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Une frappe pakistanaise fait environ 400 morts dans un hôpital de Kaboul, selon l'Afghanistan
Quelque 400 personnes ont été tuées lundi soir dans une frappe pakistanaise sur un hôpital pour toxicomanes de Kaboul, ont annoncé mardi les autorités afghanes, l'attaque de loin la plus meurtrière dans le conflit qui oppose le Pakistan à l'Afghanistan depuis des mois.
"Le bilan n'est pas définitif, les opérations de recherche continuent mais nous avons environ 400 morts et plus de 200 blessés", a déclaré le porte-parole du ministère de la Santé, Sharafat Zaman, au cours d'une conférence de presse dans le centre médical ravagé.
Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Abdul Mateen Qani, a donné le chiffre de 408 morts et 265 blessés.
Le porte-parole du gouvernement afghan, Zabihullah Mujahid avait accusé lundi les forces pakistanaises d'avoir "visé" ce centre de traitement contre les addictions à Kaboul.
Mardi, Islamabad a apporté un démenti: "Aucun hôpital, aucun centre de désintoxication et aucune installation civile n'ont été pris pour cible", a assuré le ministre pakistanais de l'Information, Attaullah Tarar. "Les cibles étaient des infrastructures militaires et terroristes liées à des activités hostiles contre le Pakistan", a-t-il ajouté.
- Appel à un "cessez-le-feu immédiat" -
Dans la soirée, le ministre afghan des Affaires étrangères, Amir Khan Muttaqi, a averti que, bien que l'Afghanistan ne souhaite pas la guerre, il continuerait de prendre "des mesures défensives proportionnées et légitimes jusqu'à ce que l'autre partie cesse ses violations".
"Les responsables doivent être traduits en justice conformément aux normes internationales", a dit le porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme Thameen Al-Kheetan devant la presse à Genève.
La mission de l'ONU en Afghanistan a appelé à un "cessez-le-feu immédiat", tandis que la Chine, qui avait dépêché un envoyé spécial pour servir de médiateur entre les deux pays avant le bombardement de lundi, s'est engagée à "jouer un rôle constructif dans l'apaisement des tensions".
L'Union européenne a quant à elle appelé le Pakistan et l'Afghanistan à la "retenue", tandis que l'Inde, qui entretient des relations très tendues avec le Pakistan, a dénoncé "une attaque barbare".
"Nous avons pu voir directement l'impact dévastateur (des frappes) sur les civils et sur l'hôpital", a souligné sur X le secrétaire général du Conseil norvégien pour les réfugiés, une ONG très présente en Afghanistan, Jan Egeland. "Les civils et les infrastructures civiles ne doivent jamais être visées", a-t-il ajouté.
- Aide d'urgence du CICR -
Massées mardi devant cet hôpital qui accueillait entre 2.000 et 3.000 toxicomanes, ont affirmé des sources médicales à l'AFP, plus de cent personnes tentaient désespérément d'obtenir des nouvelles de leurs proches.
"Je suis ici depuis hier soir. Je cherche mon frère mais je ne le trouve pas. Que faire, je n'ai pas de mots ?", confie Habibullah Kabulbai, 55 ans, en pleurant. Son jeune frère, Nawroz, avait été admis il y a cinq jours dans cet établissement.
Dans un des bâtiments de ce centre de traitement des addictions, le toit est effondré et des chaises, des couvertures et des morceaux de lits médicalisés ainsi que des restes humains étaient visibles mardi dans les ruines noircies par l'incendie qui a suivi le bombardement.
Les autorités afghanes ont appelé les familles à accepter que leurs proches tués soient enterrés dans une fosse commune.
La frappe pakistanaise a eu lieu lundi vers 21H00 heure locale (16H30 GMT).
"J'ai entendu un avion de chasse voler au-dessus de nous. Des unités militaires à proximité ont tiré vers l'avion. Il a lâché des bombes et le feu s'est déclaré", a raconté à l'AFP un des gardiens du centre médical touché, Omid Stanikzai.
Tous les morts et les blessés étaient des civils, a-t-il assuré.
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a expliqué avoir fourni une aide médicale d'urgence après que "des centaines de personnes ont été blessées" dans l'attaque.
L'Afghanistan et le Pakistan sont en conflit depuis des mois, Islamabad accusant les autorités afghanes d'accueillir des combattants du mouvement des talibans pakistanais (TTP) qui ont revendiqué des attaques meurtrières sur le sol pakistanais, ce que le gouvernement afghan dément.
Après une escalade en octobre qui avait fait des dizaines de morts, les affrontements s'étaient calmés sans jamais s'arrêter.
Mais ils ont repris avec intensité le 26 février après des frappes pakistanaises, Islamabad parlant le lendemain de "guerre ouverte" et bombardant Kaboul dans la foulée.
Selon un nouveau bilan de l'ONU donné mardi mais qui ne tient pas compte de la frappe sur l'hôpital, au moins 76 civils afghans ont été tués depuis le 26 février dans les affrontements avec le Pakistan. Plus de 115.000 familles ont été déplacées.
D.Schneider--BTB