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L'inflation bat un nouveau record en zone euro et met la pression sur la BCE
Propulsée par la flambée des prix de l'énergie, l'inflation dans la zone euro a battu un nouveau record en janvier, à 5,1% sur un an, augmentant la pression en faveur d'un resserrement monétaire de la BCE qui se réunit jeudi.
La hausse des prix vole de record en record. Après avoir atteint un sommet historique en novembre, à 4,9%, puis en décembre à 5%, l'inflation a créé la surprise en continuant sa progression en janvier, quand les experts attendaient un léger reflux.
Jamais l'office européen des statistiques n'a enregistré de tels chiffres depuis le début de ses estimations en janvier 1997 pour les 19 pays ayant adopté la monnaie unique.
Non seulement l'indicateur publié mercredi dépasse largement l'objectif de la Banque centrale européenne (BCE) d'une inflation à 2%. Mais il dépasse aussi les prévisions des analystes qui tablaient en moyenne sur un taux annuel de 4,4% le mois dernier.
C'est un problème pour les ménages modestes qui peinent à boucler les fins de mois, mais aussi un casse-tête pour la BCE.
"C'est clairement une surprise. Cela montre que les pressions inflationnistes sont extrêmement importantes en zone euro et cela augmente le potentiel qu'une hausse des taux intervienne à un moment ou un autre", a déclaré à l'AFP Charlotte de Montpellier, économiste pour la banque ING.
La pression sera donc maximale sur l'institution monétaire qui se réunit jeudi. Les experts s'attendent à ce qu'elle maintienne ses taux directeurs, actuellement à leur plus bas niveau, et qu'elle s'abstienne d'ouvrir d'ores et déjà la voie à un relèvement.
Une telle hausse ralentirait l'activité économique et, par ricochet, le rythme de hausse des prix. Elle poserait aussi un problème aux Etats et entreprises les plus endettés, en renchérissant le coût du crédit.
- Incertitudes -
Le chômage a terminé l'année 2021 au plus bas depuis un quart de siècle dans la zone euro, grâce à la très forte reprise économique qui a suivi la crise historique provoquée par la pandémie de Covid-19. Il a chuté à 7% en décembre tandis que la croissance du Produit intérieur brut (PIB) a culminé à 5,2% sur l'année 2021.
La présidente de la BCE, Christine Lagarde, devrait toutefois insister jeudi sur les incertitudes qui pèsent encore sur la conjoncture avec les contaminations au variant Omicron toujours très élevées, estime Charlotte de Montpellier. Elle devrait souligner que, dans ces conditions, "il n'est pas facile d'aller vers un resserrement".
La banque ING prévoit le prochain relèvement des taux directeurs en mars 2023.
"La BCE suivra probablement le plan qu'elle a présenté en décembre pour réduire les achats d'actifs à 20 milliards d'euros par mois d'ici octobre, et y mettra fin complètement peu après. Cela préparerait le terrain pour une première hausse au début de 2023", estime aussi Andrew Kenningham, analyste pour Capital Economics. Il n'exclut cependant pas qu'une hausse des taux puisse déjà intervenir à la fin de cette année.
Pour la BCE, l'inflation reste un phénomène transitoire et devrait diminuer en 2023, après un pic en 2022.
L'envolée, constatée depuis des mois, s'explique avant tout par la flambée exceptionnelle des prix du pétrole, du gaz et de l'électricité.
En janvier, les tarifs de l'énergie ont progressé de 28,6% dans la zone euro (contre +25,9% en décembre), représentant le principal moteur de l'inflation, selon Eurostat.
Les prix de l'alimentation, alcool et tabac ont tout de même progressé de 3,6%, plus rapidement que le mois précédent (3,2%). Les services se sont renchéris de 2,4%, comme en décembre.
L'inflation s'explique aussi par les tensions sur les chaînes d'approvisionnement des usines. Mais celles-ci semblent se calmer légèrement. La progression des prix des biens industriels, hors énergie, a d'ailleurs décéléré en janvier, progressant de 2,3%, contre 2,9% le mois précédent.
Mais les tensions géopolitiques autour de l'Ukraine alimentent les pires craintes sur le front économique. En cas d'invasion de l'Ukraine par les troupes russes, les prix de l'énergie, au lieu de se calmer, reprendraient leur course folle vers le haut. La Russie est notamment le principal fournisseur de gaz de l'UE.
K.Brown--BTB