d'Etat qu'elle lance, à l'adresse de l'ancienne colonie britannique: "Partout les hommes libres regardent vers les Etats-Unis avec affection et avec espoir."
De Harry Truman à Joe Biden, les Etats-Unis éliront 14 présidents. Elle en aura rencontré 13 - seul manque Lyndon B. Johnson.
Elizabeth II, dont le règne épouse l'affirmation de la super-puissance américaine, applique à tous ses interlocuteurs à Washington le même traitement, fait de distance protocolaire et de familiarité habilement distillée.
Il y a les banquets à la Maison Blanche ou l'incontournable thé dans l'un ou l'autre palais de la reine. Elizabeth pose en grande tenue avec les Kennedy, elle danse, vêtue d'une robe jaune et coiffée d'un diadème étincelant, avec Gerald Ford, à l'occasion d'un dîner d'Etat coïncidant avec le bicentenaire de l'indépendance américaine.
Mais la reine, tout en satisfaisant l'avidité de la presse américaine pour l'étiquette et les fastes royaux, prend soin de la nourrir aussi d'échanges moins protocolaires.
- Tacos et scones -
Par exemple en se promenant à cheval en 1982 autour du château de Windsor avec Ronald Reagan. L'ancien acteur de western lui rend la politesse en 1983, l'invitant à partager tacos et guacamole dans son ranch californien.
Emmenée par George Bush père à un match de base-ball, en 1991, elle serre la main de tous les joueurs. Selon une dépêche de l'agence UPI à l'époque, la souveraine boude les hot-dogs mais sirote un cocktail, un martini.
L'on trouve aussi dans les archives nationales américaines une lettre de sa main, de 1960, dans laquelle elle confie à Dwight Eisenhower sa recette de "scones", pâtisserie que le président avait dégustée dans sa résidence écossaise de Balmoral.
La pâte "ne doit pas reposer trop longtemps avant cuisson", recommande-t-elle.
Par la suite, certains présidents américains diront éprouver, pour la souveraine vieillissante, une affection presque filiale.
"Je ne pense pas qu'elle trouverait cela offensant, mais elle m'a rappelé ma mère", a ainsi commenté Joe Biden, au sujet de sa rencontre en juin 2021 avec la souveraine.
La remarque est particulièrement savoureuse. En 1982, le jeune sénateur Joe Biden, s'apprêtant à rencontrer la reine pour la première fois, avait reçu cette recommandation de sa mère, fière descendante d'une famille irlandaise: "Don't you bow down to her", "Ne t'avise pas de t'incliner devant elle."
- Grand-mère -
Donald Trump a confié au Daily Mail qu'en prenant le thé en 2018 au château de Windsor avec son épouse Melania, il avait pensé à sa propre mère: "Elle était une grande fan de la reine."
Ecart d'âge oblige, Barack Obama a raconté que la reine lui rappelait sa grand-mère.
La réception du couple présidentiel en 2009 au palais de Buckingham est restée dans les mémoires pour une chaleureuse entorse au protocole: Michelle Obama avait brièvement passé son bras autour de la reine qui, à la surprise générale, avait fait de même.
"Elle comptait beaucoup pour nous", ont assuré les Obama dans un communiqué de réaction à sa mort.
Tous les cinq anciens présidents américains encore vivants ont rendu hommage à Elizabeth II, dans des communiqués associant leurs épouses.
Les mêmes mots reviennent sous la plume de Jimmy Carter, Bill Clinton, George W. Bush, Barack Obama et Donald Trump: "élégance", "sens du devoir", "gentillesse" et "humour".
Joe Biden a ordonné de mettre en berne jusqu'aux funérailles le drapeau américain, y compris sur la Maison Blanche, incendiée en 1814 par les troupes britanniques.
Il a aussi résumé, dans un long communiqué, un sentiment ressenti dans le monde entier et particulièrement aux Etats-Unis, cette nation somme toute si jeune - elle a moins de 250 ans- alors que la vie de la reine a presque couvert un siècle.
"Sa Majesté la reine Elizabeth II était plus qu'une monarque. Elle incarnait une époque", a écrit Joe Biden.
K.Brown--BTB