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Guatemala: obsèques de policiers tués par des gangs, l'état de siège validé
Le congrès guatémaltèque a ratifié lundi l'état de siège décrété dimanche par le président Bernardo Arevalo après l'assassinat par des gangs de policiers, dont des funérailles ont été célébrées dans la journée.
Adoptée pour 30 jours, la mesure autorise des arrestations et des interrogatoires sans mandat judiciaire et suspend les droits de réunion et de manifestation.
Elle a été décrétée après l'assassinat de neuf policiers, dont un ayant succombé à ses blessures lundi, en représailles à la reprise par les autorités de trois prisons où des chefs de gangs retenaient 46 personnes en otage.
Lundi, le président Bernardo Arevalo a présidé aux funérailles de sept des policiers tués. Les cercueils étaient recouverts des drapeaux bleu et blanc du Guatemala et encadrés par des collègues en uniforme, au garde-à-vous, a constaté un journaliste de l'AFP.
Le dirigeant a étreint plusieurs membres des familles et, visiblement ému, a prononcé un discours rendant hommage aux "héros".
Il y a de l'"indignation face à la cruauté de ceux qui sont prêts à tuer à bout portant (...) Nous ne nous reposerons pas et nous n'épargnerons aucune ressource pour punir les responsables", a déclaré le chef de l'Etat.
Le drapeau guatémaltèque a été mis en berne sur les bâtiments publics et trois jours de deuil national ont été décrétés.
A titre préventif, la police a recommandé à la population de rester chez elle et les cours ont été suspendus dans les écoles privées, les établissements publics étant en vacances. L'ambassade des Etats-Unis a émis une alerte de sécurité à l'intention de ses ressortissants.
Malgré le renforcement annoncé des moyens de lutte contre le crime organisé, l'inquiétude croît parmi la population.
"C'est préoccupant, on ne peut pas sortir sereinement sans qu'il ne se passe quelque chose", confie à l'AFP Alondra Flores, une étudiante de 26 ans dans la capitale.
- L'exemple Bukele -
Assis sur un banc du centre historique de la ville, un octogénaire dit soutenir l'état de siège et réclame des mesures plus radicales encore.
"Il faut revenir aux temps d'avant. Délinquant attrapé, délinquant mort, car il n'y a plus d'autre solution. Si on ne met pas un frein à cela, ça va continuer", déclare cet homme qui dit préférer garder l'anonymat par crainte de représailles.
Pour Erwin Oliva, un enseignant, la dégradation de la situation sécuritaire n'est pas étonnante.
"On récolte ce qu'on a semé pendant tant d'années, en accordant des privilèges aux membres de gangs, en les laissant (régner) dans le confort à l'intérieur des prisons", estime-t-il.
Les autorités affirment que les mutineries dans les trois prisons visaient à faire pression pour le transfert d'un chef redouté du gang Barrio 18, Aldo Dupie, vers une prison de moindre sécurité.
Surnommé "El Lobo" (le loup) et accusé d'avoir orchestré les mutineries, il est apparu dimanche sur des images de télévision, entouré d'agents armés de fusils d'assaut, à genoux et couvert de taches de sang.
Pour l'octogénaire rencontré dans le centre historique, le gouvernement du Guatemala doit multiplier ce type d'images chocs et imiter les méthodes expéditives du président Nayib Bukele, dans le Salvador voisin.
Celui-ci a fait emprisonner des dizaines de milliers d'hommes sans inculpation, dans le cadre d'une "guerre" contre les gangs qui a entraîné une forte baisse du taux d'homicides mais suscité un tollé sur fond d'accusations de violations des droits humains.
Comme de nombreux pays en Amérique latine et au-delà, le Guatemala est la proie d'une explosion du narcotrafic et de la violence, avec à la manoeuvre le Barrio 18 et le gang rival Mara Salvatrucha (MS-13).
Washington a désigné les deux groupes, également actifs au Honduras et au Salvador, comme "organisations terroristes".
E.Schubert--BTB