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A Vienne, un ex-agent autrichien jugé pour espionnage pour la Russie
Un ancien agent autrichien est jugé depuis jeudi pour avoir notamment vendu des informations à la Russie, au risque d'entacher la réputation de son pays auprès de ses partenaires européens.
Le procès de Egisto Ott, 63 ans, s'est ouvert au tribunal de Vienne, devant des dizaines de journalistes autrichiens et internationaux.
L'ex-employé de l'Office de la sûreté nationale et du renseignement, à la carrure imposante, est apparu tout de noir vêtu face aux caméras et n'a pas prononcé un mot.
Selon son avocate Anna Mair, il plaide "non coupable", affirmant que s'il a effectivement effectué des recherches, c'était pour des opérations autrichiennes, validées par sa hiérarchie, et non pour la Russie.
"C'est le travail des espions de recueillir des informations, même hors mandat officiel", a-t-elle ajouté à l'adresse des jurés.
Le parquet autrichien - mis sur la piste d'Egisto Ott par des services de renseignement occidentaux - l'accuse d'avoir "adressé des demandes d'entraide" à l'Italie et au Royaume-Uni. Ce qui a eu pour effet qu'ils ont agi "à leur insu dans l'intérêt" de Moscou, et a porté "gravement atteinte à la réputation" de l'Autriche "auprès de services de renseignement amis", selon l'acte d'accusation consulté par l'AFP.
Entre 2015 et 2022, il aurait agi sur ordre de Jan Marsalek, ancien dirigeant autrichien du groupe allemand Wirecard, recherché pour fraude et soupçonné de travailler pour les services de renseignement russes (FSB), contre une rémunération de plus de 80.000 euros.
Il aurait transmis les téléphones portables des trois plus hauts responsables du ministère autrichien de l'Intérieur, ce qui a entre autres mis en danger la sécurité de réfugiés Ukrainiens et Tchétchènes en Autriche, un pays neutre membre de l'Union européenne, tout en exposant des milliers de contacts enregistrés dans les appareils.
Un ordinateur portable "sur lequel est stocké un matériel de sécurité électronique non publiquement connu, utilisé par les Etats de l'UE pour une communication électronique sécurisée", aurait également été remis au FSB.
De conception allemande, il aurait ensuite été revendu à l'Iran, selon des échanges entre Jan Marsalek et un complice bulgare.
Par ailleurs, grâce à son accès aux bases de données, Egisto Ott a transmis des informations sur des personnalités "menacées de représailles", comme un ancien espion russe réfugié au Monténégro.
Dans son long réquisitoire introductif, le procureur a insisté sur l'aide que Egisto Ott est accusé d'avoir apportée aussi indirectement à un proche du président russe Vladimir Poutine, Arkadi Rotenberg, visé par des sanctions européennes.
En effet, Moscou cherchait à savoir pourquoi la petite amie lettonne de l'homme d'affaires rencontrait des problèmes, lors de ses passages à des frontières européennes.
- Assassinat, mode d'emploi -
Les enquêteurs ont aussi retrouvé une analyse critique que M. Ott a rédigé sur le modus operandi du meurtre en 2019 d'un Géorgien d'origine tchétchène à Berlin par un agent envoyé par Moscou.
Ce "mode d'emploi pour de futurs assassinats fluides et réussis sur le territoire de l'UE", selon les mots du parquet, préconisait d'éviter de rentrer dans l'espace Schengen par la France, "plus très bien disposée envers la Russie", et de passer plutôt par l'Italie.
L'agent autrichien n'espionnait pas que pour la Russie.
Il est accusé d'avoir transmis à l'ancien secrétaire général du ministère autrichien des Affaires étrangères le nom de trois agents secrets autrichiens qu'il pensait impliqués dans un coup monté et à un ancien député autrichien d'extrême droite (FPÖ) des informations confidentielles.
Au total, Egisto Ott est visé par plus d'une dizaine de chefs d'accusation, dont celui d'espionnage au détriment de l'Autriche, de corruption, de violation du secret de la fonction et d'abus d'autorité.
Ces accusations peuvent lui valoir jusqu'à cinq ans de prison, selon la presse autrichienne.
Un autre agent autrichien est à ses côtés sur le banc des accusés, mais le parquet n'a pas pu prouver qu'il savait que les informations qu'il avait contribué à rassembler étaient destinées à la Russie.
Deux jours d'audience sont prévus pour les interrogatoires des prévenus. Les témoins seront convoqués à partir de février.
Interrogé par l'AFP avant le procès, Egisto Ott s'est dit convaincu de pouvoir démontrer son innocence, dénonçant des accusations "fabriquées".
G.Schulte--BTB