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L'ex-star des cryptos Sam Bankman-Fried menacée par la justice mais omniprésente dans les médias
Patron déchu de la bourse de cryptomonnaies FTX, Sam Bankman-Fried est sous la menace de poursuites pénales pour son rôle dans l'effondrement spectaculaire de l'entreprise. Malgré le spectre de lourdes sanctions, "SBF" enchaîne les apparitions médiatiques.
"Je n'ai jamais essayé d'escroquer qui que ce soit", a assuré fin novembre l'ancienne égérie du monde des cryptos lors d'une conférence organisée par le New York Times. "J'ai clairement fait beaucoup d'erreurs et je donnerais tout pour pouvoir refaire certaines choses."
Il devrait tenir un discours semblable mardi prochain face à une commission parlementaire de la Chambre des représentants devant laquelle il a accepté de témoigner.
Mais de l'avis de plusieurs avocats et experts, M. Bankman-Fried ne pourra pas échapper à la justice indéfiniment.
Cette offensive médiatique représente "une tentative désespérée de persuader le public américain et les jurés potentiels qu'il n'avait pas l'intention de frauder", affirme Jacob Frenkel du cabinet Dickinson Wright.
"La question est de savoir quand nous verrons un acte d'accusation, pas si" ce sera le cas, ajoute ce spécialiste des enquêtes fédérales, qui a travaillé pour le gendarme boursier américain (SEC).
- "Dépendance" -
La gravité des accusations pesant sur M. Bankman-Fried pourrait l'inciter à faire profil bas.
Mais le jeune homme de 30 ans, qui réside aux Bahamas, a choisi une stratégie radicalement différente en répondant à des interviews télévisées, apparaissant dans des événements publics et s'exprimant abondamment sur Twitter.
Ce faisant, "M. Bankman-Fried se met davantage en danger et agit contrairement à ce qu'un avocat compétent conseillerait à un client", prévient M. Frenkel.
Ces interventions augmentent le risque de déclarations fausses ou problématiques et mettent à mal une future stratégie de défense, estime pour sa part Aitan Goelman, ancien responsable au sein de l'agence américaine en charge des produits dérivés (CFTC).
"Il est mis à l'honneur et adulé depuis plusieurs années", rappelle M. Goelman.
"Se retrouver sous les feux de la rampe et bénéficier de l'attention du public peut créer une forme de dépendance. Il lui est impossible de rester assis et de se taire, ce qui serait la chose la plus intelligente à faire", explique M. Goelman.
Mark Cohen, un avocat pénaliste qui représente M. Bankman-Fried, n'a pas souhaité s'exprimer.
- Prodige -
L'air contrit et le ton hésitant de "SBF" lors de ses récentes interventions offrent un contraste saisissant avec l'image rassurante qu'il s'était forgée ces dernières années.
Plus que quiconque, M. Bankman-Fried était parvenu à légitimer les cryptomonnaies auprès du grand public et de la classe politique.
Diplômé du Massachusetts Institute of Technology, fils de professeurs de droit à l'université Stanford, il faisait figure de prodige, apparaissant en couverture de magazines financiers et s'attirant les services de célébrités pour de vastes campagnes publicitaires.
Mais FTX, valorisée 32 milliards de dollars en début d'année, a connu une spectaculaire implosion début novembre après un article du site spécialisé CoinDesk sur les liens entre la plateforme et Alameda, un fonds d'investissement également fondé par SBF.
CoinDesk a révélé qu'une partie considérable des positions d'Alameda était constituée de la devise virtuelle FTT, émise par FTX. Le cours du FTT a alors plongé, ébranlant à la fois Alameda et FTX.
Face aux retraits massifs de ses clients et accusant un déficit de quelque 8 milliards de dollars, FTX et une centaine d'entités liées se sont placées sous le régime américain des faillites.
- "Beaucoup de temps" -
Plusieurs milliards de dollars prêtés à Alameda seraient en réalité des placements des clients de FTX, qui ont vraisemblablement été perdus dans des investissements risqués.
Une telle utilisation de ces fonds constituerait une fraude si elle bafouait les termes de l'accord entre FTX et ses clients, ont estimé des analystes juridiques.
D'autres articles dans la presse américaine ont cherché à savoir si M. Bankman-Fried s'était livré à une manipulation du marché ou s'il s'était rendu coupable de délit d'initié via Alameda.
M. Goelman tient toutefois à mettre en garde contre des conclusions trop hâtives.
Si la gestion calamiteuse de FTX semble établie, comme l'a affirmé le nouveau patron de l'entreprise John Ray III, le caractère frauduleux des activités de SBF n'est à ce stade pas avéré.
"Ces enquêtes prennent beaucoup de temps", souligne M. Goelman.
"L'idée que Sam Bankman-Fried devrait déjà avoir les fers aux pieds est incompatible avec notre système judiciaire."
P.Anderson--BTB