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Un grand hôpital de Montpellier teste l'IA à tous les étages
"L'IA ne remplace pas notre travail, elle l'améliore": aux urgences pédiatriques du CHU de Montpellier, les docteures Edme et Lormeau font un premier bilan positif d'une expérimentation de l'intelligence artificielle, appelée à transformer en profondeur le fonctionnement des hôpitaux français.
Le Centre Hospitalier Universitaire --265.000 patients hospitalisés, 298.000 consultations et 135.000 passages aux urgences par an-- a été choisi pour accueillir un projet d'intégration de ces nouvelles technologies, baptisé "Alliance Santé IA" et financé à hauteur de 14,9 millions d'euros par le plan gouvernemental France 2030.
Présenté comme une première en France, il sera officiellement détaillé mardi, en présence de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist.
"L'ambition est d'intégrer l'IA comme une couche opérationnelle de toutes les activités du CHU, du soin à la recherche, en passant par la prévention, la formation et le pilotage administratif, explique le professeur David Morquin, praticien hospitalier et responsable du "pôle transformation" du CHU.
Plusieurs outils ont déjà été développés en interne et testés par les équipes du CHU, dont un assistant conversationnel comparable à ChatGPT mais adapté au contexte hospitalier et connecté à des données de références validées.
"Imaginez que vous soyez admis aux urgences. Tous les examens que vous allez faire dans la journée, mais aussi vos anciennes analyses, les recommandations qu'on vous a faites, les traitements que vous suivez etc. vont être vérifiés et synthétisés. L'outil permet de rédiger automatiquement comptes-rendus, ordonnances ou synthèses médicales en quelques secondes et d'assister les praticiens lors des consultations", illustre le médecin.
- Parler à un enfant de 7 ans -
Aux urgences pédiatriques, les Dr Edme et Lormeau ont participé à un essai portant sur 120 familles. Une moitié a reçu des comptes-rendus rédigés avec les programmes classiques, l'autre "amélioré" par l'IA.
"L'objectif était de remettre aux familles et aux enfants des courriers adaptés à leur niveau de compréhension", explique Barbara Lormeau, pour qui le résultat est "très positif".
"L'IA transforme les termes médicaux en langage courant, simple et compréhensible. Nous avons même développé des courriers spécifiques pour les enfants à partir de 7 à 8 ans, avec un vocabulaire encore plus accessible", abonde Eléonore Edme.
"Nous avions déjà conscience de l'importance de bien communiquer et nous faisions de notre mieux. Mais l'IA apporte un outil supplémentaire qui nous permet d'aller plus loin. Selon moi, l'IA va nous rendre meilleures. Elle ne remplace pas notre travail, elle l'améliore. Elle nous aide à affiner nos pratiques et à renforcer la qualité de la prise en charge", estime la docteure Lormeau.
Les deux pédiatres soulignent toutefois les écueils à éviter, comme une simplification excessive ou le manque de nuance, insistant sur la nécessité d'une "relecture humaine" pour des médecins qui auront toujours l'obligation de mettre à jour leurs connaissances pour "rester capable de vérifier, corriger et encadrer l'usage de l'IA".
- Efficacité et équité -
Actuellement, environ 200 utilisateurs pilotes --médecins, infirmiers, personnels administratifs-- testent les différents outils "en conditions réelles", avant un déploiement plus large envisagé à partir de septembre "de façon progressive et adaptée aux besoins des services du CHU", explique le professeur Morquin.
Celui qui chapeaute cette implantation de l'IA souligne aussi l'importance de garantir la protection des "données sensibles" des patients -- elles "ne franchissent pas les murs de l'institution", insiste-t-il -- comme de l'indépendance technologique, garantie par le développement des outils par un consortium de partenaires locaux menés par le CHU.
À terme, le projet vise à démontrer que l'IA peut améliorer à la fois l'efficacité hospitalière, la qualité des soins et la relation avec les patients, tout en restant sous contrôle humain, selon le professeur Morquin.
"C'est une étape décisive pour bâtir un système de santé plus innovant, plus sûr et plus équitable sur l'ensemble du territoire", estime aussi la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, citée dans un communiqué.
"L'enjeu, c'est de faire une IA qui crée de la valeur à l’hôpital, compatible avec nos valeurs", relève lui aussi David Morquin, se disant attentif aux craintes exprimées notamment par les syndicats: les métiers évolueront, avec "des transformations de tâches", mais aussi "l'émergence de nouvelles compétences".
W.Lapointe--BTB