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Après le drame dans un stade en Indonésie, la police sous le feu des critiques
"La police est allée trop loin": après le mouvement de foule qui a fait au moins 125 morts dans un stade de football en Indonésie, des voix s'élèvent dimanche pour dénoncer l'usage du gaz lacrymogène par les forces de l'ordre contre les milliers de supporters qui avaient envahi le terrain.
Cette tragédie, l'une des pires jamais survenues dans un stade, qui s'est déroulée samedi soir dans la ville de Malang (est de l'île de Java), a aussi fait 323 blessés, selon un dernier bilan.
Tout a commencé quand des fans de l'équipe locale du Arema FC ont pénétré sur le terrain du stade Kanjuruhan, dans la ville de Malang, après la défaite de leur équipe 3 à 2 contre celle de Persebaya Surabaya, la ville voisine.
Le stade contenait 42.000 personnes et était au complet selon les autorités. Quelque 3.000 d'entre eux ont envahi le terrain après le match.
La police, qui a qualifié cet incident d'"émeutes", a tenté de persuader les fans de regagner les gradins et a envoyé vers le public du gaz lacrymogène après la mort de deux policiers, ce qui a provoqué des bousculades et des mouvements de foules incontrôlés. De nombreuses victimes ont été piétinées.
Le vice-gouverneur de la province de Java Est, Emil Dardak, a annoncé dimanche soir une révision à la baisse du bilan, qui passe de 174 à 125 morts, en raison d'un double comptage.
"Le bilan est aujourd'hui de 125 morts. 124 ont été identifiés et l'un ne l'a pas été. Certains noms avaient été enregistrés deux fois", a indiqué le responsable sur la chaîne Metro TV.
- Grandes quantités de lacrymogène -
"Les joueurs passaient avec des victimes dans leurs bras", a raconté l'entraîneur du Arema FC, Javier Roca, à la radio espagnole Cadena Ser. "C'était comme une avalanche (...), tout a pris des proportions dramatiques en raison du nombre de personnes qui voulaient fuir", a-t-il poursuivi, estimant que "la police est allée trop loin".
"En regardant les images, ils (ndlr: les policiers) auraient peut-être pu utiliser d'autres méthodes", a-t-il poursuivi.
Des survivants ont décrit des spectateurs pris de panique, bloqués par la foule, quand la police a tiré des grenades de gaz lacrymogènes.
Des images prises à l'intérieur du stade montrent une énorme quantité de gaz et des personnes s'agrippant aux barrières, tentant de s'échapper. D'autres portaient des spectateurs blessés, se frayant un chemin à travers le chaos.
"Des policiers ont projeté du gaz lacrymogène, et les gens se sont aussitôt précipités pour sortir en se poussant les uns les autres et ça a provoqué beaucoup de victimes", a raconté à l'AFP Doni, un spectateur de 43 ans, qui n'a pas voulu donner son nom de famille.
"Il n'y avait rien, pas d'émeutes. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, ils ont soudainement envoyé du gaz lacrymogène", a-t-il déclaré.
Amnesty International a appelé à une enquête "sur l'utilisation des gaz lacrymogènes" par la police et à faire en sorte que ceux ayant "commis des violations soient jugés".
Interrogé par l'AFP, Sam Gilang, un survivant, qui a perdu trois amis, a évoqué un incident "terrifiant, absolument choquant".
"Les gens se poussaient (...) et beaucoup ont été piétinés en allant vers la sortie. Mes yeux brûlaient à cause des gaz lacrymogènes. Heureusement, j'ai réussi à grimper sur une clôture et j'ai survécu".
A Jakarta, quelque 300 supporters de football, dont des "ultras", se sont rassemblés pour une veillée funèbre devant le stade Gelora Bung Karno, le plus grand d'Indonésie. Certains ont scandé "meurtriers" et ont lancé des feux d'artifice en signe de protestation.
Le président indonésien Joko Widodo a ordonné dimanche "une évaluation complète des matchs de football et des procédures de sécurité". Il a demandé à l'Association nationale du football de suspendre tous les matchs jusqu'à des "améliorations de la sécurité".
- Le monde du football sous le choc -
Devant le stade, des véhicules calcinés, dont un camion de police, jonchaient les rues dimanche, témoignant de la colère de la population après cette tragédie.
L'Association de Football d'Indonésie (PSSI) a fait son mea culpa et de nombreuses réactions ont afflué du monde du football sous le choc.
Cette catastrophe est "une tragédie au-delà de l'imaginable", a déclaré le président de la Fédération internationale de football (Fifa), Gianni Infantino.
Le secrétaire général de l'Association nationale de football PSSI, Yunus Yussi, a indiqué avoir communiqué avec la Fifa sur cet incident dramatique, espérant éviter des sanctions de l'organe international.
La Fifa interdit en effet dans ses recommandations d'utiliser du gaz lacrymogène pour le contrôle de la foule sur le terrain.
Les clubs de Manchester United, Barcelone, et le défenseur du Paris Saint-Germain Sergio Ramos ont exprimé des condoléances en ligne, ainsi que la Série A en Italie et la Fédération allemande de football.
En Espagne, une minute de silence sera observée dans les stades avant les matchs de championnat de dimanche.
Lors de son angélus dimanche sur la place Saint-Pierre, le pape François a dit prier "pour ceux qui ont perdu la vie et ont été blessés dans les affrontements".
La violence des supporters est un problème de longue date en Indonésie, où les rivalités entre clubs se sont souvent transformées en affrontements mortels.
Certains matchs --le plus important étant le derby entre Persija Jakarta et Persib Bandung-- sont si tendus que les joueurs des équipes de haut niveau doivent s'y rendre sous haute protection.
Pour le match samedi, les fans de Persebaya Surabaya n'avaient pas été autorisés à acheter de billets, par crainte d'incidents.
L'Indonésie doit accueillir l'an prochain la Coupe du Monde U-20 dans plusieurs stades du pays, mais celui de Malang n'en fait pas partie.
En 1989, un mouvement de foule au stade de Hillsborough en Grande-Bretagne avait causé la mort de 97 fans de Liverpool et en 2012, le stade de Port Said en Egypte avait connu une autre tragédie avec 74 morts.
En 1964, 320 personnes étaient mortes et plus d'un millier blessées lors d'un mouvement de foule au stade national de Lima au cours d'un match de qualification entre le Pérou et l'Argentine.
O.Lorenz--BTB