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Corruption: la justice belge se prononce jeudi sur la détention d'Eva Kaili
La justice belge se prononce jeudi sur le maintien ou non en détention d'Eva Kaili, inculpée ce mois-ci dans une enquête pour corruption impliquant le Qatar et déchue de sa fonction de vice-présidente du Parlement européen.
L'audience devant la chambre du conseil de Bruxelles, qui siège à huis clos, est convoquée à 9H00 (08H00 GMT), et une décision est attendue dans la journée.
Dans ce scandale qui a provoqué une onde de choc au Parlement européen et des tensions entre le Qatar et l'UE, l'eurodéputée grecque fait partie d'un quatuor de suspects incarcérés après une inculpation pour "appartenance à une organisation criminelle", "blanchiment d'argent" et "corruption".
Le 14 décembre, la chambre du conseil, juridiction de contrôle de la détention provisoire, avait ordonné le maintien en prison de Francesco Giorgi, compagnon d'Eva Kaili, et de l'ancien eurodéputé Pier Antonio Panzeri, qui apparaissent aussi comme des figures clefs du dossier.
Le placement sous bracelet électronique du quatrième inculpé, Niccolo Figa-Talamanca, a été suspendu en raison de l'appel interjeté par le parquet fédéral.
Ancienne présentatrice du journal télévisé, devenue une figure controversée du parti socialiste grec (Pasok-Kinal) - qui l'a exclue dès les premières révélations -, Eva Kaili dément avoir reçu de l'argent du Qatar pour influencer ses décisions politiques.
Selon une source judiciaire belge, des sacs remplis de billets de banque d'une valeur de 150.000 euros ont été découverts dans son appartement à Bruxelles.
Mais Mme Kaili "ne connaissait pas l'existence de cet argent", a assuré son avocat grec Michalis Dimitrakopoulos, en accusant M. Giorgi d'avoir "trahi la confiance" de sa compagne.
A la veille de l'audience en chambre du conseil, Me Dimitrakopoulos s'est montré confiant.
"La situation est difficile mais nous avons de très solides arguments pour la faire libérer", a dit l'avocat devant des journalistes, avançant notamment "l'absence de tout risque de fuite".
- Vingt perquisitions -
L'enquête dirigée par le juge belge Michel Claise a donné lieu à vingt perquisitions en Belgique entre le 9 et le 12 décembre, y compris dans les locaux du Parlement européen à Bruxelles.
Le père d'Eva Kaili a été gardé à vue pendant 48 heures dans la capitale belge, tandis que l'épouse et la fille de M. Panzeri, ciblées par un mandat d'arrêt européen, ont été interpellées en Italie. Elles contestent devant les tribunaux italiens leur remise à la Belgique.
Surtout, les enquêteurs belges ont mis la main sur 1,5 millions d'euros en liquide, d'après la même source judiciaire.
Outre les 150.000 euros découverts chez Mme Kaili, son père a été surpris avec une valise contenant 750.000 euros en espèces.
Enfin, 600.000 euros ont été saisis au domicile de M. Panzeri, ancien élu socialiste du Parlement européen qui a fondé en 2019 à Bruxelles l'ONG Fight Impunity, dont les trois ans d'activité sont désormais scrutés à la loupe.
Le dirigeant syndical italien Luca Visentini, qui connaît M. Panzeri, a admis cette semaine avoir reçu de Fight Impunity un don en espèces d'environ 50.000 euros, mais assuré qu'il n'était lié à aucune tentative de corruption ou trafic d'influence au profit du Qatar.
M. Visentini, secrétaire général de la Confédération syndicale internationale (CSI, Ituc en anglais), avait aussi été arrêté le 9 décembre et a passé 48 heures en garde à vue. Mercredi, il a été "suspendu" de ses fonctions par l'organe de direction de la CSI.
Sur le plan diplomatique, le scandale ébranle la relation entre l'UE et le Qatar, qui a prévenu d'un possible "impact négatif" sur l'approvisionnement en gaz.
L'émirat, qui "rejette fermement" les accusations, a protesté contre un vote intervenu le 15 décembre au Parlement européen qui vise à suspendre l'accès "des représentants d'intérêts qatariens" le temps de l'enquête.
Outre les enquêtes internes immédiatement annoncées - dont une au sein du groupe Socialistes et Démocrates (S&D) -, le Parlement a voté le 13 décembre le retrait à Mme Kaili de sa fonction de vice-présidente.
T.Bondarenko--BTB