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Assassinat de Lumumba: sa famille à Bruxelles pour obtenir "justice et vérité"
Y aura-t-il un procès en Belgique dans le dossier Lumumba? La famille de l'ex-Premier ministre congolais assassiné a dit mardi son espoir d'obtenir enfin "justice et vérité", lors d'une audience judiciaire cruciale à Bruxelles, soixante-cinq ans après les faits.
"Nous ne pouvons pas remonter le temps (...), mais nous comptons sur la justice belge pour faire son travail et éclairer l'histoire", a déclaré à l'AFP Yema Lumumba, 33 ans, une petite-fille de Patrice Lumumba.
Elle s'exprimait avant une audience à huis clos lors de laquelle devait être examinée la demande de renvoi au tribunal d'un unique suspect encore en vie.
"Il n'est pas question de vengeance mais de soif de savoir. Des millions de personnes aimeraient connaître la vérité", avait expliqué de son côté Roland Lumumba, père de Yema, joint par téléphone à Kinshasa il y a quelques jours. Souffrant, il n'a finalement pas fait le déplacement à Bruxelles, contrairement à son intention initiale, selon son entourage.
Premier chef du gouvernement de l'ancien Congo belge devenu indépendant le 30 juin 1960, Patrice Lumumba a été renversé dès la mi-septembre 1960 par un coup d'Etat.
Il a été conduit dans la région sécessionniste du Katanga (sud) où il a été exécuté le 17 janvier 1961 avec deux frères d'armes par des séparatistes, avec l'appui de mercenaires belges. Son corps, dissous dans l'acide, n'a jamais été retrouvé.
Aujourd'hui un seul homme en Belgique peut encore répondre d'une éventuelle responsabilité pénale, parmi la dizaine de fonctionnaires, policiers ou agents de renseignements belges qui étaient visés initialement dans la plainte déposée en 2011 à Bruxelles par plusieurs enfants de la victime.
Il s'agit de l'homme d'affaires Etienne Davignon, 93 ans, ex-commissaire européen, stagiaire diplomate pour la Belgique à l'époque des faits.
- "Passage de flambeau" -
Il est soupçonné notamment de "détention et transfert illicite" de Patrice Lumumba au moment où ce dernier avait été fait prisonnier, selon le parquet fédéral, qui a demandé en 2025 son renvoi en procès devant le tribunal de Bruxelles.
L'homme d'affaires a toujours nié toute implication des autorités belges. Me Johan Verbist, qui défend M. Davignon, a refusé tout commentaire mardi avant l'audience.
Actant la fin de l'instruction, la chambre du conseil du tribunal de Bruxelles devait entendre mardi matin les arguments des différentes parties avant de mettre sa décision en délibéré. Celle-ci sera susceptible d'appel.
Selon les avocats de la famille, cette audience fermée au public devait aussi permettre de nouvelles constitutions de parties civiles d'"une dizaine de petits-enfants" du héros de l'indépendance congolaise.
Une forme de "passage de flambeau" à la génération suivante, selon l'un des avocats, Christophe Marchand.
"Nos parents commencent à avoir un certain âge. C'est important pour nous de montrer que ce combat continue, que nous sommes là pour nous assurer qu'il soit mené jusqu'à la fin", a renchéri Yema Lumumba, présente au tribunal avec cinq autres petits-enfants.
- "Crime colonial majeur" -
Il y a quinze ans, la plainte initiée par les fils François et Roland Lumumba, s'appuyant sur les conclusions d'une enquête du Parlement belge, accusait diverses administration belges d'avoir pris part à "un vaste complot en vue de l'élimination politique et physique" du dirigeant congolais.
Parmi la série de responsables initialement ciblés, l'apprenti diplomate Etienne Davignon, qui n'avait alors pas 30 ans, est soupçonné d'avoir été aux premières loges quand a été évoqué un projet d'arrestation de Lumumba.
"Avant l'assassinat, il y a une arrestation, un transfert, de la torture. Tout cela doit être jugé", a ajouté Me Marchand devant la presse. "C'est un pas très important par rapport à la réparation d'un crime colonial majeur".
Dans le cadre de cette instruction pour "crimes de guerre", la justice belge avait mis la main en 2016 sur une dent de Patrice Lumumba, restituée en 2022 à la République démocratique du Congo dans un cercueil, lors d'une cérémonie officielle à Bruxelles.
La dent avait été saisie chez la fille d'un policier belge aujourd'hui décédé ayant participé à la disparition du corps, après l'assassinat de 1961.
Lors de la restitution, le Premier ministre belge de l'époque Alexander De Croo avait renouvelé les "excuses" déjà formulées par l'exécutif fédéral en 2002 pour sa "responsabilité morale" dans cette disparition.
Revenant sur les conditions de ce "terrible" assassinat, dans un Katanga sécessionniste refusant de reconnaître le nouveau pouvoir indépendant, M. De Croo avait pointé du doigt des responsables belges qui à l'époque "ont choisi de ne pas voir", "de ne pas agir".
J.Horn--BTB