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L'anesthésiste Frédéric Péchier, un "tueur en série" que "tout désigne", selon l'accusation
"Tout désigne" Frédéric Péchier comme coupable de 30 empoisonnements, dont 12 mortels, a asséné l'accusation jeudi devant la cour d'assises du Doubs, qualifiant l'anesthésiste de Besançon de "l'un des plus grands criminels de l'histoire judiciaire française".
"Ce n'est pas un médecin que vous jugez, mais un criminel qui a utilisé la médecine pour tuer", a martelé l'avocate générale Thérèse Brunisso, qui porte l'accusation avec Christine de Curraize.
Elles demanderont une peine d'emprisonnement vendredi au terme de leurs réquisitions.
L'accusé "n'est évidemment ni Guy Georges, ni Michel Fourniret, il n'en est pas moins un tueur en série", a insisté Thérèse Brunisso, "certaine de sa culpabilité".
Qualifié de "menteur", de "manipulateur", d'homme "prêt à tout pour sauver sa peau" quitte à accuser "tout le monde" et "jeter en pâture" ses anciens collègues, Frédéric Péchier est resté impassible.
Jugé depuis trois mois à Besançon, le médecin de 53 ans, qui n'a cessé de clamer son innocence, est accusé d'avoir empoisonné 30 patients âgés de quatre à 89 ans entre 2008 et 2017, dans deux cliniques de Besançon. Selon l'accusation, il a agi pour nuire à des collègues avec lesquels il était en conflit.
Dans ce dossier, "tout désigne Frédéric Péchier et seulement Frédéric Péchier", a souligné Christine de Curraize.
Les enquêteurs ont passé au crible les suspects potentiels des empoisonnements de la clinique Saint-Vincent et de la Polyclinique de Franche-Comté.
"Sur un total de 1.514 personnes, Frédéric Péchier est le seul à avoir travaillé sur les deux établissements pendant la période considérée", a-t-elle pointé.
Lorsqu'il arrive en janvier 2009 à la Polyclinique de Franche-Comté où il restera six mois, il y a soudainement une succession "troublante" de trois événements indésirables graves (EIG) en trois mois. En parallèle, aucun EIG suspect ne survient à la clinique Saint-Vincent, qu'il a quittée.
- "Celui qui cache son crime" -
Selon l'accusation, Frédéric Péchier a pollué des poches de perfusion avec du potassium, des anesthésiques locaux, de l'adrénaline ou encore de l'héparine, pour provoquer un arrêt cardiaque ou des hémorragies chez des patients pris en charge par d'autres médecins anesthésistes.
Il "agit pour atteindre la clinique ou atteindre ses confrères", a exposé Christine de Curraize, soulignant les "failles narcissiques" de l'accusé et son "besoin de puissance".
Frédéric Péchier "n'est pas quelqu'un d'impulsif", il ne va "jamais à la confrontation directe", un comportement "compatible avec la typologie du crime qui lui est reproché": "l'empoisonneur, c'est celui qui cache son crime".
Christine de Curraize est en particulier revenue sur le dernier empoisonnement imputé à l'anesthésiste, le cas de Jean-Claude Gandon, 70 ans, victime d'un arrêt cardiaque le 20 janvier 2017 à la clinique Saint-Vincent.
Pour l'accusation, Frédéric Péchier aurait empoisonné son patient pour montrer que, comme ses collègues, lui aussi était victime d'actes malveillants.
Mais il a commis "trop d'erreurs", dont celle d'avoir laissé sur place les "armes du crime", des seringues.
Avec le cas Gandon, il "signe sa perte", car "c'est comme si Frédéric Péchier avait écrit en rouge sur son front +je suis l'empoisonneur des cliniques+".
- "Tueur en série" -
Après avoir soutenu pendant l'enquête que la plupart des cas étaient dus à des "erreurs médicales" de ses collègues ou à des aléas thérapeutiques, Frédéric Péchier a admis que parmi les 30 cas qui lui sont imputés, 12 étaient des empoisonnements, dont cinq mortels. Mais il conteste être le coupable.
Thérèse Brunisso s'est efforcée de contrer deux arguments souvent brandis par la défense. D'abord qu'il n'y aurait pas de preuves dans ce dossier: "nous avons tout un faisceau d'éléments qui conduisent" à l'accusé et "uniquement" à lui, a-t-elle balayé.
Il est "faux" également d'affirmer qu'"il faut être un fou furieux pour faire ça", car "la maladie mentale, la folie, ce n'est pas nécessaire pour caractériser un tueur en série", et "ce sont les faits qui déterminent la culpabilité", a-t-elle expliqué.
L'avocat de la défense, Randall Schwerdorffer, plaidera l'acquittement lundi.
L'accusé, qui comparaît libre, encourt la réclusion à perpétuité. Le verdict est attendu d'ici au 19 décembre.
E.Schubert--BTB