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Des maîtres du tatouage exhibent leur savoir-faire dans une foire à Hong Kong
Sousyu Hayashi observe le motif complexe, orné de fleurs de cerisier, sur la peau qu'il tatoue depuis déjà 30 heures d'habile labeur au moyen d'une aiguille traditionnelle japonaise. Il lui faudra en consacrer autant pour achever son oeuvre.
Entouré par une foule admirative, M. Hayashi, maître de "tebori" signifiant "fait à la main" en japonais, manie sa tige de bambou à pointe d'acier sur un stand de la 7e édition de la foire internationale du tatouage de Hong Kong, en Chine.
Quelque 130 tatoueurs participent à cette foire où les membres du public peuvent se faire tatouer durant tout le weekend.
"Je ne suis jamais satisfait", déclare le tatoueur de 47 ans, "je fais ça depuis 24 ans et à la maison, je m'entraîne toujours."
Des artistes tels que M. Hayashi stimulent la communauté du tatouage de Hong Kong, qui s'est développée au fil des ans, selon Gabe Shum, organisateur de la foire.
- Associé au crime organisé -
Les tatouages à Hong Kong étaient autrefois associés au crime organisé, mais M. Shum, âgé de 60 ans, a constaté une "acceptation grandissante" au sein de la population.
D'origine malaisienne et lui-même tatoueur, il a débuté sa carrière à 19 ans et sa notoriété croissante l'a conduit par la suite à tatouer des célébrités, notamment le footballeur anglais David Beckham et la star du basket américain LeBron James.
"Quand je suis revenu à Hong Kong pour démarrer mon entreprise, il n'y avait que quatre salons de tatouage", se souvient-il, "aujourd'hui, on compte de 300 à 400 tatoueurs".
"Les gens ne comprenaient pas, avaient des préjugés (...) Nous avons fait beaucoup pour éclairer et dé-stigmatiser" la démarche, ajoute-t-il.
La foire attire également des fans en provenance de Chine continentale, où les tatouages ont gagné en popularité même si le parti communiste au pouvoir n'y est pas favorable.
Un Chinois, répondant au nom de Xiang, est venu de Chongqing, dans le sud-ouest de la Chine, accompagné de sa fille de cinq ans pour une sortie de fin de semaine.
"C'est une enfant, elle pense que (les tatouages) ne sont pas différents de la peinture, elle adore jouer avec un pinceau", confie-t-il à l'AFP. Il s'est fait tatouer un coq aux couleurs vives sur sa poitrine car, dit-il, c'est le signe du zodiaque chinois de sa fille.
"Je me suis offert ça pour mon propre plaisir, comme expression de joie", ajoute-t-il.
- "Chemin semé d'embûches"-
Les tatoueurs de Hong Kong représentent environ un tiers de la programmation de la foire cette année, ce qui, selon M. Shum, témoigne du "développement rapide" de cette activité au niveau local.
Mais la pandémie lui avait porté un coup dur, quand le gouvernement a imposé pendant plusieurs mois la fermeture des salons de beauté comme ceux de tatouage.
Mini Lau, âgée de 28 ans, a lancé son entreprise de tatouage en 2018, rapportant à Hong Kong, sa ville natale, des techniques apprises en Corée du Sud.
Ses créations aux lignes fines et aux couleurs pastel rencontrent, selon elle, un vif succès auprès des jeunes femmes.
Elle se souvient qu'à l'école, ses amis lui demandaient de dessiner sur leurs bras pour s'amuser.
"Cela me donnait un sentiment d'accomplissement, comme cela faisait plaisir à mes camarades de classe (...) Je me disais que ce serait cool, si ces images étaient de vrais tatouages", raconte-t-elle.
Elle a finalement décidé de quitter le lycée et a été prise comme apprentie chez un tatoueur. Elle conserve le souvenir d'un "chemin semé d'embûches", estimant que le secteur est peu ouvert aux nouveaux venus mais que la foire constitue une avancée à ses yeux.
Pour ceux qui ne portent pas encore de tatouage, l'événement est aussi l'occasion de se laisser tenter, à l'instar de Jennifer séduite par un motif de calligraphie.
"C'est une décision impulsive", dit-elle, "mais je sens que c'est la bonne."
M.Ouellet--BTB