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À son procès en appel, Le Pen conteste tout "système" de détournement de fonds
"Il n'y a pas eu de système généralisé": Marine Le Pen a tenté de convaincre mardi la cour d'appel de Paris, qui la juge pour détournement de fonds, de "cas différents" pour chaque contrat litigieux d'assistant parlementaire d'eurodéputés FN, récusant avoir donné des consignes.
A la barre pendant près de cinq heures, la triple candidate malheureuse à la présidentielle y revient à trois reprises: "Le terme de +système+ me gêne car on a le sentiment d'une manipulation".
Pour Marine Le Pen, il s'agit de s'en prendre à la pierre angulaire de l'accusation, identifiée comme déterminante dans la lourdeur de sa condamnation en première instance au printemps dernier. Elle avait été condamnée à quatre ans d'emprisonnement dont deux avec sursis, 100.000 euros d'amende et, surtout, cinq ans d'inéligibilité avec effet immédiat qui l'empêche à date de concourir à l'élection présidentielle.
La justice lui reproche, ainsi qu'au parti (alors appelé Front national) et à dix autres cadres, d'avoir embauché des assistants parlementaires pour leurs eurodéputés, rémunérés par des fonds européens, mais dont l'activité réelle n'était qu'au seul bénéfice de la formation d'extrême droite.
Devant la présidente de la cour d'appel Michèle Agi, Marine Le Pen se montre d'abord contenue au début de son interrogatoire, dans un effort de contrition qui doit trancher avec l'atmosphère houleuse lors de l'audience de l'année dernière devant le tribunal correctionnel.
La députée du Pas-de-Calais se veut ferme, mais peine rapidement à contenir un agacement au fur et à mesure qu'elle est questionnée sur des éléments du dossier équivoques, voire embarrassants.
Cet email, envoyé entre "tiers payeurs" qui font le joint-venture avec le Parlement européen, qui propose un vaste plan de chaises musicales des assistants afin d'éviter la "catastrophe"?
Ce message du trésorier du parti Wallerand de Saint Just --"Je crois que Marine sait tout cela"--, en réponse à un eurodéputé qui s'inquiète d'un système d'emploi fictif?
"Je n'en étais pas destinataire, mais ce qui est sûr, c'est que si j'avais reçu un mail comme celui-là, je n'y aurais pas répondu avec cette désinvolture", assène-t-elle.
D'ailleurs, fait-elle observer, "la masse salariale du Front national ne cesse d'augmenter en 2014, 2015, 2016. Si vraiment il y avait eu une volonté, en quelque sorte, d'alléger le FN, ça se verrait de partout. Ça ne se voit absolument nulle part".
- Responsabilité de Jean-Marie Le Pen -
Mardi, la cour d'appel avait commencé la journée par l'interrogatoire du député de l'Yonne Julien Odoul, mis en grande difficulté sur la réalité de son emploi d'assistant parlementaire d'une eurodéputée frontiste en 2014-2015 Mylène Troszczynski, alors que l'organigramme du parti le présentait comme "conseiller spécial" de Marine Le Pen, alors présidente de la formation.
"Je n'ai pas travaillé pour Mylène Troszczynski car elle ne me donnait pas de travail", a-t-il admis à la barre. L'enquête avait établi qu'en un an et demi, il n'avait eu que douze communications avec sa supérieure théorique et que de leur trois appels, le plus long avait duré quatre minutes et dix-sept secondes.
Julien Odoul a soutenu s'être alors mis informellement au service de Marine Le Pen car Mylène Troszczynski lui "avait dit de (se) rendre utile au sein du siège du Front national".
Quelques heures plus tard, Marine Le Pen confirme, au prix de contorsions: "Il pouvait être conseiller spécial à mon cabinet et être assistant parlementaire", d'autant "qu'il ne faisait pas huit heures de travail pour moi". Et si elle "supposait" qu'il avait un emploi, elle assure qu'elle ignorait qu'il était censé être au service de Mylène Troszczynski.
Après avoir esquissé à l'ouverture des débats, la semaine dernière, une inflexion dans sa défense - "si tant est qu'un délit a été commis" - en se concentrant sur la contestation de toute "intention" fautive, Marine Le Pen s'est finalement contentée d'un mea culpa a minima: "C'était peut être contestable, condamnable, le fonctionnement n'était peut-être pas idéal, mais tous ces gens travaillaient" pour leurs eurodéputés.
Seule évolution notable: une bascule des responsabilités sur son père, Jean-Marie Le Pen, qui était, selon elle, "en quelque sorte dirigeant de ce mini-groupe" d'eurodéputés jusqu'en 2016, même après qu'elle lui avait succédé à la tête du parti cinq ans plus tôt.
L'interrogatoire doit se poursuivre mercredi.
K.Brown--BTB