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Le don de lait maternel, "de l'or" pour sauver la vie de prématurés
Méconnu, le don de lait maternel peut sauver la vie de nombreux nourrissons, notamment ceux nés prématurés: au lactarium de Nancy, l'un des 33 établissements de ce genre en France, près de 2.000 litres sont ainsi collectés chaque année, à destination des bébés hospitalisés en néonatalogie.
C'est une "petite usine" au sein de la maternité du CHRU de Nancy, observe la responsable du pôle, Valérie Ratajczak: derrière les portes du lactarium, des dizaines de flacons, emplis d'un lait qui vient d'être collecté chez des donneuses anonymes, s'alignent dans des congélateurs.
Donner son lait requiert du temps, de l'organisation et quelques contraintes logistiques, mais "ce n'est pas la mer à boire par rapport à ce que ça peut apporter" aux bébés qui en bénéficieront, qui sont "les plus petits et les plus fragiles", relativise Cléa - désignée sous un prénom d'emprunt, comme toutes les donneuses interrogées, afin de respecter leur anonymat.
Après la naissance de son premier enfant, il y a cinq ans, Cléa a été confrontée à une production abondante de lait, et est devenue donneuse une première fois sur les conseils de sa grand-mère. Au début, elle tirait son lait huit fois par jour, "c'était compliqué de tout relaver, stériliser à chaque fois", se souvient-elle.
- "Super reconnaissante" -
Depuis un an et la naissance de son deuxième enfant, elle donne à nouveau. Cela lui évite de jeter son lait, et surtout "sans ça, des grands prématurés ne pourraient pas survivre", souligne-t-elle.
Pour devenir donneuses, les mamans doivent remplir certaines conditions et se soumettre à des analyses sanguines, ce qui "n'est pas vraiment contraignant, c'est tous les trois mois environ", selon Cléa. Le plus compliqué, "c'est d'avoir un peu de place dans le congélateur" pour stocker les biberons en attendant le passage du camion frigorifique qui viendra les chercher, dit-elle.
Charlie, quant à elle, est devenue donneuse après avoir elle-même bénéficié de dons, pendant quelques jours, pour sa fille née grande prématurée en février 2025, le temps que sa propre production se mette en route. "J'étais super reconnaissante qu'elle ait pu bénéficier du lait de quelqu'un d'autre", explique la maman, qui peut désormais donner à son tour car elle produit plus de lait que ce que sa fille consomme.
Au lactarium, le lait issu de la collecte est transféré dans des biberons stériles, puis placé dans une cuve où il sera pasteurisé à 62,5°C. Avant de le distribuer aux nourrissons, les puéricultrices attendent le résultat des analyses biologiques.
"Moins de 10%" des flacons doivent être détruits à cause de bactéries, selon Christine Rabin, coordinatrice en lactation. Le reste peut être congelé jusqu'à huit mois, et servira à nourrir les bébés du service. "C'est précieux, c'est de l'or", sourit Mme Rabin.
- Comme un médicament -
La plupart des bébés peuvent consommer du lait infantile industriel, en complément ou comme alternative au lait maternel, explique à l'AFP Apolline Wittwer, cheffe du service de néonatalogie. Mais ce n'est pas le cas des enfants prématurés, qui "ne peuvent pas digérer autre chose que du lait maternel", lequel "diminue le risque d'infection ou de complications digestives", énumère la pédiatre.
Parfois, leur mère ne peut pas leur en fournir, d'où le recours à des donneuses anonymes, après prescription médicale. Des enfants particulièrement fragiles, ou présentant des pathologies, notamment digestives, peuvent aussi en avoir besoin.
Le lait maternel est considéré comme un médicament. Plus de 90 procédures sont à respecter dans tout le processus, de la sélection de la donneuse à la distribution du breuvage au nourrisson hospitalisé, en passant par le tirage du lait, sa pasteurisation ou son stockage.
En 2025, 1.895 litres de lait ont été collectés par le lactarium de Nancy auprès de 183 donneuses, dans huit départements.
Seuls les lactariums peuvent distribuer du lait maternel. Les "marchés parallèles", comme la vente sur Internet de lait à d'autres mamans, sont illégaux et constituent "une grosse prise de risque" pour la santé de l'enfant, met en garde le Dr Wittwer.
I.Meyer--BTB