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Espagne: l'ex-Premier ministre José Luis Rodriguez Zapatero poursuivi pour trafic d'influence
Nouvelle déflagration politico-judiciaire en Espagne, l'ex-Premier ministre socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, qui a dirigé le pays de 2004 à 2011, est poursuivi pour trafic d'influence dans une enquête sur le sauvetage en 2021 d'une petite compagnie aérienne, des accusations qu'il a fermement démenties.
C'est la première fois dans l'histoire récente de l'Espagne qu'un ancien chef de gouvernement est directement mis en cause par la justice.
Il a été convoqué le 2 juin prochain pour être entendu par le juge chargé de cette enquête, José Luis Calama, a indiqué mardi l'Audience nationale, le tribunal spécialisé en Espagne dans les affaires les plus sensibles. Des perquisitions ont eu lieu notamment dans les bureaux de l'ancien chef du gouvernement.
M. Zapatero sera entendu en tant que "chef présumé d'une structure stable et hiérarchisée de trafic d'influence", ayant notamment "eu recours (...) à des circuits financiers opaques" pour "dissimuler l'origine et la destination des fonds" et obtenir des pots-de-vin, a précisé l'Audience nationale en citant l'ordonnance du juge.
Ce réseau était, selon les termes du juge transmis par l'Audience nationale, "structuré et dirigé par José Luis Rodríguez Zapatero".
Dans une vidéo transmise dans l'après-midi aux médias espagnols, l'ancien Premier ministre a assuré avoir "toujours" agi en toute légalité: "Mon activité privée, ainsi que les revenus et rémunérations que j'ai perçus, ont été déclarés via l'impôt sur le revenu, avec une transparence et une légalité absolues".
- Pas "la moindre démarche" -
L'enquête se concentre sur le sauvetage, en pleine pandémie de Covid-19, de la petite compagnie aérienne Plus Ultra, basée à Madrid et renflouée grâce à un prêt de 53 millions d'euros d'argent public en mars 2021.
La compagnie, qui ne desservait en 2021 que l'Equateur, le Pérou et le Venezuela, avait pourtant bénéficié de ce prêt d'urgence accordé aux entreprises jugées "stratégiques" par le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez.
Selon l'Audience nationale, les enquêteurs s'intéressent à une société de conseil appartenant à un proche de M. Zapatero. Celle-ci aurait servi de relais financier pour verser des commissions occultes.
"Je n'ai jamais effectué la moindre démarche (...) en lien avec le sauvetage de Plus Ultra", s'est défendu l'ancien dirigeant socialiste dans sa vidéo.
Ce sauvetage avait outré l'opposition de droite, qui avait souligné que l'entreprise comptait parmi ses principaux actionnaires des hommes d'affaires vénézuéliens, présentés comme des proches du régime du président déchu Nicolas Maduro.
Elle avait aussi pointé que le ministre espagnol des Transports de l'époque, José Luis Abalos, avait rencontré à Madrid en janvier 2020 la N.2 du gouvernement vénézuélien Delcy Rodriguez, alors interdite d'entrée dans l'Union européenne, et qui a depuis succédé à Nicolas Maduro.
- "La muse" de Pedro Sánchez -
La nouvelle de la mise en cause de l'ancien Premier ministre socialiste a suscité les railleries du Parti populaire (PP, droite): "Zapatero est la muse du +sanchisme+ et cette muse est poursuivie par l'Audience nationale", a fustigé le PP, estimant que MM. Zapatero et Sánchez "ont tous deux utilisé leur famille pour s'enrichir".
La porte-parole du gouvernement de Pedro Sánchez, Elma Saiz, a de son côté pris la défense de l'ancien Premier ministre de gauche, fustigeant "la rancœur nourrie (par) la droite à son égard".
"Que la justice rende justice", a-t-elle poursuivi en conférence de presse à l'issue du Conseil des ministres, appelant au respect de "la présomption d'innocence".
La nouvelle des poursuites visant José Luis Rodriguez Zapatero survient au surlendemain d'une nouvelle défaite électorale pour le PSOE de Pedro Sánchez, en Andalousie, région la plus peuplée d'Espagne, où la droite l'a emporté tout en ne parvenant pas à conserver sa majorité absolue.
Plusieurs proches de M. Sánchez sont visés par des enquêtes judiciaires, dont son ancien bras droit et ministre José Luis Abalos, mais aussi son frère David, prochainement jugé pour trafic d'influence, ou encore son épouse Begoña Gómez, qui pourrait comparaître pour corruption.
Aucun chef de gouvernement ou ex-Premier ministre n'avait jusqu'ici été poursuivi en Espagne, même si plusieurs d'entre eux, dont Pedro Sánchez, mais aussi son prédécesseur du PP Mariano Rajoy ou José Maria Aznar (PP également) ont déjà été convoqués pour être entendus lors d'enquêtes judiciaires ou même de procès.
J.Horn--BTB