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Athlétisme: avec son pass santé payant, la Fédération peine à s'imposer dans le running
En rendant payant en 2026 son "pass santé", dispositif qui s'est substitué au certificat médical pour participer à des courses, la Fédération française d'athlétisme s'est attirée des critiques qui illustrent ses difficultés à trouver sa place dans l'univers florissant du running.
"Je ne comprends pas. Faire payer des gens qui essaient juste de pratiquer, quand il faut déjà payer les courses, payer son matériel...", déplore auprès de l'AFP Anaïs, 32 ans, une coureuse régulière.
Le mécontentement afflue après l'annonce mi-novembre de la FFA de rendre le "Pass Prévention Santé" (PPS) payant à hauteur de cinq euros par an dès 2026. La Fédération justifie la fin de la gratuité par de nouveaux services et pour "garantir une pratique plus sûre" de la course à pied, mais certains runners considèrent cette décision comme une "taxe".
Mis en place en 2024, le pass santé a initialement séduit les coureurs: fini le rendez-vous chez le médecin pour obtenir un certificat médical avant une course. Désormais, trois courtes vidéos et un questionnaire de santé auto-administré suffisent pour valider son PPS, jusque-là gratuit et valable trois mois.
En deux ans, "plus de deux millions de pratiquants non-licenciés" ont réalisé la démarche, selon la FFA. Le succès a contribué à l'explosion du running en France, déjà bien amorcée depuis la fin de la pandémie et boostée par les Jeux de Paris.
- "Anomalie" -
La fédération, qui veut "devenir l'acteur de référence du running en France", a pourtant du mal à exister dans ce secteur en plein essor, alors même que sa mission de service public lui confère le rôle "d'organiser la pratique".
La plupart des coureurs étant non-licenciés, leur pratique échappe au giron fédéral et "le seul moyen de les toucher, c'était le PPS", a reconnu fin novembre Emmanuelle Jaeger, présidente déléguée de la FFA.
Avec le nouveau PPS, "on crée une relation nouvelle avec la fédération, pas une licence mais un titre de participation qui implique des avantages, notamment une responsabilité civile et du coaching santé", explique-t-elle à l'AFP, estimant que les cinq euros annuels demandés restent "hyper raisonnables" comparé aux quelque 550 euros dépensés en moyenne chaque année par les pratiquants (chaussures, textiles, montres, etc).
"Quand il rentre en compétition, le coureur entre dans le giron fédéral en profitant de notre accompagnement en termes de sécurisation, de mesurages, de chronométrie... Tout ça est financé par les licenciés alors que ça profite à tous. Il y a quand même une anomalie", souligne-t-elle.
Certains organisateurs de courses estiment toutefois que la Fédération touche déjà sa part.
"Le running s'est développé avec des gens qui cherchaient une pratique loisir. La fédération n'a pas su les retenir et elle essaye de reprendre la main", indique à l'AFP Pascal Guertin, organisateur du marathon de Chinon (centre). "Ca me pose problème d'essayer de gratter de l'argent sur le dos des coureurs."
- "Fragilités juridiques" -
Regrettant de ne pas avoir été consultée en amont, l'association France Outdoor, qui fédère des organisateurs de nombreuses courses, a demandé à la FFA de "suspendre son plan", évoquant de "sérieuses fragilités juridiques".
"Est-ce que la fédération va utiliser son pouvoir d'influence pour pousser son dispositif, jusqu'à empêcher des courses qui voudraient s'émanciper du PPS?", interroge Tatiana Vassine, avocate en droit du sport sollicitée par l'AFP.
Dans le cadre de sa mission de service public, la FFA a un "droit de regard" sur les courses organisées sur la voie publique - elle donne des avis, voire peut parfois autoriser ou interdire une manifestation - mais pourrait être attaquée sur plusieurs fronts juridiques si elle ne propose pas d'alternatives au PPS, selon l'avocate.
"On pourrait voir le PPS comme une formation de santé payante dont la FFA s'octroie le monopole, ou comme un outil commercial qui vise à renflouer les caisses" d'une fédération déficitaire. "On pourrait considérer que c'est une forme de détournement de pouvoir ou une violation des règles de la concurrence", prospecte Me Vassine.
Avec des coureurs qui meurent parfois lors de courses, comme récemment sur la SaintéLyon ou lors du marathon Nice-Cannes, le sujet dépasse les considérations financières selon elle.
"Le PPS permet-il vraiment de garantir la sécurité des pratiquants? Cette question va aussi devoir être adressée, mieux vaudrait tôt que tard", estime l'avocate.
G.Schulte--BTB