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Bayer paie gros pour tourner la page des litiges américains liés au Roundup
Face à une pile interminable de procès visant sa filiale Monsanto, le géant allemand de l'agrochimie Bayer s'est résolu à un douloureux accord financier aux Etats-Unis pour régler les litiges sur le Roundup, son herbicide au glyphosate accusé d'être cancérigène.
Cet accord collectif, qui doit encore être approuvé par un tribunal américain de Saint-Louis (Missouri), pourra atteindre 7,25 milliards de dollars, avec des versements prévus sur les 21 prochaines années, d'après un communiqué du groupe paru mardi.
"Au lieu de passer des décennies dans des conflits judiciaires, nous choisissons de recentrer l’entreprise sur sa véritable mission", a déclaré Bill Anderson, PDG de Bayer, vantant un choix "en faveur de la rapidité et de la maîtrise", lors d'une conférence de presse.
Cette porte de sortie coûte néanmoins très cher au groupe de Leverkusen, dans l'ouest de l'Allemagne, déjà lourdement endetté et plombé par la crise industrielle et chimique que traverse le pays.
- Pas de faute reconnue -
Arrivé en 2024 à la tête de Bayer, le dirigeant américain avait promis de "contenir significativement" les litiges d'ici fin 2026.
Avec l'accord annoncé mardi, "la majorité des affaires admissibles, actuelles et futures" sont couvertes, a-t-il assuré.
Mais pour y faire face, Bayer va rehausser de 4 milliards d'euros, à 11,8 milliards, son enveloppe de provisions, déjà volumineuse, pour les litiges visant le Roundup.
A base de glyphosate, ce produit est accusé de favoriser le développement de lymphomes non hodgkiniens, une forme de cancer.
Depuis le rachat de Monsanto en 2018, Bayer a déjà dû débourser plus de 10 milliards de dollars en poursuites judiciaires dans plus de 100.000 dossiers.
En 2026, le groupe décaissera environ cinq milliards d'euros à cet effet et anticipe d'ores et déjà un flux de trésorerie négatif sur son exercice annuel.
Bayer a aussi repoussé d'une semaine la présentation de ses résultats financiers de 2025, prévus fin février, pour intégrer les bouleversements du jour.
A la Bourse de Francfort, l'action Bayer a bondi avant la clôture, gagnant 7,35% sur la journée.
Pour le groupe, l'accord qu'il a annoncé mardi "ne comporte aucune reconnaissance de responsabilité ou de faute". Le glyphosate est "un outil sûr et essentiel pour les agriculteurs aux Etats-Unis et partout dans le monde", a martelé Bill Anderson.
L'an dernier, il avait publiquement douté de l'avenir commercial de ce désherbant en raison des procès, tout en espérant que la Cour suprême américaine puisse trancher en sa faveur.
En janvier, la juridiction suprême des Etats-Unis a accepté d'examiner un recours du géant allemand sur la recevabilité de plaintes, avec une décision à rendre d'ici fin juin.
L'accord annoncé mardi et le pourvoi devant la Cour suprême sont des étapes "qui se renforcent mutuellement", a jugé le patron de Bayer. Sans vouloir "trop spéculer", il estime qu'une décision favorable de la Cour suprême sur le Roundup "aiderait à limiter les coûts futurs".
Et, plus généralement, une intervention des neuf juges américains de la Cour suprême est "absolument essentielle" pour les fabricants d'herbicides et agriculteurs américains, a-t-il souligné.
Car des affaires judiciaires concernent d'autres produits chimiques de Monsanto, notamment le PCB, interdit dans de nombreux pays depuis les années 1980.
- Prix bas et instabilité -
A côté des litiges, le groupe allemand d'agrochimie et de pharmacie affronte de nombreuses difficultés opérationnelles, à commencer par un endettement toujours élevé, fluctuant autour de 33 milliards d'euros depuis 2022.
La division agrochimie, celle du fabricant controversé de pesticides Monsanto, a particulièrement déçu en 2024 à cause de dépréciations et de prix bas.
Quant à la branche pharmaceutique, elle est plus dynamique mais pas à l'abri de l'instabilité, face à la menace récurrente de Donald Trump de taxer davantage le secteur européen.
Depuis 2024, Bayer mène une profonde restructuration afin de générer deux milliards d'euros d'économies annuels à partir de 2026.
Il s'est ainsi séparé de plus de 12.000 postes depuis le début de sa restructuration, notamment dans les fonctions d'encadrement.
F.Pavlenko--BTB